Echauffement au Guignolet

Normandie (50)

Avec les beaux jours, l’auteur virtuel prend ses quartiers de printemps. L’hivernage est terminé et la rédaction de nombreux articles à la bougie pour occuper les longues nuits dans une pirogue glacée et ne pas s’endormir, s’achève. Il a repris sa route dans le brouillard, ayant quitté Barfleur, le port d’attache de ses ancêtres vikings, espérant franchir la mauvaise passe pour ne pas être rejeté sur la côte comme  la Blanche-Nef qui fit naufrage le 25 novembre 1120, provoquant la noyade de  toute la jeunesse de l’aristocratie normande qui dominait l’Europe de l’Ecosse à la Sicile.

Amateur d’histoires de piraterie caraïbe qu’il vous contera un jour, lui-même Corsaire, ne comptez pas sur un système de navigation par satellite pour le suivre à la trace numérique, il navigue à la boussole et au sextant, s’en remettant à la connaissance des courants et des vents pour longer les côtes et traverser les océans.

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Ce qui signifie qu’ayant quitté son port d’attache, il va faire relâche dans une crique ou une anse, franchir quelques détroits et passages, et donc ne plus donner de nouvelles régulières pendant les semaines à venir, se nourrissant de sardines ou maquereaux en boîte, de pavés de saumon fluorisés, de daurades en croquette et de merlus décongelés.

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Pour que l’exploit soit plus remarquable encore, il a jeté la voile par-dessus-bord en même temps qu’un bon paquet de mots inutiles, et seul maître de son destin, il tient la barre, rame et devise avec les étoiles du ciel sur ce que la littérature ne peut nous apporter, un bon paquet d’eau de mer salée à la figure par temps agité.

Normandie (84)

Il n’est pas pour autant exclu que parfois, le marin opiniâtre, s’arrête dans les ports pour y reconstituer des réserves en eau potable, s’approvisionner en biscuits secs et harengs que l’on essore, sans oublier un détour dans les tavernes comme celle du Borgnefesse à Saint Malo pour chanter avec les ribaudes et les manants quelques chansons paillardes nostalgiques où il est question de c… et de nouilles fraîches et secouées, car le marin aime se vanter en plongeant une tête recuite dans le rhum éventé.

Normandie (76)

Si d’aventure, cette péripétie lui arrive, il se pourrait alors qu’il adressât à ses lecteurs désespérés quelques nouvelles sous forme de billets d’humeur alcoolisé, chroniques irrégulières ou articles dissipés, sans jamais s’engager sur quoique ce soit, par le simple fait de sa volonté ou de son talent.

Normandie (96)

Comme il l’a été déjà dit, l’auteur virtuel depuis le 3 janvier a écrit 101 articles, plus de 100.000 mots, soit 600.000 caractères, espaces compris, de quoi publier un livre de trois cent ou quatre cents pages, non comptés les photographies en amuse-gueules. A quelques jours d’une foire aux livres qui livre une bataille versaillaise aussi perdue d’avance qu’en son temps un roi absolument accroché à ses certitudes se retrouva la tête coupée, il est temps de passer aux choses sérieuses, d’organiser le site de façon efficace, de se débarrasser de toutes ces notions encombrantes que sont les mots livres, revues, périodiques, hebdomadaires, mensuels, encyclopédies pour passer à la seule issue, au sens anglais du terme, qui est celle de la publication en circonstances numériques : publier quand l’auteur veut, comme il veut, selon son humeur, sans obligation envers un éditeur ou le public, se consacrant uniquement à son œuvre qui est tout.

Anjou (5)

Pour tout dire, l’auteur virtuel n’a pas trop anticipé le fait de se retrouver avec des lecteurs, plus de mille cinq cent à ce jour, ce qui est fort peu à l’échelle numérique mais considérable si on leur prête l’attention qu’on leur doit, respect et dignité. Il ne s’attendait pas à avoir des lecteurs encore moins des lecteurs réguliers, ce qui vous l’avouerez est autant curieux que bizarre de la part de quelqu’un censé se réjouir d’avoir des lecteurs.

manuscrit de La Chartreuse de Parme, un élément capital pour la compréhension de l'œuvre de Stendhal, devient accessible à la recherche.

Ses références livresques sont aussi tout aussi étranges à l’ère de l’internet.  Adolescent il a lu, par obligation scolaire, La Chartreuse de Parme de  Stendhal  qui lui valut une note médiocre à l’oral du baccalauréat de français alors que la lecture du livre l’avait enchantée, au point de relire le roman une seconde fois quelques années plus tard. Deux anecdotes placées en introduction du livre n’ont cessé depuis lors le poursuivre.

Stendhal - La chartreuse de Parme

La première est que Stendhal a écrit ce roman en moins de quatre-vingts jours, une durée qui plus tard fut rendue célèbre par un autre auteur, jules Verne, pour faire le tour du monde. Comment peut-on écrire un livre en quatre-vingts  jours fut donc longtemps une question lancinante, jusqu’à ce que l’auteur virtuel écrive lui-aussi un roman en moins de quatre-vingts jours, une sorte de performance intellectuelle et physique qui n’est pas sans provoquer une satisfaction permanente.

13) La Chartreuse de Parme, Stendhal, 1839

La seconde anecdote est relative au nombre de lecteurs de la Chartreuse de Parme du vivant de Stendhal, à peine trois mille qui fut le tirage du roman. C’est peu, c’est fort peu comparé aux tirages actuels des best-sellers, aux délires verbaux des réseaux sociaux. Il est évidemment difficile de comparer d’une époque l’autre, la France ne comptait que quarante millions d’habitants qui ne savaient pas tous lire, le prix des livres étaient fort élevés, le nombre de titres et les tirages faibles, on lisait surtout les romans en feuilletons dans les journaux. Mais les chiffres absolus gardent leur valeur. Et donc, le jour où le site Cervieres.com aura franchi le seuil des trois mille visiteurs uniques, la barre symbolique d’une vie d’écriture aura été atteinte du point de vue de l’auteur virtuel, ce qui, vous l’avouerez, est totalement ridicule.  On ne peut exclure que ce jour-là, il ferme le site pour se retirer à la campagne et se livrer à la méditation transcendantale en s’échauffant au Guignolet.

Guignolet d'Angers: natural aperitif produced according to traditional manufacturing methods : maceration into alcohol of “Griottes Montmorency” cherries and darker and sweeter cherries.

Un crash d’hélicoptère et un dicton de grand-mère plus tard, Va où tu veux meurs où tu vas, ont conduit l’auteur virtuel à aborder la question du destin, à travers l’article sur les aviatrices d’une part, et un autre plus obscur sur des citations littéraires empruntées aux plus grands auteurs , d’où il ressort que notre destin est écrit au ciel, ou peut-être dans les nuages ou seulement à la limite de la ligne d’horizon, allez savoir, elle n’est pas très claire cette question. D’autant qu’il faut attendre la fin pour être certain de la réponse et qu’on n’est plus là pour pouvoir en faire part, tout cela est un peu ennuyeux, cette histoire de destinée, on sent un embarras confus chez l’auteur virtuel.

Enfin, la publication du centième article dans Cervières.com est l’occasion pour l’auteur virtuel d’annoncer dans un article intitulé Sur la route, la création d’une nouvelle rubrique dénommée L’art de Vivre, qui est justement le titre de l’éditorial de cette semaine qui voit l’annonce en début de semaine du sabordage de la publication hebdomadaire pour permettre à l’auteur virtuel de prendre le large, et se consacrer à la publication en circonstances numérique, l’ultime voyage aux sources du monde.

from le cataloge de la mode africaine

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