Marie-Galante, le paradis oublié

Marie-Galante

S’il existe sur cette terre, un lieu où se réfugier loin du monde, et même loin de tout le monde pour y vivre en toute sérénité, c’est bien l’île de Marie-Galante, hélas rendue populaire par l’une des chansons préférées des Français depuis quarante ans, et pour laquelle Laurent Voulzy devrait être assigné à résidence permanente à Belle-Île-en-Mer sans autorisation de retourner dans son île natale. Heureusement, la nature est bien faite et Marie-Galante résiste toujours et encore aux invasions touristiques, ce qui est miséricorde pour celles et ceux qui fréquentent en voyageur averti, ce paradis oublié.

Explore the Five Islands of Guadeloupe: Marie-Galante: Rum on Call from a Distant Port

Cependant, si on fait exception du cliché touristique, Marie-Galante n’est pas forcément un paradis pour ses habitants en dehors de cet incroyable luxe que constitue son calme et la volupté de ses paysages tranquilles, surtout au milieu des terres de canne à sucre. L’île souffre en effet d’une situation de double insularité, ce qui signifie en géographie qu’elle dépend humainement et économiquement d’une autre île, certes plus grande, la Guadeloupe, qui est aussi en situation de dépendance humaine et économique par rapport à la métropole. Concrètement, cela signifie qu’en matières alimentaire, éducative ou hospitalière par exemple, Marie-Galante dépend de la Guadeloupe qui dépend de la métropole, y compris pour les transports aériens et maritimes locaux qui relient Marie-Galante aux seules installations portuaires et aéroportuaires internationales de la Guadeloupe. Résultat, tout y est plus cher et plus compliqué, c’est aussi simple que celà et c’est ce qui rend les Marie-Galantais encore plus attachants.

Carte illustrée de la Guadeloupe et de la Martinique.marie galante island | CARAÏBES : Marie Galante  GUADELOUPE - NEW > Accueil > Les Îles > Marie-Galante

Mais oublions quelques instants la géographie humaine et physique. Arrêtons-nous sur cette étrange « galette », terme employé pour désigner l’île de Marie-Galante. On dirait un Pithiviers. L’île est si extraordinaire qu’on doit sa découverte à Christophe Colomb, rien moins, lors de sa seconde traversée, le 3 novembre 1493, lui donnant le nom del’une des trois caravelles du voyage. L’île était déjà habitée cependant par des Arawaks, des Amérindiens. Ce n’est que cent cinquante plus ans tard, en 1648, que les premiers Français s’y implantent, recourant à l’esclavage au cours de la seconde moitié du dix-septième siècle pour développer des sucreries.

Afficher l'image d'origine

La relation de voyage du Père dominicain Labat, demeure l’un des documents historiques les plus étonnants et documentés sur cette île. Parti comme missionnaire en 1693, il apporte un éclairage sur le vif assez inattendu  de la part d’un homme d’église qui va développer les sucreries dans les Antilles françaises et développer cette eau de vie qui deviendra le rhum à partir de la distillation de la canne à sucre. Il participe aux combats contre les Anglais et décrit avec une grande précision la flibuste, les Caraïbes et l’esclavage, avec tous les préjugés de l’époque, s’intéressant aussi à la faune et à la flore qu’il étudie en véritable homme de science. Son témoignage, bien que controversé, est essentiel pour comprendre l’histoire des Antilles.

Afficher l'image d'origine

Pour revenir à l’île de Marie-Galante, celle-ci était peuplée de trente mille habitants en 1945 ; elle n’en compte plus que moins de douze mille et peut-même à peine dix mille hors doubles comptes. Elle souffre terriblement du déclin de la canne à sucre, principale activité économique de l’île, et de cette double insularité qui y rend la vie particulièrement difficile au quotidien pour ses habitants. Il faut se rendre en métropole en partant de Marie-Galante pour comprendre ces difficultés : emprunter le bateau puis se rendre à l’aéroport et embarquer vers Paris est une rude et coûteuse affaire. Et encore, s’il y avait des activités économiques ! Même pas ! Les seules activités économiques en dehors de la production de sucre subventionnée par l’Europe, c’est le rhum et le tourisme. Mais l’île n’a jamais bénéficié d’un développement touristique comme à Saint-Barth’s ou Saint-Martin , ce qui d’une certaine façon est une chance pour tous ceux qui privilégient authenticité, rusticité et tranquillité, bref l’A.R.T. de vivre aux Antilles, l’un des derniers endroits de la Caraïbe où l’on vit comme nous n’aurions jamais du cesser de vivre, dans un havre de paix où méditer peu de vers de poésie en vidant quelques bons verres de rhum.

Marie-Galante. Moulin à cannes (1895) / [photogr.] Salles ; [photogr. reprod. par Radiguet & Massiot?] - 1      Le Moulin de Bézard, Marie-Galante, Guadeloupe  150410 Marie Galante Photo

C’est aussi à juste titre que Marie-Galante a été surnommée un temps l’île aux cent moulins. Ils étaient en effet nombreux sur les 160 km² de superficie de la galette. Certains ont survécu et comme on peut le constater, il n’y a guère de différence entre un moulin de 1895 et les moulins préservés, sauf qu’ils ne sont plus en activité.

Place Capesterre - Marie-Galante  Guadeloupe, Marie-Galante  Grand Bourg - Marie Galante

L’île ne compte que trois bourgs, l’un un peu plus gros que les deux autres, et qui s’appellent Grand-Bourg pour le plus important, les deux autres ayant pour nom Saint-Louis et Capesterre-de-Marie-Galante. Les trois bourgs ont leur charme propre mais ont en commun de vérifier que la loi Macron d’incitation à travailler le dimanche est une absurdité. On ne trouve pas grand-chose d’ouvert le dimanche ni même le samedi après-midi et c’est fort bien ainsi. Pourquoi ouvrir le dimanche ? On se repose le dimanche  à Marie-Galante depuis peut-être l’antiquité même si les recherches archéologiques concernant les Arawaks n’ont cependant pas encore permis de répondre à cette question de savoir si un petit Macron avait sévi chez eux un jour pour autoriser le troc tous les jours de la semaine. Le jour du repos  est une bénédiction du Seigneur, peut-être plus encore à Marie-Galante qu’ailleurs. Car ce jour-là, on ne songe pas à « se tirer » en week-end en dehors de l’île ; en revanche, les boeufs eux s’amusent à tirer leur charrette dans les  boueux en pente, histoire de montrer qui est le plus fort.

Habitation Murat, Marie-Galante, photo by Nathalie Pugeat  Habitation Murat, Marie-Galante, photo by Nathalie Pugeat L'Habitation Murat à Grand Bourg de Marie-Galante un des sites du Festival Terre de Blues chaque année

Alors que faire le dimanche à Marie-Galante ? On peut imaginer visiter l’habitation Murat, les vestiges d’une des premières habitations coloniales de l’île qui donne une idée très exacte de ce que fut l’esclavage aux Antilles :  cette habitation fut longtemps la plus grande sucrerie de l’île ; elle  compta une dizaine d’esclaves au dix-septième siècle, un peu plus d’une centaine au début du dix-neuvième et plus de trois cent en 1839, 175 femmes et 132 hommes pour être précis qui vivaient dans une centaine de petites cases en bois.  La maison du maître, d’architecture néo-classique, est bien plus grande, toujours debout, ainsi que le moulin à vent.  Quentin Tarentino aurait pu y tourner Django si l’intérieur avait résisté au temps : on imagine assez facilement ce que signifie la cruauté du système esclavagiste, son inhumanité, sa perversité. Tout cela se visite, mais pas le dimanche, ni d’alleurs, de mémoire, le samedi.

Afficher l'image d'origine

Car le dimanche, on le consacre à la plage, et on a bien raison. Des plages, à Marie-Galante, il n’en manque pas, parmi les plus belles du monde et les moins fréquentées. Y croiser quelqu’un, c’est un peu rencontrer un Martien, sauf qu’il est plus facile d’aller à Marie-Galante que sur Mars. L’île compte 84 km de côte dont des dizaines de kilomètres de plages plus belles les unes que les autres, sans requins ce qui est déjà bien, et sans écrevisses, pardon, touristes, ce qui est encore mieux ! Il n’y a qu’à choisir. Certaines se laissent facilement découvrir, d’autres sont plus discrètes, sans compter quelques anses secrètes dont on taira le nom, des fois que cet article serait lu et que des hordes de touristes s’y rueraient, ce qui serait fâcheux pour la tranquillité des lieux.

Plage de Vieux-Fort, Marie-Galante  Cocotiers, sable blanc, mer turquoise…la plage de la Feuillère,, à Marie-Galante, mérite la réputation dêtre unes des plus belles des Caraïbes.    Projet Photo 365 | Le Domaine du Martinaa - Saint Louis à Marie Galante

Marie Galante, Guadeloupe Anse canot à Marie-Galante, Guadeloupe  Village Menard, Marie Galante. Charmants bungalows surplombants les côtes de la Mer des Caraibes.

la plage de la Feuillère à Marie-Galante  My heaven, Marie-Galante    Petite Anse, Marie-Galante, photo by Nathalie Pugeat

Entre toutes ces plages, l’une des plus connues est celle de Feuillère avant l’entrée du bourg de Capesterre. La route longe la plage plantée de dizaines de cocotiers. Il suffit de s’arrêter, descendre de voiture et hop! les pieds dans le sable, quelques mètres et hop à nouveau!, bain de mer!

Marie-Galante

La plage, c’est bien, mais la plage est une composante mineure de l’art de vivre antillais. Ce sont les métropolitains qui aiment la plage. Ils s’y ruent et les voilà en moins d’une heure transformés en écrevisse à se rouler de douleur dans le sable, ce qui un mode de vie assez curieux et pénible à voir. Ils font un peu pitié à imaginer que le soleil est sympathique. Le soleil n’est pas sympathique, il brûle et le sable est alors  de douleur. L’art de vivre aux Antilles, cela commence par s’abriter du soleil tout simplement, en toutes circonstances, en n’oubliant pas quelques accompagnements loyaux qui mettent du baume au coeur. Tout est dans le choix de la chaise longue, transat ou chilienne, cela se discute à l’infini.

Marie-Galante Activites | Marie-Galante Authentique - Annuaire de Marie-Galante - Sun7Beach ...  Marie-Galante Activites | Photos Marie-Galante - Images de Marie-Galante, Guadeloupe ...   Marie-Galante Activites | Villa les Caps Villas (Capesterre, Marie-Galante) 0 avis, 5 photos ...

Most beautiful place in earth if you have the possibility go there  Marie Galante Beaches | Feuillere Beach Reviews - Marie-Galante, Guadeloupe Attractions ...   Marie Galante, Guadeloupe photo_066

L’avantage de l’île est aussi de pouvoir compter sur la production de trois distilleries de rhum qui comptent parmi les meilleures de toute la Caraïbe, si ce n’est carrément, les meilleures. Les distilleries Bielle, Bellevue et Poisson produisent à la fois du rhum agricole et du rhum vieux, la distillerie Poisson étant plus connue pour sa marque, le Père Labat. Le degré d’alccool monte à 59°, et pour reprendre une expression des Tontons flingueurs, faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

Distllerie Bielle | Rhums Blanc Agricole 59% vol. | Isla Marie-Galante, Guadalupe[Guadeloupe (Marie-Galante)] - Père Labat 59° et si c'était tout simplement le meilleur ? [Guadeloupe (Marie-Galante)] - Distillerie Bellevue Capesterre - Rhum blanc 59° - Médaille d'argent 2014 concours agricole Paris

Quant au rhum vieux de l’île, il n’a rien à envier aux meilleurs Cognac ou Armagnac, tout est dans le fût, ce qui est à la réflexion est assez normal en pays de corsaires et de pirates.

[Guadeloupe (Marie-Galante)] - Rhum Vieux, Bielle, BRUT DE FUT 2003  LMDW aime les rhums de Marie-Galante - Rumporter    Distillerie Bielle Hors d'Age Marie-Galante

Marie-Galante a aussi développé une étrange spécialité culinaire, le bébélé qu’on ne trouve nulle part ailleurs. On n’est pas obligé d’apprécier, mais faut savoir se laisser tenter. Cela dit, on peut préférer le matoutou de crabe avec avocat et riz, ou le chiquetaille de morue.

Bébélé   Matoutou de crabe, riz et avocat, délicieux !!  #Recette Chiquetaille de morue #Antilles

Et puis si la nostalgie vous tente, maintenant que l’Europe exige de la productivité pour la dernière usine de canne à sucre, le temps de récolter la canne en utilisant la charrette passe, hélas. Mais on peut toujours se promener dans les terres ou s’entraîner le dimanche pour un prochain concours de boeufs-tirants où les Marie-Galantais sont les plus réputés.

A Marie-Galante, une des dernières usines sucrières de la Guadeloupe  Rhum Tour - Marie Galante, Guadeloupe    Concours de bœufs tirants sur l’île de Marie-Galante

La visite de Marie-Galante est loin d’être terminée. On pourrait évoquer les énergies renouvelables : l’île a innové depuis plus de vingt ans en matières éolienne, solaire ou transformation de la bagasse, ces résidus de canne broyée, dans le but de combler une absence totale d’énergie primaire. Mais cela reviendrait à évoquer à nouveau les questions économiques et sociales. Ce n’est pas que le tissu de l’île soit fragile, il est quasiment inexistant, voilà tout.

Et il n’y a pas que l’île de Marie-Galante qui soit attachante, les Marie-Galantais le sont bien plus. Alors, s’il y a une chose à faire, c’est bien de se rendre à Marie-Galante, pour un jour, une semaine, un mois, un an ou toute la vie. La place ne manque pas pour accueillir un ou plusieurs résidents supplémentaires. En plus, il existe un aérodrome disposant d’une piste de 1.240 mètres. De quoi s’y rendre en famille ou en groupe.

Afficher l'image d'origine

Mais ce n’est pas parce que cet aérodrome est peu actif qu’il n’en est pas moins surprenant. L’auteur aurait pu y laisser la vie voilà près de vingt ans si Dieu n’avait voulu qu’il consacre, un jour, une de ces inoubliables chroniques dont il a le mystérieux secret, probablement trouvé en puisant dans quelques rhums vieux retrouvés au fond de la mer, dans les vestiges d’une frégate anglaise venue piller les ressources de l’île. Car il faut le savoir, par deux fois les Hollandais et par cinq fois les Anglais ont tenté de s’emparer de Marie-Galante. Sans résultat, les Marie-Galantais ont toujours repoussé les envahisseurs.  Heureusement pour la civilisation. Car ni les Bataves ni les Saxons ne s’y connaissent en rhum, et encore moins en bélélé.

Guadeloupe, Marie Galante ~ fait 10.2004 ♥

Alors, amie lectrice, ami lecteur, si tu ne sais que faire de ta vie, ce qui après tout peut arriver, débarque sans tarder à l’aérodrome des Basses de Marie-Galante, c’est ainsi qu’il s’appelle, et fais le tour des distilleries de l’île en sachant qu’il vaut mieux confier alors sa vie aux boeufs qu’à une voiture de location ; car si l’automobile s’en va au fossé au premier virage à 59°, le boeuf rentre de lui-même à l’étable. Enfin, pas toujours ! J’en connais un qui préfère se faire tirer le portrait en attendant que la grenouille réussisse à se faire aussi grosse. Car, tous les boeufs n’ont pas la chance de vivre à Marie-Galante à tirer des charrettes toute la journée et se rafraîchir à la mare au punch.

Afficher l'image d'origine

2 réflexions sur “Marie-Galante, le paradis oublié

  1. nadia 27 avril 2016 / 14 h 52 min

    Merci pour ce merveilleux article complet et si bien écrit

    J'aime

  2. bedin 31 octobre 2017 / 2 h 48 min

    très bien,cet article,merci.sérénité avec aussi tous ces moulins,les chars à bœufs,à l’ancienne,c’est cela la vraie vie! un os pour les cyclones!!y-en a t-il aussi?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s