« Forsan et haec olim menimisse juvabit »

Tel serait le passage de l’Enéide que la poétesse et épistolière Eleonora de Fonseca Pimentel aurait prononcé en montant les marches la conduisant à la potence, le 20 août 1799. Condamnée à mort au retour des Bourbons, après la chute de la République, son seul crime avait été de fonder le journal Monitore Napolitano pour y  prôner des idées républicaines et défendre la liberté de publication, ce qui constituait alors une idée novatrice en Europe, surtout lorsque cette idée était alors appliquée par une femme.

La traduction de ce vers de Virgile extrait de l’Enéide, est la suivante  : un jour peut-être, ces souvenirs même  auront des charmes pour nous. Il conclut le rappel d’Enée à ses compagnons concernant les revers qu’ils connaissent, qui ne sont pas d’aujourd’hui et alors même qu’ils en ont éprouvé de plus grands : vous avez vu de près la rage de Scylla et ses rochers retentissants. Vous avez connu les antres affreux des cyclopes. Un jour peut-être ces souvenirs même

L’histoire des hommes s’inscrit dans cette logique immuable que tous les moments, mêmes les plus pénibles et  douloureux, se transforment en souvenirs qui ne sont pas sans charmes, quelles que soient les difficultés, désordres et souffrances rencontrées. Les guerres, les massacres ont ainsi, tous, leurs lieux de mémoire, leurs musées ; et les champs de bataille deviennent des terrains de jeux, tel celui de Waterloo où périrent des milliers de jeunes hommes le 18 juin 1815, voici deux siècles cette année.

Personne ne peut aujourd’hui exprimer ce qu’Eleonora de Fonseca a ressenti quand la corde passée autour de son cou lui a brisé les vertèbres, à moins que celle-ci ne l’ai lentement asphyxiée. Mais je doute qu’en cet instant ultime, elle ait trouvé le  moindre charme à perdre ainsi la vie. Nul n’est appelé au sacrifice et au martyr de sa propre volonté. Et les guerres  et les violences n’ont aucun charme dans notre souvenir, même lorsqu’il s’agit de défendre la liberté, à notre corps défendant. Méfions nous du lyrisme rétroactif. Avant d’être appelé à entrer, ICI, au Panthéon, Jean Moulin, héros de la Résistance qui a du charme pour nous, était simplement un homme épris de liberté. C’est cet homme que notre mémoire doit honorer, et non son tombeau.

La rubrique « le charme des souvenirs » sera ainsi consacrée à un dialogue personnel, en situation, avec l’histoire  des hommes, des sociétés et des idées. Et souvenons-nous d’Eleonora de Fonseca, qui fut  peut-être la première journaliste femme, qui plus est éditrice de journal, de notre histoire moderne.

Et c’est ainsi que nous aspirons à la liberté.

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