Face au Sarajevo sanitaire

La peste de Marseille de 1720 décrite par un médecin - Le Point

Lorsque les médecins prennent le pouvoir dans la société, c’est que la situation est désespérée mais pas grave. On peut faire confiance à un médecin et au corps médical en général mais certainement pas aux sociétés savantes où se bousculent gribouilles et canailles académiques pour détecter les effets des particules particulières que le Covid-19  fait circuler dans le monde entier.

Confronté aux certitudes médicales dignes du bistouri de chirurgien à l’assaut du virus, cela restera l’honneur de l’auteur virtuel d’avoir placé le combat à mener dès le premier jour du confinement le 17 mars 2020, sur le seul terrain qui importe,  là où s’affrontent la violence et la vérité, et qui oblige à n’emprunter qu’un seul chemin face au totalitarisme toujours renaissant, celui de la liberté.

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Au bal déjà masqué de la grippe espagnole en 1918

Pour reprendre l’expression entendue d’un médecin sensé, il en existe!, s’agissant de cette épidémie diabolique qu’est le Covid-19 , il est fort difficile de s’y retrouver au milieu des palabres sous les baobabs du pouvoir quand, à longueur de journées, de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux et les médias au rythme d’une propagande officielle propulsée au gaz hilarant, nourrissant l’ennemi viral qui avance invisible.

Cette propagande martelée à chaque quart d’heure dans les médias se garde bien de comparer la situation avec la Peste de Marseille en 1720 (voir gravure-ci dessus)  ou le choléra en 1832 (ci-dessous) sans même parler de la grippe espagnole de 1918-1920. Quels que soient les malheurs engendrés par le Covid-19, les progrès médicaux ayant été gigantesques depuis Pasteur et l’actuel virus ne jouant pas dans la même cour que la peste ou le choléra en proportion de morts dans la population, le combat pour le vaincre est principalement une course contre le temps.

Et pourtant, insensés d’ambition et de prétention, ne sommes-nous pas la première génération de tous les millénaires au cours desquels se sont succédé des générations d’hommes confrontées à l’éternel retour des virus, à imaginer vaincre une pandémie en enfermant tout le monde pour gagner du temps, ignorant que le réflexe premier des hommes apeurés face aux épidémies est de s’enfuir le plus loin possible, réflexe qui ne disparaîtra pas de sitôt et qui jusqu’à ce jour était plus ou moins salutaire à condition de voyager plus vite que le virus, ce qui a toujours été loin d’être certain.  Ignorant que les transmissions virales sont principalement de nature familiale, le choix du confinement avec son cortège de destruction économique et la renonciation même provisoire au bien-être des hommes, laisse songeur. Il interroge,  comme on dit de nos jours. On peut être pour le moins perplexe, et même dubitatif. Voire querelleur quand on constate déjà l’état des lieux désastreux laissés par la décision hâtive de confiner à tout-va. Qui sème le vent, récoltera après la tempête, raisons et raisins de la colère sociale. En comparaison, la Grande dépression risque d’être une plaisanterie.

La France face à la terrible épidémie de choléra de 1832 ...

 

Survivrons-nous au confinement en 2020 ?

A force de donner à la télévision les aventures de la grande vadrouille ou des bidasses de la septième compagnie en mai 1940, les Français sont convaincus qu’on peut gagner les guerres sans la préparer, que  des Sainte Geneviève, Jeanne d’Arc ou le général de Gaulle transformés en héros de Marvel contemporains, surgiront à nouveau  pour sauver la France et que, de toute façon, au milieu du désastre, il sera possible d’aller se réfugier dans un réduit breton, un petit village sur la Côte d’Armorique, pour rigoler avec quelques irréductibles Gaulois réfractaires. En pays d’Astérix et Obélix, il n’y a plus de petit reporter allant à découverte du monde, ce qui est normal puisqu’il est Belge : Tintin en Chine à la recherche du  Lotus bleu ou Tintin au Tibet, nous  a toujours plus appris que tous les voyages organisés n’ayant plus cours depuis que le Covid-19 sévit.

Ce banal combat contre l’épidémie transformée en absurde « guerre » sanitaire selon la doxa officielle, aurait pu être plus facile si les gouvernements successifs depuis dix ans, avaient songé à préparer le pays à une éventualité de cette nature, loin d’être imprévisible comme l’a démontré Bill Gates, le fondateur de Microsoft qui l’avait pressentie et annoncée . Visiblement, chaque jour qui passe nous prouve l’extrême légèreté des administrations de santé publique qui, au nom de l’équilibre budgétaire, ont sacrifié les stocks de masque réduits d’année en année à la portion congrue ou supprimer à la hache les lits hospitaliers destinés à accueillir des malades en grande détresse respiratoire, sans compter les inepties statistiques balancées chaque jour aux médias et au peuple en mélangeant flux et stock pour ne point trop inquiéter comme à la grande époque de la « drôle de guerre » quand un ministère de l’information tentait de rassurer alors que tout était déjà perdu.

Toujours est-il que nous ne savons pas encore si nous survirons au confinement et encore moins au passage imprévisible dans la durée de l’épidémie de Covid-19. Mais une chose est sûre : comment ne pas penser à Andréi Amalrik posant une question de même nature dans un livre prophétique en 1970 concernant l’Union soviétique : L’URSS survivra-telle en 1984 ?, dont on trouvera ci-après une critique publiée la même année dans le Monde diplomatique par Yves Florenne qui fut un beau serviteur de l’écrit pour reprendre l’éloge du Monde à sa mort en 1892. Poser la question de la survie est déjà répondre. Pour avoir eu peur de la mort,  face aux totalitarismes abjects, aux populismes rampants, les démocraties ne survirons pas au confinement de 2020. Tout au moins, dans leur mode actuel de fonctionnement technocratique et bureaucratique, qui opprime toute créativité et annihile les libertés humaines.

La barbarie et le Choléra morbus entrant en europe | Paris Musées

La barbarie et le choléra Morbus entrant en Europe, caricature de 1831 désignant alors la Russie qui déclara la guerre à la Pologne, y important le choléra.

Il faudra bien un jour ou l’autre expliquer par exemple, pourquoi avoir confiné les écoliers bien avant les personnes âgées dans les EHPAD alors qu’elles étaient en première ligne du tsunami épidémique : on compte seulement cent cas en réanimation et de rares décès pour les générations de moins de trente ans, soit cent personnes pour vingt-quatre millions de personnes ; un confinement brutal et aveugle a été généralisé à toute la population alors que les décès sont concentrés à 90% sur les personnes âgées de plus de soixante-dix ans au lieu de 1% seulement pour les personnes âgées entre 16 et 45 ans, soit deux cents décès à ce jour rapportés, là encore, à plus de vingt millions de personnes, sans compter que 90% des décès ont une cause de comorbidité : les plus fréquemment rapportées sont une pathologie cardiaque (42%), un diabète (32%) et une insuffisance pulmonaire grave (27%), sans compter qu’il semble bien que la caractéristiques la plus fréquente pour 90% des personnes en réanimation de moins de cinquante ans serait le surpoids pour ne pas dire l’obésité. Au bout du compte, 18 millions de personnes étaient principalement menacées sur une population totale de 67 millions, mais toute la population a été violemment assignée à résidence pour ne pas dire placée sous écrou et bracelet paperassier farfelu, en justifiant ces mesures délirantes par le fait qu’il aurait été impossible de faire confiance à la population, lui déniant toute capacité de responsabilité individuelle. Surveiller et punir, ont toujours été les deux mamelles fouetteuses de la France : gouverner, c’est réprimer !

Pour comprendre cette situation ubuesque, il faut s’en remettre à la conclusion sans fard d’un brillant article de Pascal Marichalar publié le 25 mars 2020 dans la revue La vie des idées, éditée par le Collège de France, et intitulé Savoir et prévoir, première chronologie de l’émergence du Covid-19, après une démonstration limpide des retards constatés en France à combattre à contretemps la pandémie :

Lorsque le temps de la justice et des comptes sera venu, il nous faudra comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle : une pénurie absolue de masques, ne permettant pas de protéger convenablement les soignant.es qui sont au front – qui sont infecté.es, et infectent à leur tour –, bien trop peu de tests de dépistage (ce qui semble avoir été une décision assumée, y compris aux temps où l’épidémie était encore balbutiante en France, et n’est pas une fatalité en Europe, comme le montre l’exemple de l’Allemagne), et finalement la décision de dernier ressort de confiner toute la population pour une période indéterminée, une arme non discriminante qui est terriblement coûteuse en termes humains, sanitaires (santé mentale) et économiques.

"Scène de Paris", huile sur toile, 1833, Philippe-Auguste Jeanron, collection du musée des Beaux-Arts de Chartres, inv. 84.8 / © musée des Beaux-Arts de Chartres

Le choléra à Paris, tableau de Philippe Jeannon, 1833, musée des beaux-arts de Chartres

Vivre et mourir en hommes libres

L’administration française a préféré une nouvelle fois s’en remettre à sa logique terroriste issue d’une histoire criminelle bicentenaire : cette logique terroriste est apparue avec les tragiques événements de la Terreur culminant entre la chute de la monarchie le 10 août 1792 et la chute de Robespierre le 10 thermidor an II, soit le 28 juillet 1794 ; elle se renforce sous le règne du tyran Napoléon qui assoit une administration hyper centralisée sur le modèle de l’Empire romain, entièrement dédiée à ses ambitions de puissance, menant une succession de guerres européennes jusqu’en 1815 qui provoquèrent la mort de 3,5 à 6 millions de morts militaires et civils en Europe selon les sources historiques plus ou moins convergentes. La population européenne étant de 187 millions en 1800 et de 747 millions en 2019, cela correspondrait aujourd’hui entre 14 et 24 millions de morts. [Le Covid-19 joue pour le moment petit en matière de score d’inhumanité face aux ogres despotiques comme Napoléon ou aux tyrannies de tous ordres du vingtième siècle].

Les fondations de l’administration française n’ont pas changé depuis Napoléon, entraînant des aventures extérieures hors contrôle démocratique (Trocadéro, Alger, Italie, Mexique) et des désastres successifs en 1870, 1914 et 1939 faute d’anticipation, de préparation et d’attention aux hommes, notamment entre 1914 et 1918 où la levée en masse de soldats a transformé des millions d’hommes en chair à canon. Cette administration française a une nouvelle fois failli dans un domaine que personne n’attendait, celui de la santé publique et cela pour des motifs identiques. L’administration telle qu’elle continue d’être organisée depuis la création des commissaires de la République en service extraordinaire lors de la Terreur, n’est pas au service de la population mais d’un Etat dont les ambitions sont propres et aveugles, Etat dirigé par des préfets, procureurs, inspecteurs des finances, conseillers de la Cour des comptes et conseillers d’Etat qui constituent l’ossature écrasante de la technocratie au pouvoir, bien qu’en nombre minuscule, à peine un millier de personnes décidant et jugeant de tout pour la société entière sans n’avoir jamais à rendre compte qu’entre eux-mêmes.

Déboussolés, dépassés et désarmés par cette pandémie qui bouleversait les méthodes habituelles de gouverner , réalisant tardivement que l’administration de la santé publique n’avait rien préparé de sérieux pour ces circonstances exceptionnelles, la technocratie s’en est remis à l’avis de médecins consultés en grand désordre pour prendre des décisions dont les gouvernants ont rapidement réalisé que les professions de santé cherchaient en vérité, sous couvert scientifique, à prendre leur revanche du dédain et mépris affichés depuis des années par une technocratie triomphante.

C’est ainsi que traduisant à leur façon les avis divergents du corps médical, s’en remettant au principe de précaution pour sauver leur peau au cas où cela tournerait mal, c’est à dire au cas où le risque d’épidémie emporterait tout sur son passage y compris les gouvernements menacés de révoltes sociales nées d’un réflexe de Grande peur comparable à celle qui précéda la Révolution de 1989,  c’est ainsi donc que tout le monde s’est retrouvé confiné du nouveau-né au centenaire, sans distinction d’âge et de risque, au mépris de toute logique et raison sous prétexte qu’il n’y avait ni tests, ni masques et encore moins de respirateurs dans les hôpitaux.

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L’étrangement confinement de Wuhan en 2020, bientôt imité par la plupart des pays de la planète et qui a conduit à un désastre sans précédent qui pourrait être irréversible  pour la société universelle si la raison ne revient pas au galop.

Wuhan  ou le mimétisme sanitaire sur le modèle de Sarajevo en 1914

Les historiens plus tard se pencheront sur ces jours fatidiques où plus de la moitié de la population mondiale s’est retrouvée confinée plus ou moins brutalement  selon les Etats, la violence collective la plus grande revenant sans surprise aux états communistes comme la Chine ou la Biélorussie, qui ne reconnaissent aucune droits individuels, suivis dans l’empressement répressif par l’Italie et la France qui ont de longues traditions en la matière, les deux pays ayant en commun des administrations de création napoléoniennes pour ne pas remonter à la Rome impériale.

Dans les collections presse et périodiques de la BnF : l'attentat ...

Rien ne laisse supposer que l’attentat de Sarajevo, le 29 juin 2014, deviendra le prélude à l’entrée en guerre des empires fin juillet 1914

Ce qui surprend le plus dans ce déchaînement précipité de décisions aboutissant au confinement brutal, c’est que les mêmes réflexes mimétiques entre gouvernements ont abouti aux décisions de « guerre contre le virus », tout comme après l’attentat de Sarajevo de l’archiduc d’Autriche le 28 juin 1914, les enchaînements mimétiques entre empires ont conduit aux désastres  humains de la Première guerre mondiale du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918. En 1914, le soutien de la Russie à la Serbie et celui de l’Allemagne à l’Autriche-Hongrie mena l’Empereur et roi François-Joseph à déclarer la guerre à la Serbie, en affirmant officiellement : J’ai tout examiné et tout pesé ; c’est la conscience tranquille que je m’engage sur le chemin que m’indique mon devoir. Dans les deux semaines suivant le 28 juillet, les grandes puissances entraient en guerre : Allemagne, Russie, France, Royaume-Uni, et un peu plus tard le Japon et l’empire ottoman le 1er novembre 1914, entraînant dans la guerre européenne, les immenses empires coloniaux d’outre-mer possédés par ces grandes puissances en Afrique, Amérique (Canada) en Asie (Australie et Nouvelle Zélande). D’autres pays comme la Belgique, la Bulgarie ou le Portugal entreront en guerre, sans oublier les Etats-Unis en 1917.

Pourquoi les dirigeants s'imitent-ils ? Réponse de la théorie ...

Ci-dessus, la théorie simplifiée du mimétisme selon René Girard auquel l’auteur virtuel a consacré deux chroniques : l’Ultime désir de René Girard et la Guerre de la violence et de la vérité consacrée à Penser Clausewitz où René Girard constate que  « la réalité de la guerre fait que le sentiment d’hostilité (la passion guerrière) finit toujours par déborder « l’intention hostile » (la décision raisonnée de combattre) »

Une guerre préventive, c’est comme un suicide par peur de la mort

Mêmes causes, mêmes effets avec le Covid-19. Après la décision chinoise de confinement de Wuhan fin janvier 2020, les gouvernements des nations européennes confrontées au risque épidémique, ont tour à tour décidés sous l’effet domino, de confiner leur population sans véritable réflexion sur les risques encourus , de crainte d’être accusés de ne rien faire de probant et d’avoir ignoré le principe de précaution devenu la panacée de l’art de gouverner. Dans le même temps, les conséquences de cette décision dans les domaines économique, social psychosocial sans même évoquer la destruction des liens intergénérationnels ou des principes se rapportant aux libertés individuelles ont été ignorés, pas même étudiés ou évoqués comme si le confinement n’avait aucun effet sur la vie des hommes. La vie sociale en est pourtant bouleversée et les conséquences de ces décisions brutales imposées à la population sans effort de réflexion préalable sont incommensurables, désastreux, sans retour possible aux situations antérieures en matière d’activité économique, d’emploi, de solidarité. Tout ce qui a été construit depuis 1945 a été détruit et nul ne sait de quoi l’avenir sera fait.

Ceci nous rappelle ce qu’aurait réellement déclaré l’empereur François-Joseph lorsqu’il signa la déclaration de guerre à la Serbie le 28 juillet 1914 : une guerre préventive, c’est comme un suicide par peur de la mort. Dans ses mémoires publiées en 1932, le président français, Raymond Poincaré, rendra un hommage surprenant à cet empereur : c’était un souverain riche de bonnes intentions… Il n’a pas voulu le mal, il n’a pas voulu la guerre, mais il s’est entouré de gens qui l’ont faite. L’art de gouverner est en effet de savoir bien s’entourer et il est des circonstances qui prouvent ne pas l’être forcément, quand par exemple des jusqu’au-boutistes cherchent à briser tout esprit de liberté ou de résistance aux décisions les plus brutales pour assouvir leur soif inextinguible de pouvoir. L’invention des auto-autorisations de déplacement dérogatoires restera dans l’histoire comme une marque indélébile de crétinisme bureaucratique, car tout de même interdire aux gens de se déplacer tout en leur permettant de s’autoriser à sortir, faut vraiment se lever tôt et marcher dehors jour et nuit avant d’en trouver la logique.

Et pour avoir cherché, par principe de précaution, à mener une guerre préventive à une épidémie invisible et diabolique, une chose est sûre, comme en 1914, pour les démocraties, tout cela aura été comme un suicide par peur de la mort. Et quelles que soient les conséquences épidémiologiques immédiates de cette « guerre » à l’ennemi viral invisible, pour avoir sacrifié la liberté sur l’autel préparé par les amis de la mort, l’issue en sera de toute façon désastreuse.

Quant à la Chine totalitaire, suivant le principe général que Tout empire périra, elle est appelée à s’effondrer pour expier, un jour ou l’autre, la responsabilité criminelle du désastre épidémique du fait de ses mensonges flagrants, qui font suite à soixante-dix ans de crimes incessants aux millions de morts indénombrables.

TOUT EMPIRE PÉRIRA par Jean-Baptiste Duroselle. Première édition ...

Voici la critique du livre d’Andréï Amalrik publiée en juillet 1970 dans le Monde diplomatique, un livre qui annonçait pour 1985 la chute du régime soviétique et la désintégration de l’Empire, prenant pour hypothèse de déclenchement de l’effondrement une guerre avec la Chine alors que Tchernobyl en sera dans les faits le catalyseur imprévu. Amalrik disparaîtra sans assister à la fin du régime qu’il avait prophétisée, dans un accident de voiture  aux circonstances troubles, le 12 décembre 1980,.

Amalrik -

Le livre d’Andrei Amalrik est surprenant à plus d’un égard.

D’abord parce que la question, en elle-même sacrilège — mais qui n’a certes rien d’une provocation facile, — et les réponses qu’elle appelle ne sont pas le fait d’un historien occidental ou d’un émigré, mais d’un jeune citoyen soviétique, vivant en U.R.S.S. D’une vie un peu particulière, sans doute — mais qui est le lot de beaucoup d’autres, — partagée entre la prison ou la Sibérie — on a annoncé dernièrement son arrestation — et des libérations où il retrouve, avec un métier, la possibilité d’écrire un petit livre explosif comme celui-ci, et même de le publier — clandestinement, il va sans dire.

Contrairement à tout ce qui avait traversé jusqu’ici les frontières étanches de l’U.R.S.S., ceci n’est pas un récit, des souvenirs, un témoignage ou un cri, mais une analyse. L’observation socio-historique, désinfectée de toute idéologie, ne porte que sur une trentaine d’années réparties entre le passé immédiat et le proche futur, de 1952 à 1985. C’est vers cette dernière date que, après l’examen de différentes hypothèses (selon lui, pour demain comme pour aujourd’hui, la « libéralisation » est une illusion, principalement cultivée en France), sont prévues la chute du régime et la désintégration de l’ « empire », à la suite d’une guerre « inéluctable » avec la Chine, quelle qu’en soit l’issue, de toute façon désastreuse.

Même s’il laisse sceptique ou s’il indigne, ce tableau saisissant est d’un historien — c’est pour sa thèse d’histoire sur les origines de l’Etat russe qu’Amalrik a été chassé de l’Université — et d’un historien qui baigne dans le milieu observé. Il le dit lui-même avec un humour incisif : son livre « présente pour les soviétologues occidentaux le même intérêt qu’aurait pour les ichtyologistes un poisson qui se mettrait à parler ».

Cette parole inouïe — au sens propre — est traduite par Michel Tatu. Son caractère unique est souligné par la préface de M. Alain Besançon, professeur à l’Ecole des hautes études, elle-même singulière en ceci qu’elle a presque autant d’étendue que le livre. Elle l’éclaire, non par une exégèse laudative, mais par une analyse parallèle qui va loin (même s’il arrive à l’analyste d’aller un peu loin). Elle porte sur la société et le régime, le conditionnement de l’homme, la « défiguration de la culture », le « délire idéologique », le pouvoir qu’a l’idéologie de « maintenir inconscient ce que la conscience ne peut tolérer »  ; mais aussi sur la psyché russe : par exemple, son « masochisme à déguisement chrétien » dans la complicité de la victime avec le bourreau.

Peut-être y a-t-il une pointe de ce masochisme dans l’ironie douloureuse d’Amalrik — dont M. Besançon salue justement la lucidité et le courage, « l’amour » pour une patrie à laquelle il « fait honneur » — dans cette petite phrase assez terrible : « Pour des raisons indépendantes de ma volonté, j’ai dû interrompre mes recherches sur les débuts de l’Etat russe ; j’espère maintenant recueillir ma récompense au centuple, comme historien, en devenant témoin de sa fin. »

La Grande Peur: Nous vivons exactement 1789 - Wikistrike

 Rien de nouveau sous le soleil : nous revivons avec l’étrange confinement la Grande peur de 1789, sans la destruction des églises et des châteaux, tout au moins pour le moment.