Osons penser à l’heure du péril imminent

Vitrail - Le quatrième cavalier de l'Apocalypse - église Saint-Jean-de-Montmartre (1834-1915)

Pour ceux qui ont lu René Girard, ce qui se passe ces temps derniers n’a rien de véritablement surprenant. Dans l’épilogue de son livre  « Achever Clausewitz » paru en 2007 aux éditions Carnetsnord, René Girard évoquait précisément le caractère mimétique en œuvre dans « la montée aux extrêmes devenue planétaire » à travers le phénomène terroriste, terminant sa démonstration en une seule phrase : VOULOIR RASSURER, C’EST TOUJOURS CONTRIBUER AU PIRE.

Cavalier, rose de l'Apocalypse, Sainte Chapelle ©VitrailFrance

Cavalier, rose de l’Apocalypse, Sainte Chapelle, Paris

A l’heure du péril imminent, ne comptez pas sur l’auteur virtuel pour vous rassurer, il ne sert à rien de pleurnicher, s’apitoyer ou trembler, la situation est ce qu’elle est et nous n’en sortirons pas sans un immense effort collectif faisant appel à l’intelligence d’esprit, la lucidité dans la prise de décision et la rapidité d’action. Mais il faut d’abord dissiper les malentendus. La peur dans la société française est omniprésente depuis plus d’un quart de siècle au point de refuser de regarder la réalité en face, et donc de se tromper de combat au risque de nouvelles déconvenues bien plus effroyables que celles du vendredi 13 novembre 2015 au Bataclan et sur les terrasses parisiennes de restaurant.

1906. Raoul Dufy: le 14 juillet au Havre

Le Havre pavoisé un jour de fête nationale, le 14 juillet 1906, oeuvre de Raoul Dufy

La dernière idiotie est cours est que les tueries du 13 novembre n’auraient pas d’origine religieuse, ce serait l’affaire de fous, de psychopathes ou de désaxés sans lien avec la religion ou le religieux. On est là au paroxysme du crétinisme. C’est un peu comme trouver des pommes pourries sous un arbre dans un verger et dire que les pommes ne tombent pas de l’arbre mais qu’elles ont été apportées par un vent facétieux : NEWTON, REVIENS ! Ils sont tous devenus fous.

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Voici de nombreuses années que nous sommes entrés dans un nouveau conflit mondial que personne ne veut nommer ou désigner par crainte d’engendrer peurs,  ressentiments et représailles supplémentaires. Si nous survivons à ce conflit, les historiens plus tard détermineront avec précision quand est-ce que celui-ci a commencé. A l’échelle des temps modernes, c’est à dire depuis la révolution française, voici les grandes lignes de ces quatre conflits successifs :

Affiche publicitaire qui a pour but de contrôler l'inflation .Année: 1939. © Historica Auteur: Inconnu. Référence: Site Internet Historica : http://www.histori.ca/.

Affiche publicitaire destinée à lutter contre l’inflation en France en 1939

La Première guerre mondiale entre 1914 et 1918, est issue d’une rivalité franco-allemande exacerbée qui prend véritablement naissance à Iéna en 1806, lorsque Napoléon, en « trois minutes »  écrasa et dispersa l’armée prusienne forgée par Frédéric le Grand, considérée jusqu’alors invincible. Cette rivalité qui se manifesta pendant un siècle s’acheva provisoirement avec l’armistice du 11 novembre 1918 et la reconnaissance par l’Allemagne de sa défaite militaire.

Images croisées de la Grande Guerre » Blog Archive » La propagande visant à mobiliser les soldats et l’arrière en France

Appel à souscrire des emprunts d’Etat en france pendant la première guerre mondiale

La Seconde guerre mondiale entre 1939 et 1945, issue des décombres de la Première guerre mondiale, est la résultante de l’esprit revanchard de l’Allemagne envers la France dans un cadre idéologique renouvelé par l’émergence du communisme, du fascisme et du nazisme qui prospérèrent tous les trois sur un même terreau hostile aux principes démocratiques, pour aboutir par un jeu d’alliances renversé à la constitution de l’axe Allemagne – Italie – Japon face aux démocraties occidentales alliées temporairement à l’Union soviétique communiste. Une guerre totale s’installa entre les deux camps aboutissant à la destruction de l’Axe en 1945 avec l’emploi de la bombe atomique qui ouvre une ère nouvelle en matière militaire, celle de la dissuasion nucléaire : le recours à cette arme signerait la vraisemblable destruction de toute vie humaine à l’échelle du monde.

Jean Grinberg, "Long Live the Franco-Soviet Alliance," c.1940

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les relations franco-russes sont marquées par l’existence de relations d’intérêts communs

« La Guerre froide » qui commence dès la fin de la Seconde guerre mondiale,  naît de la rivalité idéologique entre le monde libre et le monde communiste, les conflits contenus intervenant à la périphérie du fait qu’une opposition frontale entre les deux adversaires est devenue impossible avec l’apparition de l’arme nucléaire en 1945 et le risque d’annéantissement total de la planète. La Corée, le Vietnam, Cuba, l’Afghanistan mais aussi les luttes permanentes d’influence en Afrique, en Amérique latine ou en Asie  témoignent que cette prétendue « guerre froide » peut être d’une extrême violence sur ces « terrains de jeu » alors que l’Occident sanctuarisé pendant près d’un demi-siècle échappe à un embrasement généralisé. Cette Guerre froide se termine par l’épuisement idéologique et économique du monde communiste, symbolisé par la chute du mur de Berlin en 1989 et l’éclatement de l’Union soviétique en 1991.

Soviet Propaganda Poster

Affiche de propagande soviétique pendant la guerre froide

Avec la fin de la rivalité entre le monde libre et le monde communiste, et alors que l’Occident réunifié commence à élaborer une mythologie de « la fin de l’Histoire », surgit un conflit innomé aux caractéritiques totalement imprévues, qui résulte d’une résurgence archaïque associant à la fois des buts stratégiques qui défient l’entendement commun et  des méthodes tactiques fondées sur les technologies les plus modernes, déstabilisant par leur emploi brutal et aveugle les sociétés modernes qui n’ont rien vu venir, essentiellement par orgueil et manque total de lucidité. Cette quatrième guerre mondiale prend naissance dans les années 80, principalement en Afghanistan, pour s’étendre au fil des décennies à la planète entière, le monde ne prenant conscience de l’avènement de cette guerre qu’à l’occasion des attaques terroristes combinées du 11 septembre 2001.

Ana Juan’s “Solidarité,” the cover of the January 19, 2015, issue of the magazine.

Couverture du New Yorker après les attentats de Paris en janvier 2015

Cette quatrième guerre sans nom a pour caractéristique primordiale le recours au terrorisme sur des théâtres régionaux comme mode d’action militaire privilégié. Mais alors que la dissuasion nucléaire se fonde sur le principe du « faible au fort » pour dissuader le fort d’attaquer le faible en raison des risques de devoir supporter en réprésailles des destructions massives annihilant tout gain potentiel d’une éventuelle attaque, la menace terroriste du « faible au fort » consite à provoquer des dommages dans le camp adverse les plus élevés possibles sans préoccupation des conséquences de ces agressions sur ses propres forces. L’objectif n’est pas simplement d’atataquer l’adversaire et le vaincre, mais de le détruire, y compris si l’attaque engendre l’autodestruction. Il s’agit là d’un phénomène nouveau où l’attaquant, à l’avance, accepte, son annénatissement, la destruction de l’adversaire étant considérée en soi comme la victoire, peu importe le prix à payer de cet annéantissement. La réalisation de l’opération terroriste devient alors en elle-même une victoire, quels que soient les objectifs atteints.

Lettres d'Iwo Jima - Clint Eastwood Mémoires de nos pères

Les deux films de Clint Eastwood sur la Guerre du pacifique (1941-1945) jettent un regard croisé sur une guerre menée de chaque côtée par des hommes qui sont aussi des hommes

C’est que ces actions terroristes ne s’inscrivent pas dans la même durée que les actions militaires habituelles : la notion du temps des terroristes n’est pas la notre, ils ont tout leur temps.  Et c’est ce qui rend difficile voire impossible, la luttre contre le terrorisme, d’un point de vue militaire. Il y aura toujours un terroriste pour reprendre le flambeau, sans que forcément les armes utilisées et l’organisation de l’opération terroriste soient sophistiquées dès lors que la relève est assurée. Et pour assurer cette relève, il n’y a rien de mieux que de réussir une opération terroriste, dont le succès n’est pas tant l’ampleur des dégâts commis que d’engendrer des représailles qui nourrissent le phénomène terroriste. C’est pour cela qu’il ne faut pas se précipiter aveuglément dans le piège terroriste : avant de bombarder des cibles, sachons pourquoi, quand et comment. sinon il est à craindre la poursuite de la montée aux extrêmes dans le cadre d’une guerre sans fin, qui est exactement ce que nous vivons depuis un quart de siècle au moyen-Orient, avec désormais son extension à l’Europe, ce continent fatigué des guerres et qui devient une proie facile du terrorisme.

Vezelay, chapiteaux, le moulin mystique

Le moulin mystique, chapiteau de la basilique de Vézelay

Oser penser cette guerre sans fin, c’est dire ce qu’elle est, une guerre entre nations musulmanes, qui insensiblement se déplace vers un Occident orgueilleux et égoïste refusant de voir les aspects conflictuels entre pays nantis et pays pauvres ; c’est encore s’attacher aux aspects religieux archaïques qui déterminent les objectifs d’une guerre véhémente et c’est enfin sonder les âmes pour essayer de comprendre l’impossible, le recours au suicide de jeunes qui ne sont pas forcément en déshérance mais qui trouve dans le terrorisme un accomplissement diabolique à leur vie, ce qui pour nous Occidentaux, descendants lointains des philiosophes grecs, de Saint Paul et Saint Augustin, de Descartes et Pascal, sans oublier bien d’autres philosophes plus proches de nous, est quelque peu incompréhensible mais néanmoins réél.

La Ligne rouge (1997)

Dans « La Ligne rouge », le réalisateur Terrence Mallick oppose le caractère paradisiaque de l’île mélanésienne à la violence sans précédent de la bataille de Guadalcanal opposant Japonais et Américains, à un moment décisif de la guerre du pacifique

De prochaines chroniques exploreront toutes les facettes de ce péril imminent, étant entendu que pour vaincre la logique apocalyptique du terrorisme, il nous faut garder en l’esprit que, pour reprendre les mots de René Girard, « l’apocalypse n’annonce pas la  fin du monde, elle fonde une espérance« , et qu’il nous faut donc radicalement changer pour répondre au défi du terrorisme, en reconnaissant que le réél  n’est toujours qu’une guerre de la violence et de la vérité : face à l’empire planétaire de la violence, ce ne sont pas les représailles engendrant une élévation de cette violence dont nous avons besoin, mais de charité, d’actes empathiques, de compassion et d’amour.  Ce qui n’exclut pas la légitime défense lorsque nous sommes attaqués.

Paris, église Saint-Jean-de-Montmartre. Vitrail «Le deuxième cavalier de l'Apocalypse» «Sortit alors un autre cheval rouge feu. À celui qui le montait, il fut donné le pouvoir de bannir la paix de la terre...» (Livre de l'Apocalypse)

Le deuxième cavalier de l’Apocalypse, vitrail de l’église Saint-Jean-de-Montmartre à Paris : sortit alors un autre cheval rouge feu. A celui qui le montait, lui fut donné le pouvoir de bannir la paix de la terre (Livre de l’Apocalypse).

A venir donc quelques chroniques consacrées à : 1) l’islam guerrier étudié par Canetti dans « Masse et puissance » ; 2) le désir métaphysique selon René Girard ; 3) donner des preuves d’amour à une jeunesse française à la dérive ; 4) l’histoire des déconvenues de la France en Syrie  ; 5) les buts de guerre ; 6) Exorciser la « montée aux extrêmes » ; et peut-être d’autres selon l’inspiration du moment, allez savoir.

Les quatre cavaliers de l’apocalypse ; Hans Memling (Selingenstadt autour de 1440 – Bruges 1494) ; huile sur panneau de chêne ; 173.6 x 173.7 cm pour le panneau central ; 176 x 78.9 cm pour chaque panneau de côté ; 1474-79 ; retable de saint Jean ; Bruges,

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, retable de Hans Memling, 1474-1479, Bruges

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