Paris disparu, Paris perdu, Paris retrouvé

Femmes colleuses d’affiches. Paris, 1908. © Albert Harlingue / Roger-Viollet

Il est un proverbe ligérien méconnu en ces temps de disette économique, qui nous laisse espérer le retour au plein emploi, c’est celui-ci : quand les maquereaux remontent le fleuve et qu’ils croisent les sardines descendant vers la mer, retrousse tes jupes et remonte tes manches, c’est l’heure, au petit matin, de taquiner le goujon et d’attraper l’anguille. Et dans les rues des villes, de coller fièrement des affiches.

39 rue du Château-d’Eau la plus petite maison de Paris en 1900.

Une maison de Hobbit au 39 rue du Château d’eau, la plus petite maison de Paris en 1900

Le proverbe échappe un peu à l’entendement commun, mais appliqué à l’économie il signifie tout simplement que la reprise est là, que la courbe du chômage va s’inverser durablement pendant deux ans pour retrouver le niveau de 2012 et que le retour du plein emploi est pour la saint Glinglin, encore que des prévisions affinées estiment possible que ce soit pour la semaine des quatre jeudis, à Pâques ou à la Trinité, mais certainement pas quand les poules auront des dents, le risque serait trop grand que cela arrive avec les progrès du clonage, ce qui, avouez-le, serait  tout de même magnifique, nul économiste étant cependant en mesure d’expliquer pourquoi cinq millions de personnes en deux ans sortiraient allègrement des statistiques du chômage là où quarante ans ont été nécessaires pour les y jeter comme de vieux mégots.

Les petits métiers du Paris d'antan Un ramasseur de mégots. Il n'y a pas de sot (petit) métier... (vieille carte postale, vers 1900):

Le ramasseur de mégots, l’emploi oublié des lois relative à la lutte contre le tabagisme

Touijours est-il que tout le monde doit contribuer à réfléchir au chemin à prendre pour sortir la France du chômage de masse. Ne comptons pas trop sur les économistes et les prévisionnistes, car depuis quarante ans, leurs scénarios ont été plus catastrophiques les uns que les autres, et ce n’est pas près de s’améliorer. Récemment, un prix nobel d’économie spécialisé dans la finance, proposait d’organiser un séminaire mondial consacré aux origines de la crise de 2007-2008 pour essayer d’y voir clair dans la boîte noire financière, personne à ce jour ne pouvant sérieusement expliquer ce qui s’était passé, un peu comme si, sept ans plus tard, on était toujours à la recherche de la carlingue virtuelle du crash pour essayer de retrouver les centaines de milliards de dollars partis en fumée et les millions d’emplois supprimés. Comme on dit au musée d’Orsay à propos de la prostitution, c’est un peu Splendeurs et misères, ce qui ne nous rajeunit guère : Zola à ce sujet nous a déjà tout raconté.

vieux metiers de Paris, 1900.marchande-de-soupe

Avant de se retrouver au Palais-Bourbon ou au Sénat pour y occuper des sinécures, les marchandes de soupe exerçaient leur métier dans la rue

Peu importe, nous devons tous contribuer à réveiller la création d’emplois. Les champions du bavardage offshore se tournant vers les nouveaux métiers dont personne ne sait ce qu’ils sont sauf quand on anglicise le titre ou l’étiquette, il a semblé plus prometteur de réveiller le filon des emplois disparus, les métiers d’antan, lorsque le chômage était bas et que le plein emploi existait. Car à force d’imaginer que l’avenir appartient aux experts, aux « datascientists » et aux derviches tourneurs, ce qui ne fait pas l’affaire de soeur Anne qui ne voit toujours rien venir en matière de création d’emplois, nous allons de notre côté, dans une sorte de retour vers le futur, emprunter au passé les métiers d’avenir.

Vieux métiers de Paris, 1900. Ouvreur de fiacres

L’ouvreur de fiacres, à fière allure, précède d’un siècle le service au client d’Uber, à ne pas confondre avec le membre de l’Académie française qui prend un taxi :

Henri Cartier-Bresson, Un membre de l'Académie française arrive à Notre-Dame, Paris, 1953. © Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos.

Ainsi, s’il existe encore quelques colleurs d’affiches, leur retour serait bienvenu pour masquer l’affichage publicitaire numérique ce qui serait source non négligeable d’économies d’énergie. De même, le fort à la farine a disparu, les sacs étant aujourd’hui moins lourds. De plus, incontestablement, la charette à bras règlerait opportunément la question de pollution dans les centres urbains.  sans oublier qu’il vaut mieux le son que le son des moteurs. Dans le même ordre d’idées, la ville de Paris devrait investir dans la voiture d’arrosage à bras et recruter quelques sportifs susceptibles de compléter utilement leur entraînement musculaire au lieu de traîner dans des salles de sport fermées à l’air difficilement respirable. Heureusement, il reste toujours possible de demander une livraison au galop d’eau de source.

Les petits métiers du Paris d'antan Le colleur d'affiche:   Les petits métiers du Paris d'antan Un fort à la farine, aux Halles... La Voiture dans le Paris d'antan par Eugène Atget - Une voiture d'arrosage de la Ville de Paris, près de Notre-Dame, en 1910. Après les fêtes, livraison d'eau... "Vittel Horse Wagon", Paris, 7 Septembre 1950 Photo Benjamen Chinn

De manière générale, c’est tout le chaîne de transport qu’il faut revoir à Paris et dans les grandes villes. La logistique et la manutention ont de beaux jours devant elles surtout s’il faut étendre les opérations aux commerces ouverts le dimanche. La voiture de laitier et celle du brasseur témoignent que nous pouvons largement nous passer de véhicules utilitaires à moteur polluants, sans compter que le transporteur généraliste est autrement plus efficace que celui croisé au cinéma.
La Voiture dans le Paris d'antan par Eugène Atget - Une voiture de laitier, en 1910. La Voiture dans le Paris d'antan par Eugène Atget - Une voiture de brasseur, en 1910.   Transporteur "petit métier" de Paris 1890

Nous pouvons aussi compter sur le développement exponentiel des activités de marchand ambulant. Ainsi, nous avons toujours besoin du rémouleur, n’oublions pas qu’il est parfois nécessaire de faire taire une belle-mère acariatre. De son côté, le marchand de tonneaux développe une spécialité tout en dextérité pour traverser la rue et il nous faut envisager de faire revenir en force le marchand de marrons sur les grands boulevards, hiver comme été.Les petits métiers du Paris d'antan Le rémouleur Les petits métiers du Paris d'antan Un marchand de tonneaux (vieille carte postale, vers 1900)  Marchand de marrons

Quant au marchand d’artichaut, il redonnerait l’espoir aux Bonnets rouges bretons, le marchand de gui réveillant la tradition qui se perd du baiser, tandis que marchands de cerises, de violettes et d’oranges procureraient quelques petits bonheurs bienfaiteurs au milieu de la journée, sans compter le muguet jovial du 1er mai.

Marchand d'artichaut. Par Eugène Atget, août 1899. Paris, musée Carnavalet. photos-vieux-metiers-de-paris-1900-marchand-de-gui.jpg  Marchand de cerises, Paris, 1950 (Tood Weeb), généalogie, métiers, société paris, annés 50, robert franck, le marchand de violettes Le marchand d'orange   1er mai 1911 à Paris - Vente du muguet #photo Marchandes des 4 saisons au marché d'Aligre #1900 #PEAV #Paris12 @Menilmuche @souvienstdparis

A chaque coin de rue, les réparateurs de parapluie, les cireurs de chaussures mais aussi les femmes cochères hippomobiles ou automobiles nous faciliteraient la vie.

Etienne Bertrand Weill - Le réparateur de parapluies, Paris, 1950.  Cireur  Les femmes cochères... Les femmes cochères...

Pour assurer des débouchés aux marchands de lacets, il conviendrait de proscrire les mocassins, tandis que la concurrence serait stimulée par la vente à la criée  distincte du café au lait et du petit-noir.

Marchandes de Lacets Marchande de café au lait, rue Mouffetard, Paris (Vème arr.). par Atget 1898-1901, musée Carnavalet. Marchande de café noir aux Halles centrales de Paris. 1908.:

Le chiffonier pourrait retrouver son lustre perdu en l’autorisant à crier à nouveau  « Peau de lapin ? Peau de lapin ? » dans les rues.  Une saine émulation pourrait aussi s’emparer des distillateurs dans les rues si la loi Evin était aménagée pour tenir compte des perspectives d’emploi dans un secteur en ébullition permanente. Plus difficile serait la reconquête de parts de marché par les bougnats pour la vente du coke et du charbon de bois.

Le Chiffonnier - Quand il passait dans les rues il criait "Peau de lapin ? Peau de lapin ?" - Il les récupérait pour en faire notamment de la colle. Peau de lapin est devenu un des surnom des chiffonniers !  La Voiture dans le Paris d'antan par Eugène Atget - Une voiture de distillateur, en 1910.     Attelage de Charbonnier Très bel attelage de charbonnier dans les rues de Paris, vers 1900. Et sur les roues, "Bernot et Frères, 160 rue Lafayette" faisaient même leur pub en anglais!

Dans le cadre du futur aménagement des voies sur berge rive droite, il conviendrait de prendre des dispositions pour autoriser à nouveau à exercer en plein air le nettoyage et la tonte des chiens. Les quais pourraient aussi accueillir les matelassières et les laveuses, à condition d’améliorer la qualité des eaux de la Seine.

Paris, un tondeur de chien, quai Montebello, vers 1905. Une photo des © Frères Séeberger/RMN-Grand Palais. Paris 31 juillet 1917 – Une matelassière quai de la Tournelle (Paris ZigZag) Petits métiers de la rue-La laveuse-

Qui dit lavage et essorage, demande des marchandes de lessive, la vente à la criée dans les rues pouvant aussi porter sur les  toiles cirées ou les crevettes.  Le métier de raccomodeuse de sacs de plâtre bien que moins connu pouvait revenir d’actualité si la recherche d’économies durable est accentuée. Quant à la vente d’herbe, un marché prometteur, il est à craindre qu’il soit bien installé dans de nombreux quartiers, faisant fuir les porteuses de pain, alors obligées de tenter leur chance au bureau des nourrices.

Les petits métiers du Paris d'antan Le marchand de lessive Les petits métiers du Paris d'antan Le marchand de toiles cirées... (vieille carte postale, vers 1900) Les petits métiers du Paris d'antan La marchande de crevettes... (vieille carte postale, vers 1900) Raccommodeuse de sacs de plâtre. Photographie de Louis Vert (1865-1924). Paris, musée Carnavalet. Eugène Atget. Marchand d'herbes, Paris entre 1898 et 1900. Via bnf  Porteuse de pain : [photographie de presse] / [Agence Rol] Le Bureau des Nourrices de la rue du Cherche-Midi, vers 1905 (Paris 6e/15e)

Tout n’est pas qu’affaires nécessaire ou rudimentaire, les plaisirs et douceurs sont aussi utiles à l’homme pour vivre. C’est pourquoi il conviendrait de retrouver dans nos quartiers le marchand de plaisirs et la marchande de douceurs,  les marchandes de crème ou de glaces,  ainsi que la marchande de ballons et le patissier ambulant dans les jardins publics.

Les petits métiers du Paris d'antan Le marchand de plaisirs... (vieille carte postale, vers 1900) Vieux métiers de Paris, 1900.marchande de douceurs. MARCHANDE de CREME - Gare de l'Est PARIS 1898 Les petits métiers de Paris en 1900 Marchande de glaces   La Marchande de Ballons Un pâtissier ambulant : Les petits métiers de Paris dans les années 1900 - Linternaute.com Actualité

Certains métiers sont plus techniques. Ainsi celui de marchands de chapeaux englués pour prendre les mouches ou encore le vendeur de plumeaux et d’éponges.  La pesée des pains de glace suscite vitesse sans précipitation, leur poids variant avec la fonte continue. Le scieur de pierres intervient désormais rarement sur place, tout comme le camionnage à bras n’est plus trop d’actualité maintenant que les déménageurs disposent de chariots élévateurs. On croise tout aussi rarement le vitrier dans la rue, le vendeur de paniers en fil de fer ayant de son côté disparu.

Marchand de chapeaux englués pour capturer les mouches. Paris, 1911. Plumeaux! Eponges! "Petits" métiers oui, mais très spécialisé... (vieille carte postale, vers 1900) Albert Harlingue - Pesée des pains de glace chez un marchand en gros, Paris, vers 1910. PARIS - Les p'tits métiers de Paris - Scieurs de pierres vers 1900Eugène Atget / "Camionnage", Paris, ca. 1910 PARIS.....1900.....LE VITRIER.....DELCAMPE.NET...1899-1900. Marchand de paniers en fil de fer. Albumen silver print. By Eugène Atget

Google maps, GPS et autres Waze ont porté grand tort aux vendeurs de plans de Paris que l’on ne voit plus discuter avec le marchand de papier d’Arménie ; quant au métier de photographe en plein air, les selfies rendent aussi son retour difficile, tout comme les joueurs d’orgue de barbarie sont brutalement concurrencés par le streaming.

Louis Vert (1865-1924). Marchand de plans de Paris conversant avec un marchand de papier d'Arménie, 1900-1906. Paris, musée Carnavalet. Les petits métiers du Paris d'antan Le photographe en plein air...  Photo Joueur d'orgue à Paris, 1898 - Eugène Atget

Heureusement, les marchands ambulants gardent certaines niches que le nuémérique peut diffficilement concurrencer : paniers, abat-jours et balais pourront continuer d’être vendus dans la rue même s’ils deviennent des objets connectés.
Marchand de panier, 1899/1900 | Photograph by Eugene Atget | Vieux métiers de Paris -1900- Le marchand d'abats-jour Henri Cartier-Bresson - Le vendeur de Balais, Montmartre, Paris, 1933.

Le service public devrait être aussi mis à contribution : poinçonneurs, allumeurs de réverbères, cantonniers ramassant avec un aimant des épingles, polisseur de crânes dans les catacombes, porteuses de télégrammes et agents de circulation hippomobile sont autant de missions qui garantissent aux agents publics une utilité immuable.

La bohème: Photo anciens métiers de paris Cantonnier ramassant des épingles au moyen d'un aimant. Paris, 1907.  Worker in the Paris Catacombs. 1860, by Felix Nadar. “Les nouveaux métiers des femmes depuis la guerre” : porteuse de télégrammes dans Paris, juin 1917. Agent de police. Paris, Place de l’Opéra, vers 1910. © ND / Roger-Viollet

Sans oublier que les chaisières, le souffleur au théâtre et le crieur public nous sont chaque jour plus utiles.
La chaisiereLe souffleur | 1944 |¤ Robert Doisneau Crieur public

Pourtant, ce ne sont pas les emplois publics qui présentent le plus d’avenir dans nos rues. Il faut plutôt rechercher du côté de l’Hercule sur la place publique, ou encore la liseuse de pensée, le montreur d’ours ou l’homme fort, sans compter dans le domaine du divertissement, les poseurs de quilles et les diseuses de bonne aventure, souvent remplacées par les journalistes désormais.

Les forains: Hercule sur la place publique (vieille carte postale, vers 1900) Les petits métiers du Paris d'antan Une liseuse de pensées extralucide (vieille carte postale, vers 1900) Les petits métiers du Paris d'antan Le montreur d'ours, et de singes... Homme Fort Un Homme Fort dans les rues de Paris, à Pigalle pour être précis. Encore l'époque des plaisirs simples... Photo prise le 1er mai 1950 par Benjamen Chinn (1921-2009).  le poseur de quilles  Diseuse de bonne aventure. Paris, 1908.

Cependant, pour que ces métiers s’imposent à nouveau dans les rues, il est urgent de réglementer la concurrence déloyale des grands commerces dont la spécialisation des services de livraison du dernier kilomètre nuit à tous ces métiers de proximité.

Les livreurs de Félix Potin à la grande époque. L'enseigne disparut en 1995...    Paris 1910, un camion de livraison des "Grands Magasins du Louvre". Paris d'antan, Facebook

Cela oblige à innover comme, par exemple, amener les troupeaux dans la ville pour servir du lait de chèvres, ce qui, faut le reconnaître, ouvre des perspectives grandioses en matière d’emploi. Il suffisait d’y penser. Pour réduire les coûts de production et trouver une issue à la crise agricole, développons l’élevage urbain de proximité, chèvres, vaches, veaux, cochons, volailles, puis n’hésitons pas à ensemencer les jardins, les rues et les toits des immeubles pour faire pousser des céréales.

Un marchand de lait de chèvre, quelque part dans les rues de Paris, vers 1900.

Ce sera alors la grisette qui sera contente. Depuis trois siècles que chaque jour elle arpente les rues comme marchande des quatres saisons, elle pourra enfin se reposer en songeant que les emplois d’avenir sont les métiers d’antan, vice-versa, inversement et réciproquement.

La grisette: elle fait partie des figures populaires du vieux Paris. Le terme de grisette désignait entre les XVIIème et XIXème siècles les jeunes parisiennes issues de la classe ouvrière qui exerçaient de petits métiers comme couturière ou vendeuse des quatre-saisons, leur nom vient de la couleur de leurs vêtements. 10e

 

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