Perpétuité

Voici une histoire étonnante pour reprendre le titre choisi par Guy Clouet, généalogiste inlassable de la famille normande Clouet, dont il faut saluer ici le travail pour nous conter plus qu’une histoire, un récit traversant les siècles, l’océan et les continents dans la grande chaîne des générations qui se succèdent, en un éternel retour de la Vie au-dessus des vies humaines. En toute humilité et petitesse.

Cette histoire constitue l’avant-premier chapitre de « Normandie Inquiry« , douzième et dernier livre de Life On Mars, dont le titre « Perpétuité » est une référence énigmatique à Fragments 5/11, de Blaise Pascal reprenant Saint Augustin, consacrée aux mystères de la succession des générations qui ne font qu’ une seule personne depuis la Création du monde, mystères déjà évoqués par l’Auteur virtuel dans quatre chroniques qui n’ en font qu’une évoquant les Six âges de la vie humaine.

Le récit qui suit, met aussi en évidence les relations généalogiques entre des familles normandes ayant vécu ou vivant à Lisieux ou vécu aux Antilles, depuis douze générations, notamment les familles Hayot, Elizé, Magloire et Savary, cette dernière liée à la famille Clouet par mariage ayant donné lieu à abondance de descendance.

Quand les histoires naissent, on ne sait jamais où elles vous emmènent. Les contes commencent souvent ainsi : « Il était une fois… ». Mais l’histoire que je vais vous raconter n’est pas un conte : c’est le récit de deux lexoviens : Jeanne Hiron et Jean Hayot de la paroisse Saint Germain, baptisés dans cette ancienne église de Lisieux, située sur cette place du centre de la ville qui maintenant s’appelle Place François Mitterrand après avoir été place Thiers, place Impériale et place Saint Germain. Hiron et Hayot sont des noms assez répandus dans cette petite cité de Normandie située à mi-parcours de Rouen et de Caen.

Au milieu de ce XVIIème siècle, Lisieux ne possède qu’environ 10.000 habitants. Le XVème siècle a vu la cité se reconstruire après les désastres de la guerre de cent ans et la prise de la ville par le duc de Lancastre en 1356. En 1446 la ville redevient française et Lisieux s’entoure alors d’une nouvelle muraille encerclant les nouveaux quartiers de l’ouest et laissant à l’extérieur l’île Saint-Dominique et le faubourg Saint-Désir. La reconstruction va durer jusqu’au milieu du XVème siècle où l’on inaugure les églises Saint-Jacques et Saint-Germain détruites par les anglais. On assiste à ce moment à la fin des travaux de la ville médiévale.

Au XVIIème siècle, les évêques reconstruisent le Palais épiscopal et y aménagent de vastes jardins en abattant une partie des remparts et des tours. Puis le XVIIème siècle et le début du XVIIIème siècle voient la création de nombreux établissements religieux, d’enseignement et d’assistance. Parallèlement, les constructions privées s’édifient au centre de la ville : maisons à pan de bois mais aussi en pierres de taille ou en pierres de silex et briques, au goût de l’époque.

Des activités artisanales et industrielles se développent en bordure des rivières, la Touques et l’Orbiquet. En 1610 on compte six moulins en ville ou en dehors des remparts. Au XVIII ème siècle un autre moulin s’ajoute. Cependant l’activité principale de la région de Lisieux reste agricole, de pâture et d’élevage, de petites exploitations dont la propriété reste le plus souvent celle des seigneurs des lieux.

Une « paction de mariage » du 26 décembre 1644, passée « par-devant seul notaire garde-notte héréditaire pour le Roy à Lisieux, vicomté d’Orbec et seul tabellion au comté dudit Lisieux », nous informe des termes du contrat passé entre les futurs époux. (C’est un acte notarié typique de cette époque)

Nous ne connaissons pas les conditions du mariage de Jean Hayot et de Jeanne Hiron. On sait simplement qu’ils habitent la paroisse Saint-Germain. Vous ne trouverez pas les ruines de l’église ni même quelque reste de son emplacement.

Devenue bien national à la Révolution, l’église Saint Germain fut vendue le 22 ventôse An IV (12 mars 1798), fut abattue et son cimetière nivelé. Les six maisons proches furent conservée jusqu’en 1860. Figurez-vous que les pierres de l’édifice servirent à bâtir un théâtre à l’ancienne Porte de Paris, à l’emplacement de l’actuel Café de la Rotonde (2 rue Henri-Chéron)… (« Dictionnaire des noms de rues et de lieux-dits de Lisieux » par Dominique Fournier).

Cathédrale de Lisieux

Cela ne vous dit rien ? Mais si voyons ! Au 2 rue Henri Chéron était située l’épicerie de Grand-père Clouet et c’est dans cette maison que Papa naquit en 1904. Mais ce n’est pas de notre histoire dont je veux vous parler mais de ces deux jeunes habitants nommés Jeanne Hiron et Jean Hayot. La plus jeune est née en 1627 et baptisée en 1628. Son père s’appelait Raphaël. (« Hiron » est un nom de famille, dérivé de l’ancien français hire, grognement, surnom de grognon. Ce nom fait aussi penser à hirondelle). Plus tard en 1648, cette demoiselle va se marier, toujours dans l’église Saint-Germain, avec Jean Hayot (ou Hays) né en 1625 (Hayot est un nom de famille, diminutif de haie, il désigne celui qui garde les haies, nom de métier.)

Leurs deux familles sont sans doute des gens simples, sans grande fortune et peut-être même, artisans besogneux travaillant aux tanneries sur les rives de l’Orbiquet longeant l’intérieur des anciens remparts de Lisieux. (Ces tanneurs étaient approximativement installés du boulevard Sainte-Anne à la rue du Moulin à Tan, en passant sous le groupe scolaire Jean Macé, lieux actuels). On ne sait en réalité quel était leur métier ni quel était leur degré d’instruction. Ces familles habitaient la paroisse du centre de la ville, les deux autres paroisses de ce temps étaient Saint Jacques plus au nord et Saint Désir plus à l’ouest. Cultivaient-ils un lopin de terre ou plus sûrement étaient-ils au service d’un bourgeois de la ville ?

Louis du Bois, historien de Lisieux, indique qu’en 1628 fut fondée dans cette ville une école gratuite pour l’instruction des deux sexes. En 1631, l’établissement des Ursulines était fondé et s’installa plus tard dans la rue du Bouteiller. Lorsque ces deux jeunes s’épousent en 1648, c’est Léonor 1er de Matignon qui est évêque de Lisieux depuis 1646, l’un des deux Comtes-évêques qui firent construire le Palais épiscopal. On notera aussi qu’en 1635 et jusqu’en 1637 la ville de Lisieux est affligée de maladies épidémiques qu’on appelait alors la peste. Ces deux jeunes ont, en ce temps, une dizaine d’années et ils vont survivre puisque de leur union naîtra un fils en 1652.

Les bords de la Touques, gravure non datée

La peste ravage la ville comme en bien d’autres endroits de France. Dans ces mêmes années, des dissensions s’exaspèrent entre le Roi de France et les Nobles de province : c’est la Fronde et l’on remarque plusieurs soulèvements en Normandie. La peste persiste et en 1651 l’épidémie ravage la population d’une façon encore plus désastreuse qu’en 1635 et 1637. Est-ce ces épidémies qui font fuir les deux jeunes mariés ? On les retrouve à Saint-Malo où naît leur fils. Ses parents vont l’appeler Jean comme son père (c’est la tradition) mais peut-être à cause de son doux visage, sa mère l’appellera « Jolicoeur ».

Ce port de la Bretagne du nord se trouve à de nombreuses lieues de Lisieux et il est permis de se demander pourquoi nous retrouvons la toute jeune famille Hayot en cet endroit. Un historien du petit port de Honfleur (Charles Bréard – « Vieilles rues et Vieilles maisons de Honfleur ») nous en donne l’explication et raconte, au sujet de la rue de la Bavolle de cette ville :

« Une bavolle est un ouvrage de fortification qui a été en usage pour défendre l’entrée d’une rue et pour empêcher que l’assaillant n’y pénètre d’emblée. La tête de cette rue était fortifiée par ce genre d’ouvrage qui murait le passage. Un acte de 1588 en fait mention et désigne une maison appartenant aux enfants de Robert de Baonne, située paroisse de Saint-Catherine, au lieu-dit Saint-Nicol, « près de la porte ou bavolle dudict lieu ». La porte a disparu probablement vers l’année 1598, alors qu’Henri IV ordonna le démantèlement de la place…. »

« … Dans la rue de le Bavolle nous trouvons, sur la droite, une large porte donnant accès à une propriété particulière jadis boisée mais peu habitée. L’endroit mérite d’être mentionné autant pour le nom qu’il porte que pour la famille qui l’a possédé. Il se nomme Quiquengrogne. Deux habitations furent élevées sur cet emplacement dont la plus vaste porte le numéro 26 de la rue de la Bavolle. Elle a été bâtie au temps de Louis XIII (1601-1643) par « haut et puissant seigneur » Jean de Boisseret conseiller du roi, correcteur en la chambre des comptes, seigneur d’Herblay, de Montigny, propriétaire pour moitié des îles de la Guadeloupe, la Désirade, les Saintes, la Grande et Petite Terre, îles et îlots en dépendant. Le Manoir de Quiquengrogne, privé de tout caractère seigneurial, les Boisseret en avaient fait leur résidence au temps où la Compagnies des îles d’Amérique avait été réorganisée. »

« Ce fut alors qu’il y eut dans la rue de la Bavolle une véritable agence d’enrôlement de colons pour l’île de Saint-Christophe. La maison dite Quiquengrogne en a été le bureau. On y venait des paroisses voisines solliciter la faveur d’être embarqué pour les Antilles. Le paysan normand était un précieux colon pour ces îles ; il s’y acclimatait parfaitement ; il s’entendait fort bien à tirer parti de la terre, à cultiver avec profit le sucre et le tabac. »

« La propriété de Quiquengrogne passa aux mains de Jean de Boisseret, deuxième du nom, marquis de Sainte-Marie décédé en 1739 dans sa maison de Quiquengrogne ; il fut inhumé en l’église des capucins de Honfleur. Son fils François-Pierre de Boisseret, chevalier, marquis de Sainte-Marie, ne conserva pas la maison dite Quiquengrogne. Elle fut vendue par acte du 8 juillet 1751 à Pierre Coulon, bourgeois et négociant. »

Que fit donc le couple Hayot entre la date de leur mariage en 1648 et la naissance de leur fils à Saint-Malo en 1652. Vraisemblablement fuyant la peste, ils partirent à pied ou en patache (voiture hippomobile lourde, lente, de mauvaise qualité, ou vieille diligence) pour se rendre à Honfleur. Ce petit port côtier est depuis longtemps le lieu propice pour gagner les terres lointaines. C’est de là que Samuel de Champlain est parti le 15 mars 1603 comme assistant de François Gravé, sieur du Pont, pour explorer les rives du Saint Laurent au Canada.

C’est un port vers un ailleurs d’aventures. Jean Hayot va se faire enrôler pour un voyage « aux îles » dont les échos des discussions se répandaient alors dans la ville de Lisieux. Venant d’Equemauville ils descendirent la côte de Saint-Nicol et se rendirent au bureau d’enrôlement de Quiquengrogne espérant l’embarquement sur un prochain navire en partance pour les îles. N’y avait-il trop peu de candidats au voyage ?

Après que les jeunes gens eurent embarqués en Seine au large du petit port d’Honfleur, avec quelques autres paysans de la région du Pays d’Auge, le capitaine décida de voguer d’abord vers le port de Bretagne où il savait pouvoir trouver d’autres passagers pour la destination. Passé le Cotentin le voilier approcha les îlots qui encerclent la baie de Saint-Malo. Le temps d’escale permit à la jeune femme d’accoucher, à moins que le voyage n’ait précipité l’arrivée au monde du jeune Jean « alias Jolicoeur ». On le baptisa à terre dans une chapelle latérale dite St Sébastien dans une église de Saint-Malo le 16 janvier 1652. Le grand voyage commença dans les jours suivants, une fois que furent recrutés les candidats à l’exil vers les Amériques. D’autres voiliers les accompagnaient, tous armés pour se défendre des escadres anglaises, espagnoles ou hollandaises voguant elles aussi vers les îles dont on disait qu’elles étaient riches.

En ce temps-là, les routes maritimes étaient incertaines et les terres lointaines appartenaient aux plus puissants des découvreurs. Les marins dieppois emmenés par des flibustiers au service du roi de France s’étaient implantés dans un des nombreux îlots de l’arc des Caraïbes et cohabitaient avec une colonie anglaise qui avait accepté la présence des français en leur attribuant une partie de l’île. C’est sur cette terre que les Hayot débarquèrent avec leurs autres compagnons de voyage. L’île s’appelait Saint-Christophe.

On lira avec intérêt l’histoire de cette île, reprise des ouvrages de référence suivants :

Histoire générale des isles de S. Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique et autres dans l’Amérique par Jean-Baptiste Du Tertre (1654)

Nouveau voyage aux isles d’Amérique (tome second) par Jean-Baptiste Labat (1724)

En 1651 la compagnie des îles d’Amérique qui gère l’île de St Christophe, fait faillite et Philippe de Longvilliers de Poincy réussit à convaincre le grand maître de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem d’acheter les colonies de Saint-Christophe, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Sainte-Croix. L’accord est confirmé en 1653 par le roi de France Louis XIV. Les Hospitaliers ont compétences temporelle et spirituelle à la condition de ne nommer sur leurs îles que des chevaliers des langues du royaume de France et de fournir au roi 1000 écus d’or chaque année. Mais la situation est de plus en plus difficile : le traité signé avec les anglais et les caraïbes dure peu. Les revenus tirés de la colonie sont de peu de rendement. Finalement l’île de Saint-Christophe est envahie par les Anglais en 1660.

Nous ne connaissons pas la date de départ du navire sur lequel voyagent le couple Hayot-Hiron et son fils, ni combien de temps va durer la traversée de Saint-Malo à l’île de Saint-Christophe. Ils vont débarquer entre 1653 et 1660. L’incertitude sur la vie de tous ces colons ne permet pas de fixer des dates précises Les actes de mariage des deux fils, Jean et Louis, de Jean Hayot « dit Jolicoeur » disent que leur père épousa une créole de la paroisse Sainte-Anne de cette île. Cette Louise Mercier naquit pour certains en 1661 et se serait mariée à Sandy Point (Île de Kitts and Nevis) en 1672, ce qui n’est pas anormal, sachant que les jeunes créoles sont très vite épousables à cette époque.

La naissance du premier enfant daterait de 1685 après s’être installé au Prêcheur, village près de la première implantation des colons français en 1635 tout au nord de l’île de la Martinique sur les pentes de la Montagne Pelée. Jolicoeur est militaire et assure la sécurité de l’île comme nombre des nouveaux colons. Chacun sait que les principales plantations agricoles de la Martinique sont la canne à sucre et la banane. On sait moins que le café y fut aussi cultivé, apporté dit-on par de Gabriel Mathieu Clieu qui fit pousser son premier plant au Prêcheur en 1723 au milieu de buisson épineux, sous la constante surveillance des esclaves. La première récolte eut lieu en 1726. Il ne semble pas que Jolicoeur Hayot et sa famille soit resté au Prêcheur comme planteur.

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Dès 1es années 1690-1695 la famille émigre à Fort-de-France où naît un fils François Hayot le 17 janvier 1696. Celui-ci va devenir planteur ainsi que son père et va habiter au sud-est de Fort-de-France dans un petit village nommé Trou-au-Chat. Il y cultive des caféiers. Ses enfants ne resteront pas au Trou-au-Chat qui devient petit à petit un gros bourg, une ville, et prendra le nom de Ducos.

La famille se disperse alors, dans les bourgs des Anses d’Arlet (Jean-François Hayot 1733-1788), de Saint-Esprit (Christophe Hayot 1784-1852) de Rivière-Salée (Charles Marius Hayot 1814-….), des Anses d’Arlet (Marius André Hayot 1842). Celui-ci s’installe à Fort-de-France et rejoint ses deux filles en France à Paris. L’une Caroline Hayot (1891-1946) épousera Raphaël Elizé (1891-1945) vétérinaire, Maire de Sablé-sur-Sarthe L’autre Cléis Hayot (1876-1943) épousera Théodore Magloire industriel (1871-1910). De ce dernier mariage seront issus deux garçons, René Magloire (1899-1978) ingénieur et l’autre Charles Magloire (1901-1980) médecin à Ambleny (Aisne). Celui-ci épousera Simone Savary (1904-1936) et par ce mariage rejoindra ainsi la lignée normande des Savary-Enguerrand de Lisieux (Calvados).

Raphaël Elizé, vétérinaire, élu maire de Sablé-sur-Sarthe, résistant, mort en déportation

Ambleny, près de Soissons, Aisne, le donjon

Déblaiement en 1919 des ruines de l’église d’Ambleny, le village ayant été détruit en juin 1918 à la suite d’un assaut fort de 3.000 soldats Allemands, repoussé par un régiment d’artillerie de 1.300 soldats

C’est ici à que le docteur Charles Magloire en 1951, prit la succession du docteur Sextus Pierre Agricole, Martiniquais lui-aussi arrivé de son île en tant que médecin à Ambleny en 1899, en compagnie de son épouse Eléonore Hayot. Sans enfant, ils prirent l’habitude d’accueillir des étudiants antillais esseulés à Paris au début du vingtième siècle tout comme René et Charles Magloire, mais encore Barbe, futur général d’intendance, Blacher, gouverneur de colonies, Severe, ainsi que Robert Attuly, le père de Jean-Pierre Versini-Campinchi, célèbre avocat, auteur du livre de mémoires, Papiers d’identité.

Vie et mort de Théo Gunner de la Terrentier, y, pourpre de Cassius (ISSA, 04.00)

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Le scénario magnifique du vol des bijoux de la Couronne au Louvre en cet automne 2025, nous a rappelé non seulement les films admirables des enquêtes inénarrables de l’ inspecteur Clouzot interprété par Peter Sellers, pour retrouver la pierre de la Panthère rose de la princesse Dalha jouée par Claudia Cardinal, mais encore l’ un des fils conducteurs d’ un livre intitulé Mille ans de solitude.

Celui-ci raconte l’ histoire de vols de tableaux par un certain Théo Gunner pour le compte de quatre commanditaires s’ en disputant la possession. En voici un chapitre, 14ème dans l’ordre des choses de MAS, Mille ans de solitude.

François gravissait une montagne monté sur un âne. Il prit en croupe un pauvre homme à cause de son infirmité. Comme ce dernier, qui se sentait mourir de soif, demandait un peu d’eau, une source jaillit d’une pierre que l’on vit pour la première et dernière fois.

Les six correspondances de Terre entière, chapitre 14 d’ Y Pourpre

Voyelles et couleurs: E – blanc
Route du cavalier: case B8 du jeu d’échecs
Yi–King: 63 – L’équilibre
Impressions picturales: le miracle de la source, Fresque de Giotto en la basilique supérieure d’Assise, Italie (1297-1300)
Inspirations musicales: Révolution, The Beatles 1966-1970, 14ème titre de l’album Bleu
Personnage de référence des Lettres d’ivoire: Virginie d’Exmes

Exergue du Chapitre

Jésus leur dit: N’avez-vous jamais lu dans les Écritures: la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, c’est elle qui est devenue la tête d’angle. Cela vient du Seigneur-Dieu et c’est une merveille à nos yeux. [ Évangile de Jésus selon l’Écrit de Matthieu, 21, 42]

Terre entière

[chapitre 14 de Y Pourpre, tome 11 Almuggim, du cycle des Lettres d’Ivoire]

Je ne crois pas au hasard, et encore moins aux circonstances hasardeuses. Ce qui arrive doit arriver. On n’imagine pas Jacob luttant avec l’Ange au milieu du gué, seul, toute la nuit, pour la simple édification des masses. Sa rencontre avec l’Ange était prévisible, nécessaire, inéluctable. C’est au milieu du gué que le cours de l’histoire se trace, que les troncs se balancent et les genoux s’entrelacent. Ne nous laissons pas berner par le hasard. Il y a trop d’obstination en lui pour ne pas croire en sa fatalité.

La première chose que me demanda Elvire, avant même de m’embrasser, fut si j’avais lu, aujourd’hui, les journaux. Je commençais par lui répondre en sifflotant : I read the news today, oh girl… Je poursuivis par quelques rares paroles dont je me souvenais, considérant au même moment, qu’à la réflexion, il s’agissait bien de l’une des meilleures chansons des Beatles, A Day in The Life, une oeuvre écrite en associant un orchestre philharmonique :

Woke up, fell out of bed, Dragged a comb across my head Found my way downstairs and drank a cup, And looking up I noticed I was late.

C’était là, aussi, toute mon adolescence passée à m’éveiller, sortir du lit, donner un coup de peigne, descendre les escaliers, boire a cup of tea, et s’apercevoir qu’on est en retard pour attraper son manteau, son chapeau et prendre le bus. A la différence que je préférais alors le chocolat et que j’attrapais le train par la queue !

Elvire me sourit et me dit :

je vois que tu n’es pas au courant.

De quoi ?

On te cherche.

On me cherche, mais pourquoi ?

Si tu lisais les journaux, tu le saurais. Ils publient tous les photos floues d’un homme qui te ressemble et que la police recherche pour l’entendre.

A propos de quoi ?

A propos du vol d’un tableau, hier matin, au musée Granet. Un homme louche qui se promenait y est entré, peu avant l’heure du vol : les caméras de sécurité de la ville, quelques mètres plus loin, sur un trottoir jouxtant le musée, ont filmé un homme qui te ressemble bigrement. Mais, je te rassure, il faut bien te connaître comme moi pour t’identifier, les images sont floues, très floues, de fort mauvaise qualité, heureusement pour le voleur.

Car tu imagines que c’est moi l’auteur du vol ?

Pourquoi pas, répondit Elvire, que cette histoire réjouissait.

– Et d’abord qu’ont-ils volé ? une œuvre de Cézanne ?

Pas du tout, un tableau de Le Nain.

Lequel ?

Des joueurs de cartes, je crois. C’est écrit dans le journal, entre un article sur un accident de voiture, un milliardaire, brasseur d’affaires ou de bière, je ne sais plus, qui a perdu la vie au volant de sa Lotus, un autre article sur l’armée anglaise qui aurait gagné ou perdu la guerre, je ne sais plus, sans compter une histoire de trous à dormir debout, dans la chaussée de la ville de Blackburn.

Donne-moi le journal au lieu de raconter des idioties tout droit sorties de la chanson des Beatles, ai-je demandé à Elvire qui riait.

Pas question ! Sauf si tu m’offres un verre, et plus si affinités, je n’ai nulle part où dormir ce soir, je suis arrivée aujourd’hui, et les hôtels sont pleins.

– On verra, lui ai-je répondu, me souvenant que j’étais seul ce soir, et alors que de l’autre côté de la rue, j’avais en ligne de mire Jamaïca et Shawnee qui surveillaient mes arrières. Ayant trouvé difficilement une table vide à l’une des terrasses du Cours Mirabeau, Je commandais un Cardinal au serveur qui ignorait comment le préparer. Je lui dis d’apporter rhum, tequila, cognac et bourbon. Je versais dans un verre une quantité égale de chacune des boissons et secouait le tout avec une cuillère; puis, je bus d’un coup sec le tout tandis qu’Elvire, sagement, avait commandé une bière blanche.

Passe-moi ton journal, lui ai-je demandé tout en attaquant un nouveau Cardinal comme on part à l’assaut sous la mitraille.

Effectivement, la veille, le tableau des Joueurs de cartes des frères Le Nain avait été subtilisé à la barbe et au nez de tous, en plein midi. La taille de la toile, 63 x 76 cm, ne rendait pas impossible de distraire l’oeuvre en plein jour. Mais c’était tout de même un exploit. L’article évoquait d’autant plus la piste de ce fameux voleur appelé le Gunner qu’un match de football, la veille, avait opposé au vélodrome l’Olympique de Marseille à Arsenal.

Pour ma part, je doutais fort que ce fut lui l’auteur du vol, car le thème de la composition était éloigné des scènes religieuses qui avaient sa préférence absolue. Il est vrai que Théo le Gunner avait frappé à chaque fois la veille ou le lendemain d’un déplacement de l’équipe d’Arsenal, en Allemagne, en Russie ou en Espagne, choisissant le Prado, l’Hermitage et même le Vatican pour commettre ses forfaits. Il était monté en puissance, sûr de son fait, mais peut-être trop, se rapprochant dangereusement de la roche tarpéienne, à prendre des risques de plus en plus importants pour vider un musée d’un tableau qui n’était plus simplement symbolique comme un dessin préparatoire parmi tant d’autres, mais un véritable chef d’œuvre de grand maître, une pièce unique.

C’est ainsi qu’il avait emporté un tableau de Pierre Paul Rubens consacré au Roi de justice et un autre de Dieter Bouts sur le même thème.

De leur côté, Les Russes fulminaient de la perte de l’une des principales icônes d’Andréï Roublev datant de 1411, consacrée aux Trois anges et la rencontre d’Abraham et Deborah, mettant ce vol sur le compte de la décadence occidentale qui ne respectait rien. Un Titien consacré à Abel et Caïn, un Uccello portant sur le Déluge avait aussi disparu des cimaises, tout comme une miniature de l’école de Bruges et un tableau de Blake consacré au Songe de Jacob.

Ce n’était plus du vol mais du pillage qui ridiculisait toutes les polices d’Europe lancées aux trousses du cambrioleur insaisissable.

C’était ennuyeux, même si Elvire me certifiait que jamais personne ne me reconnaîtrait, pas même ma mère, ma femme ou ma maîtresse, encore que, toutes les trois aveuglées par l’amour pouvaient à l’évidence se tromper. A propos de cette dernière, Elvire me demanda où j’en étais de ma vie amoureuse depuis le jour pas si lointain où j’étais entré dans sa boutique ivre mort.

Je lui répondis que tout allait bien, dans le meilleur des mondes, payant la note, la prenant par le bras pour la forcer à se lever, et l’enlevant, direction l’hôtel où nous avions quelques épisodes de retard à rattraper. Je connais Elvire depuis trop longtemps pour savoir qu’elle ne s’effaroucherait pas de mon comportement : nous avons tout de même commis une fille ensemble : Birkinesh.

Voilà plusieurs décennies que j’ai rencontré Elvire, qui ne s’appelait pas Elvire alors, mais Issa. C’était en Afrique de l’Est où j’étais en vague mission, pour un colloque insipide consacrée aux économies du tiers-monde. Mais, qu’est-ce que je raconte ?

Cette année-là, il ne s’agissait pas d’Elvire ou d’Issa, mais de Meselech, Tewabech ou Ulagarech, je ne sais plus. Vous pouvez me trouver cynique, c’est possible. Mettez cela plutôt sur le compte d’une mémoire défaillante et de l’abus de Cardinal, les années passent, les visages s’effacent et les histoires s’effilochent.

Donc, Issa, comment ai-je pu oublier, je l’ai rencontrée l’année terrible, celle de l’arrivée au pouvoir du Négus rouge qui réglait ses comptes à coups de revolver, jets de grenade et gerbes de mitrailleuse. Je ne reviendrais pas sur cette histoire qui mériterait de longs développements. J’ai sauvé la vie d’Issa, fille d’un diplomate qui avait eu la mauvaise idée de vouloir rejoindre la junte révolutionnaire éthiopienne. Ils ont pris ce dernier pour un espion, l’ont torturé et exécuté. Sa fille, qui avait à peine dix-huit ans aurait connu le même sort si je n’avais pas été là.

Ne me demandez pas ce que je faisais en ces moments, au milieu d’une révolution destinée à balayer l’empire éthiopien qui avait survécu à d’innombrables vicissitudes depuis la reine de Saba et toutes ces Candace. J’y étais tout simplement en raison de circonstances hasardeuses qui m’ont conduit à jouer au chevalier héroïque.

Sans même avoir le permis, m’étant perdu au milieu du rif, j’ai traversé en jeep toute l’Ethiopie, avec Issa à son bord, fuyant les patrouilles militaires, pour nous retrouver à Tadjourah, un coin perdu de Djibouti où Rimbaud continuerait d’attendre s’il n’avait fini par recevoir, au bout d’un an, les autorisations pour livrer des armes à Ménelik, empereur d’Ethiopie et roi du Choa.

Birkinesh est le fruit de ce chaos. Issa était trop belle pour que je ne défaille pas dans cette mission de la sauver, sa beauté entretenant mon esprit chevaleresque jusqu’aux termes de l’aventure. Arrivés à Tadjourah, l’heure du repos du guerrier sonna.

Et neuf mois plus tard, Birkinesh naissait en Angleterre. Mais je n’en sus rien. Issa, au lieu de s’installer comme convenu à Paris, face aux complications administratives pour l’obtention de visas et de cartes de séjour, a préféré demeurer à Londres où de toute façon, elle maîtrisait la langue de Shakespeare qui était sa langue maternelle.

Rapidement, je n’ai plus eu de nouvelles d’elle. Elle a abandonné son prénom d’état-civil, Issa, pour devenir Elvire en même temps qu’elle a embrassé la carrière de mannequin avec succès. Je n’ai jamais su les raisons pour lesquelles elle a choisi de s’appeler Elvire, et je n’ai jamais pensé à lui demander, tout comme j’ai ignoré pendant de nombreuses années que j’avais une fille, Birkinesh, qui veut dire « tu es merveilleuse ».

En fait, c’est faux. Il me revient qu’un jour j’ai demandé à Issa pourquoi elle avait choisi comme nom de podium Elvire, s’il s’agissait d’un hommage à Elvire Popesco. Elle m’a répondu que non, et que je ferais bien de relire mes classiques et de m’intéresser à la poésie française, à Lamartine pour être précis :

Vois-tu comme tout change ou meurt dans la nature ? La terre perd ses fruits, les forêts leur parure ; Le fleuve perd son onde au vaste sein des mers ; Par un souffle des vents la prairie est fanée, Et le char de l’automne, au penchant de l’année, Roule, déjà poussé par la main des hivers ! [….]

Que restera-t-il d’elle? à peine un souvenir : Le tombeau qui l’attend l’engloutit tout entière, Un silence éternel succède à ses amours ; Mais les siècles auront passé sur ta poussière, Elvire, et tu vivras toujours !

Il me revint alors l’un des vers de ce poème :


dans l’éternel oubli [le temps] tombe ce qu’il moissonne.

Il ne nous était plus possible de revenir en arrière, mais rien ne nous empêchait de redevenir amants, ce qu’il advint, jusqu’à ce qu’un soir, elle avoua avoir une fille et que j’en étais le père.

Découvrir qu’on a une fille de dix-sept ans est une étrange expérience. D’abord, on n’y croit tout simplement pas. Ensuite, on se demande comment prendre la chose, et enfin comment se comporter envers cette fille qui ignore que vous êtes son père.

J’ai tenu parole. Je n’ai jamais dit à Birkinesh que j’étais son père. Elvire me présenta comme un ami, un vieil ami, aussi complices qu’amants. Ma fille se contenta de ces explications frelatées au goût d’arrange misère, ayant alors bien d’autres centres d’intérêt juvéniles.

Ce n’est que lorsque je lui trouvai un travail qu’elle commença à s’intéresser à son bienfaiteur, et dans le fond, cette situation me convenait. Question paternité, on ne retrouve jamais le temps perdu. On ne devient pas père par accroc, à l’heure où la descendance chérie atteint sa majorité. C’est un peu tard pour affirmer une autorité paternelle désuète, au moment où les filles s’intéressent et courent après les garçons : il n’y a ni séance de rattrapage, ni second tour en ce domaine.

Il n’empêche qu’Elvire a un certain aplomb à toujours revenir vers moi, comme si nous pouvions continuer de partager les moments insensés où nous fuyions le feu de la guerre, sous une pluie de balles et d’orages criminels, perdant pour toujours notre innocence. Elle est comme un songe, une fugitive beauté, une maîtresse des plus exigeantes, qui, trente ans plus tard, continue de me harceler et me tourmenter de mille manières, à la vérité comme cette fresque de Delacroix à Saint Sulpice, exprimant comme il est difficile au milieu du gué, sous les branches des arbres, de combattre les horribles et incessantes difficultés de la vie matérielle, amoureuse ou spirituelle.

Le moment était venu de fuir au petit matin le confort douillet d’une chambre d’hôtel et de se remettre au travail pour y trouver consolation et espérance, car, seule l’humilité est enchanteresse. A condition que cette humilité ne soit pas feinte, mais sincère. Or, la sincérité authentique ne se trouve qu’en étant confronté aux traces du malheur et de la douleur, douleur physique ou intellectuelle, sans compter cette alchimie particulière qui relie l’humilité aux abominations de l’humiliation.

Pour reprendre une observation de Manet comparant les images héroïque et amoureuse à la force de l’image douloureuse par excellence, la Crucifixion, le fond de l’affaire humaine, son poème, son ivresse, se trouve dans l’expression de la douleur. Et curieusement, le bonheur non seulement n’existe pas sans malheur mais son intensité augmente en proportion de la capacité à supporter et ressentir la douleur.

Ccontempler un livre d’heures retraçant les scènes paisibles de la vie quotidienne au cours de l’année, c’est rechercher au-delà de l’image pieuse, ce que l’artiste a dissimulé dans le clair obscur imaginaire, le malheur qui survient, la douleur qui persiste, la douce tristesse qui fleure au bord des champs.

C’est pour cela que les hommes au Moyen-âge ont bâti des cathédrales qui montent au ciel, témoignages ardents de l’immensité du malheur qu’ils éprouvaient, défiant, de génération en génération, en un sursaut collectif édificateur, la misère et les guerres, les maladies et les famines. La peste et le choléra constituent les fondations cachées du gothique flamboyant, que rien ne rappelle en dehors des grouillantes gargouilles : celles-ci sont des outrages de pierre qui culminent sous les toits d’ardoises ou de tuiles, véritables miroirs dont les passants dans la rue se gargarisent et en ricanent, se tournant alors sans s’en rendre compte vers le ciel qu’ils ignorent, asservis qu’ils sont à leur effroyable existence.

L’art ne se pétrit que dans le malheur, tout comme la littérature. Ce n’est pas par hasard que les plus grands artistes ou écrivains du vingtième siècle sont nés dans les tranchées, ont veillé sous la mitraille ou, la nuit, au milieu des ruines des villes martyres, sans oublier ceux qui ont connu en temps de paix l’enfermement de la prison ou celui de l’asile, tous redevables des hommes guenilles errant dans les camps d’extermination, dont certains, par l’obstination du malheur transformé en hasard, ont survécu au supplice pour mieux témoigner des assauts répétés de la barbarie déchirant toute humanité.

Même au milieu des champs ensanglantés de la cruauté, les frêles coquelicots refleurissent toujours.

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Et surtout, ne me demandez pas pour qui sonne le glas. Un auteur l’a évoqué bien mieux que moi : ce sont toujours les mêmes cloches qui sonnent à la volée, sans interruption et sans espoir que le bourdon, à l’heure de notre agonie, ne cesse de frapper.

Orietur 42, Y

Es-tu là Franche pistole ?

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Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient [Rimbaud, Une saison en enfer]

A Philippe R., électricien sans frontières

La longue traîne d’Ulysse au pays des sept merveilles

Rimbaud est un passeur de lumière, un donneur de vie, non point tant un génie littéraire précoce qu’un scientifique autodidacte sincère, technicien des mots, bricoleur de charpentes littéraires, victime malencontreuse d’un succès posthume improbable et invraisemblable jusqu’au point où toute une coalition de germanopratins dingos a voulu l’envoyer dans un cercueil de plomb tout en ébahissements et à tombeau ouvert, jusqu’au Panthéon qu’il exécrait, comme s’il s’agissait d’expédier un colis pour une amazone, avec le cheval fourbu ressemblant à Verlaine, qui est en fait celui de Balzac ou de Dumas. On croit rêver. Qui racontera : à nous. L’histoire de l’une de nos folies, si ce n’est Cervières qui s’en revient de Troie où la guerre n’aura pas lieu, dans le sillage d’Ulysse. Rimbaud, l’enfant perdu de sa génération, n’a jamais souhaité que se retrouver aux noces de Cana, au festin des coeurs et des vins. Pas de quoi en faire une affaire, un mythe littéraire, des biographies déferlantes et des selfies cent cinquante ans plus tard. Il n’est ni voyant ni homme aux semelles de vent, juste un arpenteur, un voyageur sur la terre. Et poète à l’occasion.

Cultiver Rimbaud ou construire une digue fondée sur la théorie des jeux, c’est s’en tenir à l’inexprimable qui oblige à poursuivre une publication cherchant à défendre avec humilité une certaine conception de la vie, qui ne soit pas le fruit de l’immédiateté, de l’urgence ou de ces excès tout en justification de la violence. Il est bien plus préférable de tenter de porter attention à autrui, dans la mesure du possible et avec la meilleure volonté, sans jamais prétendre avoir raison qui n’est pas de ce monde.

Pour reprendre une expression de l’historien Fernand Braudel,  les publications continueront de s’inscrire plutôt dans la longue durée, une sorte de longue traîne, un long manteau qui servira pour la vie, lors des baptêmes, des mariages et des sépultures, sans oublier l’arrêt devant les tombeaux funéraires à la façon du recueillement baudelairien.

Il continuera d’y être question de littérature, de peinture, de musique, d’histoire, de géographie, d’économie, peut-être même de généalogie, d’astronomie, d’archéologie, d’anthropologie, d’écologie ou  de diverses choses inutiles qui justifient de vivre comme la liberté de croire, de penser, d’aller et venir, et même d’écrire et publier, étant entendu qu’un roman mémoriel peut cacher des mémoires romanesques. OGCCIC.

La langue française est un véhicule carossé d’expressions francophones

Les Lettres d’ivoire sont aussi destinées à susciter la curiosité du lecteur et à inciter à la réflexion, sans chercher à convaincre ou prétendre détenir la vérité. D’une certaine façon, il s’agit d’ouvrir une fenêtre sur des préoccupations anciennes ou lointaines, parfois millénaires, qui n’appellent pas à se quereller. Les polémiques sont vaines, absurdes et infructueuses.

Cervières dit l’auteur virtuel mais aussi Franche pistole, est plus particulièrement préoccupé du sort des plus faibles, ceux qui n’on rien et à qui on enlève ce rien, jusqu’à leur liberté d’être humain, plus particulièrement dans les dictatures et les pays totalitaires pour lesquels il n’a aucune sympathie et qu’il exècre. La liste est longue de ces pays pour lesquels les démocraties font preuve d’une complaisance toute suicidaire.

Cervières est aussi attaché à promouvoir le français, langue d’expression francophone,  même s’il se préoccupe peu de relire ses textes, laissant de-ci, de là, quelques fautes et erreurs de syntaxe. Qu’il lui soit pardonné cette faiblesse.

Et puis, il est animé de la passion éternelle de la France, ce cher vieux pays, une France ouverte sur le monde, ambitieuse au sein des nations européennes pour promouvoir les valeurs démocratiques à l’échelle mondiale, passage obligé pour accéder à la paix universelle.

Né Français de soupe angevine, autant Viking que Celte ou Breton, Cervières est bien plus encore un Européen, de l’Atlantique au Caucase, de l’Islande à Gibraltar, du Groenland à Malte de la Norvège à Chypre, sans oublier qu’il est avant tout citoyen du monde. L’Europe est sa patrie et la terre entière son domaine qu’il arpente sur les chemins de Magdala, tout comme K. au Château, dont il cherche la clé. Avec Key et toute la descendance, la voici retrouvée. Ce n’est qu’une histoire de génération en génération, hérédité, généalogie et géologie.

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Notes de l’auteur d’enfer et damnation

Pour simplifier, être clair et aller à l’essentiel, la publication unique, longtemps tenue par l’auteur virtuel est désormais sous la responsabilité de Franche pistole qui  signe sous le pseudonyme de Cervières et revendique le droit de s’effacer totalement derrière l’œuvre qui se suffit à elle-même sans avoir à chercher la trace de Franche pistole pour reprendre James Joyce dans Ulysse citant Shakespeare qui interpelle le spectre ; « Es-tu là franche pistole ? » (Hamlet, acte I, scène 5,  150)

Placer cette  publication sous le signe de Joyce et Shakespeare donne une impression certaine de sérieux, cela sent bon l‘arbre mort, l’agrégé de littérature poussiéreux. Mais d’Ulysse et d’Hamlet, il n’en sera guère question ici, l’auteur virtuel n’a aucun conseil ou commentaire  à donner en quoique ce soit, toute œuvre se suffit à elle-même a-t-il été déjà dit, en toute indépendance et liberté d’esprit, hors de toutes chapelles et obédiences.

Sur les chemins de Magdala

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Les feuilles d’ardoise

Le théâtre de la mémoire

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La grange des mots où sont entassés des fagots, des ceps de vigne et des tonneaux millésimés.