La dynastie angevine des Plantagenêts

plantagenet arms
Nous qui aimons la Normandie, ne pouvons oublier que pendant trois siècles, du traité de Saint-Clair-sur-Epte à l’automne 911 jusqu’à la bataille de la Roche-aux-Moines le 2 juillet 1214 à Savennières en Anjou, les Normands dominèrent l’Europe occidentale pour constituer sur le tard ce que les historiens anglophones appellent l’empire angevin tandis que les Français préfèrent évoquer l’empire des Plantagenêts pour n’associer le mot angevin qu’au comté d’Anjou qui deviendra duché en 1360 après son rattachement à la France (photo ci-dessus : les armes des Plantagenêts.)

Map of Plantagenet Possessions in France / England, 1154

La carte ci-dessus témoigne de la domination angevine (ou Plantagenêt) sur la France au milieu du XIIème siècle lorsque Henri II, successeur de Geoffroy V Plantagenêt, fait valoir ses droits sur le royaume d’Angleterre en 1154. Car Henri II est le fils de Geoffroy V et de de l’emperesse Mathilde, fille et héritière du roi normand Henri Ier d’Angleterre dit Beauclerc, descendant direct de Guillaume le Conquérant, et veuve d’Henri V du Saint Empire, d’où son titre d’emperesse. Ce mariage avec Geoffroy est organisé pour mettre fin aux rivalités territoriales entre le duché de Normandie et le comté d’Anjou et s’unir face aux velléités expansionnistes du royaume français qui a pris l’ascendant sur les Flandres, la Champagne et la bourgogne.

Geoffrey of Anjou (a region in the Loire Valley in #France) is the founder of the Plantagenet dynasty. He married the Empress Matilda, and their eldest son became Henry II of England upon the death of his uncle, King Stephen.  One of the French and English links...

Geoffroy d’Anjou Plantagenêt

Devenu roi d’Angleterre, marié à Aliénor d’Aquitaine, Henri II dispose alors d’un empire dominant non seulement l’Angleterre et la Normandie, le Maine et l’Anjou mais encore le Poitou, l’Aquitaine et la Bretagne. Enterré à l’abbaye de Fontevraud qu’il a développé à grands frais et où viendra le rejoindre le moment venu Alienor, il laisse le trône à Richard Coeur de Lion, fils insoumis et batailleur jusqu’à se rendre avec insuccès devant Jérusalem, à la troisième croisade. A la mort de ce roi d’Angleterre qui jamais ne parla anglais, lui succède le dernier fils d’Henri II, Jean sans Terre,  un médiocre stratège qui dilapidera en guerres malmenées sur le territoire français, l’héritage de son père réduit à la portion congrue de l’Aquitaine après la déroute de la Roche-aux-Moines.

HENRY II PLANTAGENET was born on this day 5th March, 1133 and became the first Plantagenet King of England

Henri II, premier Plantagenêt devenu roi d’Angleterre 

Cette défaite aura le mérite à son retour d’Angleterre d’initier une révolte des barons anglais qui conduira à l’adoption de la Magna Carta en 1215, la première charte écrite constitutive d’un pouvoir limitatif du Roi, aujourd’hui considérée comme le premier acte fondateur des libertés individuelles à l’origine des principes démocratiques qui vont progressivement se développer en Occident jusqu’à nos jours.

King John ("Lackland") of England signing the Magna Carta in the year 1215.

Jean sans Terre, de retour de France vaincu, contraint par l’archevèque de Canterbury et 25 barons anglais, à signer la Magna Carta par laquelle il s’engage à respecter les droits de l’église, de la noblesse et ne pas emprisonner arbitrairement. Jean sans Terre sera ultérieurement empoisonné par un moine de Swineshead Abbey

L’histoire de la dynastie Plantagenêt devient alors une affaire principalement  anglaise, les rois Henri III, Edouard Ier, II et III succédant à Jean sans Terre. Cependant, Edouard III décidé à faire valoir ses droits sur la Couronne de France, relance le conflit avec le royaume de France, donnant naissance à la guerre de Cent ans qui n’est, en définitive, que la poursuite de guerres successives depuis l’arrivée des Normands en Neustrie.

Salisbury, richard lionheart

Le roi Richard Coeur de Lion, vitrail de la cathédrale de Salisbury

Dans le même temps que la guerre entre Français et Anglais prospère sur le continent, les Anglais commencent à se déchirer entre factions revendiquant un droit au trône. Les droits des Lancastre directement issus des Plantagenêts (house of Lancaster), sont contestés par les cousins York (house of York) donnant naissance à la guerre des Roses, avant que les Tudor ne ramassent la mise tout en écartant les prétentions écossaises de la famille Stewart anglicisée Stuart : Henri VII a la bonne idée d’épouser Elizabeth of York, et de donner naissance à Henri VIII qui question épouses en connaît un rayon surtout pour s’en séparer, brutalement si nécessaire. Et c’est ainsi que les arbres généalogiques prospèrent pour conforter les revenus des historiens spécialistes de la petite porte et de la chambre à coucher, et alimenter les scénarios sans fin des séries anglaises, comme les Tudor, censées nous tenir éveillées.

Plantagenet Family tree. A goal that many family tree researchers seek. Once you find it (and you probably will), you'll have endless hours of fun with the royals and related families.

Tout cela n’est pas très limpide, donne lieu à d’innombrables trahisons et batailles au grand bonheur de Shakespeare qui est bien le seul à s’y retrouver au milieu de ces Edouard, Henri et Richard s’entretuant joyeusement. Heureusement que de temps en temps, des surnoms viennent aider pour la compréhension des rivalités dynastiques, tel celui d’Edouard le Prince noir. Il en reste un art de l’exécution tout à fait charmant et civilisé comme  en 1478, Georges Plantagenêt, duc de Clarence, qui voit sa requête acceptée d’être noyé dans une barrique de vin, un supplice tout à fait enivrant et entêtant.

In 1478...George Plantagenet, Duke of Clarence, was to be executed. His request? To be drowned in a barrel of wine.

Toujours est-il qu’avant ces trois siècles d’histoire anglaise dominée par la dynastie Plantagenêt et les maisons Lancastre et York qui lui succède, on ne doit pas, non plus, oublier que c’est à un Normand, Guillaume le Conquérant,  que l’on doit le grand chambardement issu de sa victoire à Hastings en 1066 et de son accession au trône d’Angleterre. Réputé pour sa violence destinée notamment à rompre les oppositions des barons anglais, c’est lui qui érige, parmi de nombreuses autres, la Tour de Londres  sur la Tamise, destinée à protéger la ville contre les incursions et attaques. Elle deviendra une prison réputée et un charmant lieu d’exécution pour faire valser, avec gracieuseté, les têtes des reines.

When William the Conqueror seized control of England in 1066, he ordered the construction of several forts on the Thames to defend London against attack. The most famous was the Tower of London, pictured here in the 1400s.

Pendant cent cinquante ans, jusqu’en 1215, c’est principalement de Normandie que les affaires anglaises sont traitées, la traversée de la manche devenant tellement usuelle qu’elle suscitera, par imprudence de l’habitude, le naufrage de la Blanche-Nef le 25 décembre 1120 à Barfleur au cours duquel l’héritier de la couronne anglaise, William Aetheling fils d’Henri Ier Beauclerc, périra en compagnie de 300 personnes appartenant à  la cour royale ou membres d’équipage.

25 November 1120 off Barfleur on the coast of Normandy, the “White Ship” ran onto a reef, drowning the English crown prince William Ætheling, four of his siblings and 300 others.

En définitive, c’est peut-être à cette oscillation historique entre la France et l’Angleterre que les Normands doivent leur réputation d’hésitation résumée par la formule : p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non. Difficile de connaître l’origine précise de cette réponse évasive que l’on retrouve dans l’expression courante  : un Normand a son dit et son dédit, et que Jean de la Fontaine reprend à sa façon :

« Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère.
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand »

Une coutume juridique normande autorisant une personne à rectifier ou annuler un contrat dans un délai d’un jour pourrait être à l’origine du proverbe, ce qui n’est après tout qu’un principe de prudence aujourd’hui largement repris dans le droit de la consommation, des assurances ou bancaires qui prévoit des possibilités de rétractation jusque dans les deux semaines suivant la signature de l’acte.  D’autres sources évoquent la tradition viking d’exiger une rançon en contrepartie du bénéfice ne pas être agressé ou pillé, ce qui n’empêchait pas le privilège d’être pillé ou agressé par une autre horde viking ne se considérant en aucun cas liée par une rançon qu’elle n’avait pas perçue. Comme quoi, mieux vaut toujours être du côté des vainqueurs.

Coutances-marche

Marché à Coutances en 1918

Et c’est ainsi que la Normandie est grande jusque dans ses proverbes aux origines incertaines que l’on fait remonter aux Vikings, car c’est en connu ,en Normandie, tout commence avec les Vikings et tout recommence avec les Américains. Pourtant, la réalité est tout autre : tout prend sens avec la dynastie angevine des Plantagenêts, lorsque  ceux-ci poursuivent l’oeuvre des Vikings devenus Normands, c’est à dire des hommes du Nord enracinés dans la foi chrétienne. On leur doit la restauration des abbayes et la constuction d’églises et cathédrales parmi les plus belles de France, sans compter l’abbaye-aux-Hommes et l’abbaye aux Dames à caen, ainsi que l’abbaye de Fontevraud en Anjou, véritables joyaux de l’architecture.

France, Caen, Abbaye aux Hommes, En 1050, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, épouse Mathilde de Flandres. Leurs liens de parenté rendent leur mariage irrégulier aux yeux de l'Eglise. Le pape Léon IX condamne donc leur union. A ce motif officiel s'ajoute la crainte de l'Eglise de voir unies deux grandes puissances : la Flandre et la Normandie (les Normands installés en Sicile ayant déjà menacé la papauté).  Calvados : CAEN : Abbaye aux Dames. Abbaye bénédictine, fondée à Caen par Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant. Guillaume a quant à lui fondé l'abbaye aux Hommes. Fondée vers 1060, l'abbaye aux Dames fut très prospère du XIe siècle à la Révolution, avec des bâtiments conventuels du XVIIIe siècle. Sa fondatrice, la reine Mathilde repose au coeur de l'église abbatiale de la Trinité.  Abbaye de Fontevraud : établisement pénitentiaire entre 1804 et 1963.

Abbaye aux Hommes et abbaye aux Dames situées à Caen, Abbaye de Fontevraud en Anjou, les deux premières auyant été fondées par Gullaume le Conquérant et sa femme la reine Mathilde, Fontevraud, fondé par le moine Robert d’Arbrissel ne comptera moins de 35 prieurés rattachés, avant d’être choisie comme nécropole royale par Alienor d’Aquitaine pour le roi défunt henri II d’Angleterre.

Mais au fait pourquoi les Plantagenêts ? La tradition raconte que Geoffroy d’Anjou avait pour coutume d’orner son casque ou son chapeau d’un brin de genêt, ce qui serait à l’origine du nom de la dynastie.  Allez savoir si c’est authentique, p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non. Mais ce qui est certain, c’est que la dynastie des genêts commencée avec la guerre civile entre Stephen et Mathilde en 1139, se termine trois siècles plus tard avec avec la guerre des roses en 1455. C’est connu les Anglais, aime la botanique, le jardin de Kew nous le rappelle.

The name Plantagenet is a anglicized version of planta genesta, which is the Normal French term for the plant now called broom. Geoffrey of Anjou, husband of Empress Mathilda and father of Henry II, often wore a sprig of this plant in his hat or helmet, which is how the family got this name.

Le genêt 

Normans and Plantagenets

Résumé de l’histoire des Normands et des Plantagenêts en Angleterre de 1066 à 1485 (« mon royaume pour un cheval« )

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