Je prends ce que je veux

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Le duc de Saint Simon, mémorialiste du règne de Louis XIV, mentionne une réponse fameuse du Roi-Soleil à un ambassadeur à la Cour qui lui demandait comment il réussissait à financer ses guerres innombrables et interminables : « Je prends ce que je veux« . En cette fin d’année qui est la période traditionnelle d’adoption de la loi de finances pour l’année à venir, comment ne pas songer à cette phrase qui est le principe fondamental de tout gouvernement en France, que celui-ci soit un royaume, un empire ou une République : prendre ce que l’on veut, sans avoir à se justifier, faire ce que l’on veut de ce que l’on prend et compter sur les intendants des finances et les gabelous pour faire rentrer l’argent dans les caisses de l’Etat quoiqu’il arrive.

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L’emblème du Roi-Soleil

La grandeur de la France, ce n’est pas ses monuments, sa littérature, ses vins ou ses fromages, c’est son administration fiscale, Bercy la forteresse imprenable qui décide de tout, en tout et pour tout, considérant que les Français ne sont pas des citoyens mais des contribuables ; et qu’à ce titre, ils doivent se soumettre à la législation fiscale, un incroyable enchevêtrement de textes illisibles, un fatras d’articles innommables qui rend la cigüe de Socrate sympathique à boire.

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L’enfer existe ! il suffit d’ouvrir le code des impôts et le livre des procédures fiscales pour le découvrir. 

Rien n’a changé depuis Louis XIV. On en veut pour preuve que les Français culminent désormais au sommet de l’échelle en matière de prélèvements obligatoires et dépenses publiques dans les classements de l’OCDE, rivalisant avec le Danemark qui décroche. Il existe cependant une différence avec le règne de Louis le Grand. L’argent était alors prélevé pour financer des guerres ce qui n’est plus le cas ou fort peu, les charges de la Défense nationale ne représentant guère plus de 2% du PIB sur un total de 54% de dépenses publiques. Où va alors l’argent prélevé sur la richesse nationale ? C’est là un grand mystère, un peu partout et nulle part, pour mille choses et plus encore, dans un désordre éblouissant où la Cour des comptes ne s’y retrouve guère plus qu’un amateur de fromages qui recenserait tous ceux produits en France ou un oenologue pressé de goûter tous les vins enfouis dans les caves de vigneron à travers la douce France . Et le résultat est saisissant. Amusez-vous à réduire de cinq euros telle ou telle allocation, la jacquerie couve, l’émeute surgit, les villes et les campagnes s’enflamment, pour cinq euros c’en est fait du bonheur des Français.

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Le duc de Saint-Simon

Et encore cela n’est rien. Le Roi-Soleil qui pouvait déjà prendre tout ce qu’il voulait, serait abasourdi des progrès de son administration fiscale. Car la Révolution française n’a rien changé aux moeurs fiscales, le surintendant des finances qui manoeuvre à Bercy est toujours l’homme le plus puissant de France, il règne sur les braves gens de Bercy, c’est lui qui fait ce qu’il veut au point qu’il a réussi l’exploit méconnu d’envoyer à l’Elysée un jeune freluquet de quarante ans, un inspecteur des finances sympathique et intelligent, destiné à faire avaler aux Français, la potion finale, l’inéluctable tour de vis fiscal destiné à combler le déficit quadragénaire. A ce sujet, il est rarement souligné que l’actuel président de la République n’a jamais vécu qu’en univers déficitaire de l’Etat, le déficit ayant fêté lui aussi ses quarante ans.  Et pourtant c’est une cruelle réalité.

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Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, charge qui n’était pas alors une sinécure. On peut passer le reste de sa vie au cachot.

De même, on ne soulignera jamais l’incroyable capacité des braves gens de Bercy à inventer de nouveaux impôts. La gabelle n’est plus ce qu’elle était. Désormais on nage dans l’acronyme anonyme, TVA, ISF, IRPP, TIPP, CSG, à chaque nouveau ministre des finances, l’inauguration en fanfare d’un nouvel acronyme fiscal. Les Danois qui ne sont pas réputés être des imbéciles et taxent beaucoup, ont pourtant peu d’impôts réputés de plus être clairs, au point qu’ils sont capables d’expliquer avec précision comment et où va l’argent prélevé, avec un taux de TVA élevé à 25%, un impôt sur le revenu payé par 90 à 95% des habitants et non, comme en France, à peine 50% de la population, le tout sans niches fiscales ce qui est d’autant plus méritant pour des Danois,tandis que les Français nourrissent à l’Elysée sur les deniers publics, des labradors d’Etat qui se succèdent de président en président depuis François Mitterrand.

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Or donc, un gouvernement chassant l’autre, il avait été promis que cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir et qu’en 1918 les prélèvements diminueraient. Depuis le regretté Charles Pasqua l’enjoliveur, personne n’ignore en France que les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Et donc, voyant ce que nous verrons, les impôts vont s »alourdir de 4 à 5 milliards d’euros l’an prochain après les traditionnels cadeaux fiscaux de début de quinquennat pour que les riches soient plus riches et les pauvres plus pauvres, idéologie de masse qui fait ses preuves dans le monde entier comme en témoigne une étude récente sur le sujet.  Tout cela démontre à l’évidence que les braves gens de Bercy travaillent bien, qu’ils excellent en imposition nouvelle, ancienne et rustique, et qu’en France, tout va bien dans le meilleur des mondes fiscaux.

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Sous les rois de France, on savait au moins où allait l’argent : dans les châteaux ! Ici, le château de Vaux-le–Vicomte qui fut la propriété de Nicolas Fouquet avant qu’il ne soit embastillé et ne perde tous ses biens. Et nous, que laisserons-nous aux générations futures en dehors de déficits abyssaux ? Rien, absolument rien.

L’ennui, c’est qu’il arrive à force de prendre tout ce qu’on veut, qu’on en perde la tête sur le billot et qu’elle tombe dans le panier. Les pirouettes fiscales finissent par lasser, le chômage de masse devient un épouvantable épouvantail qui dissimule une pauvreté effrayante, criante dans les campagnes et les banlieues, jusque dans les villes les plus riches où des migrants abandonnés à leur sort errent sans fin. Tout cela n’augure rien de bon. Il n’est pas certain qu’à la prochaine crise financière, la valse des milliards permette de masquer la dure réalité, celle d’un pays qui ne cesse de s’appauvrir depuis une décennie, après quarante ans de déficit, l’âge actuel du capitaine.

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Tout rapport avec un Conseil des ministres sous la Vème république serait purement fortuit. Les rois, les empereurs, les présidents passent, les courtisans demeurent.

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