Souviens-toi des châteaux livrés aux vandales

Qu’ont en commun Amboise, Anet, Chanteloup, Chantilly, Chaumont, Grignan, l’Isle-Adam, Madrid, Marly, Meudon, Montpezat, Nérac, Richelieu, Saint Maur, Sceaux, la Tour d’Aigue ou le Vanguyon ? Ce sont tous des châteaux du royaume de France qui furent victimes du vandalisme révolutionnaire de l’an II, amputant le patrimoine national de façon irréversible, sans que deux siècles plus tard ces destructions barbares n’émeuvent une population blasée de forteresses et de châteaux. Pourtant, tous ces monuments détruits ou défigurés manquent à nos paysages et nos souvenirs, que seules quelques illustrations  nous rappellent leur grandeur passée (dessin d’introduction : plan du château d’Amboise avant sa destruction partielle).

Amboise avant sa démolition (en grisé, les bâtiments debout)

Prenons le château d’Amboise qui est toujours considéré comme l’un des plus beaux châteaux de la Loire : chaque année des centaines de milliers de visiteurs viennent admirer cette demeure royale. Pourtant, il ne reste rien du logis de la Reine, de la collégiale saint Florentin ou du bâtiment Louis XII livrés aux démolisseurs.  Des constructions anciennes, il n’en reste aujourd’hui que le tiers, la Révolution est passée par là. de façon inattendue. Attribué par Napoléon à l’ancien consul Ducos, ce dernier n’ayant pas les moyens de l’entretenir décide, entre 1806 et 1810, de le transformer en carrière pour en vendre les pierres et subvenir à son train de vie, détruisant les deux-tiers des bâtiments.

Image illustrative de l'article Château de Chanteloup (Indre-et-Loire)

Château de Chanteloup, livré aux démolisseurs de la « Bande noire »

A proximité d’Amboise, le château de Chanteloup a entièrement disparu, il ne reste plus que la pagode construite au 18ème siècle.  Les bâtiments furent intégralement dépecés par une association de spéculateurs sous la Révolution française connue sous le nom de Bande noire, dont les activités se prolongèrent  jusque sous le règne de Louis-Philippe. Ces spéculateurs fondèrent leurs activités sur l’acquisition à vil prix des biens ennemis confisqués ou des biens nationaux cédés au plus offrant en vente publique entre 1791 et 1795 et qui permettaient à ceux-ci de décupler à centupler la mise initiale dans le cadre d’une véritable organisation « mafieuse ». Dans cette « Bande noire » rendue célèbre par les romans de Balzac   comme le Cousin Pons, on comptait les faux-monnayeurs fabricants de faux assignats appelés les brasseurs de Suresnes qui blanchissaient l’argent dans les maisons de jeux de Palais-Royal, ou encore « les hommes de proie », banquiers et financiers sans scrupule finançant l’agitation révolutionnaire pour en retirer profit, à travers notamment l’incitation au vandalisme pour dépecer en toute tranquillité les biens nationaux acquis.

Le sort réservé au château d’Anet illustre les méthodes du vandalisme. Quatre vers des Regrets de Joachim du Bellay rappellent la beauté de cette demeure :

De vostre Dianet – de vostre nom j’appelle
Vostre maison d’Anet – la belle architecture,
Les marbres animez, la vivante peinture,
Qui la font estimer des maisons la plus belle.

 Construit au XVIème siècle, le château a pour première propriétaire  Diane de Poitiers, favorite pendant vingt ans du roi de France Henri II. Il est livré aux vandales à partir de 1793, lorsque le domaine est confisqué au profit de la Nation. Le 18 juin 1795, le sarcophage en marbre noir qui accueille la dépouille de Diane de Poitiers est profané et son cadavre jeté dans une fosse commune. Le tombeau est transformé en auge pour le bétail, avant de retrouver, près de deux siècles plus tard sa place dans le château, de même qu’en 2010 le squelette de Diane est reconnu en raison d’une fracture à la jambe et d’une forte concentration en or de ses os qui résulterait d’une composition buvable en or destinée à blanchir sa peau.

Monument funéraire de Diane de Poitiers au château d’Anet

Le château justement va subir alors des outrages équivalents. Le domaine est vendu à des banquiers qui commencent à le dépouiller de son mobilier et de tous les éléments de décoration dont un grand nombre remontait à la Renaissance. Puis les arbres du parc sont débités, le corps central et l’aile droite détruits à l’explosif avant de ne s’attaquer à la toiture. Ce dépeçage finit par exaspérer la population du village qui en 1811, met en fuite le liquidateur et sauve l’aile gauche vide aux murs béants.

Château d’Anet : seule subsiste, restaurée,  l’aide droite et la chapelle  funéraire accueillant le tombeau de Diane de Poitiers

Il est difficile dans un seul article de restituer la folie destructrice des vandales de la Révolution française et de leurs successeurs.  On prendra comme dernier exemple, l’œuvre d’une vie, le château de Richelieu, lui aussi livré aux vandales et dont il ne reste que le souvenir végétal d’un parc magnifique, orphelin d’une certaine grandeur française.

En 1620, le cardinal Armand du Plessis de Richelieu qui, de 1624 à sa mort en 1642 sera le principal ministre de Louis XIII, achète le domaine familial de Richelieu. Celui-ci, situé dans le sud de la Touraine est constitué d’un manoir, de douves et d’un parc. Il entreprend d’y construire un château digne de son rang de principal ministre en même temps qu’il édifie la cité de Richelieu à côté du château qui sera la première ville dotée d’un véritable plan d’urbanisme, les acquéreurs de maison ayant l’obligation de respecter les plans et devis déposés au greffe de la ville, et de prendre l’un des deux entrepreneurs imposés choisis par le cardinal.

Plan de Richelieu

En 1631, le roi accorde au cardinal l’autorisation de construire la ville de Richelieu qui sera terminée en 1642, année de la mort de Richelieu. la Grande rue comporte 28 hôtels particuliers édifiés par des personnes de l’entourage de Richelieu tandis que les édifices publics sont financés par le Roi (remparts, halles, église…). Le plan hippodamé prévoit une ville de 800 mètres de long sur 500 mètres de large qui fait de cette ville une cité idéale dont on se demande bien pourquoi ce qui était possible voilà quatre siècles ou presque ne l’est plus aujourd’hui quand on observe la pauvreté des plans d’urbanisme de nos villes modernes.

S’agissant de la cité, Jean de la Fontaine, jamais en retard d’une louange, qualifiera l’ensemble  de plus beau village de l’univers, le cardinal de Richelieu édifiant de son côté l’un des plus vastes et superbes château qu’il soit digne de ses fonctions de cardinal et ministre.

En 1792, le duc de Richelieu ayant émigré, ses biens dont le château sont confisqués. La descente aux enfers commence.  Les mobiliers, décorations, œuvres d’art et statues sont dispersés, certains pour représenter des rois de France ou le cardinal de Richelieu. Ce sont ensuite les murs du château qui deviennent une carrière de pierres. En 1835, il ne reste plus rien du château, le domaine étant cependant sauvé pour devenir un parc qui est aujourd’hui la propriété de l’Institut de France. Entretemps, des communs et pavillons qui servaient de fermes ou étables ont été restaurés, mais de la grandeur passée du château ne subsiste que des arbres marquant l’emplacement des fondations.

(A suivre)

 

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