Brothers in Mars

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Pour nous qui avons passé un demi-siècle ou presque avec David Bowie depuis la découverte de son premier disque en 1969, Space Oddity, qui eut le grand mérite de nous faire découvrir musicalement la lune au même moment où Neil Armstrong s’enhardissait à faire un petit pas devenu grand saut pour l’humanité, nous n’imaginions pas qu’il puisse nous quitter ainsi en toute discrétion en ayant encore une fois le génie de la promotion commerciale. Car il en faut beaucoup pour mourir dans la semaine suivant la parution de son ultime opus, Blackstar. L’ennui quand on meurt dans les jours de la publication d’un album, c’est qu’on ne peut renouveler l’expérience, il faut être certain que la musique soit réussie, à la hauteur de l’événement. Tout le génie de Bowie aura été de nous gratifier, une nouvelle fois, d’un bel ouvrage pour célébrer sa mort. Les fans sont aux anges, quatre millions de tweets en deux ou trois heures, la planète bowienne en folie pleure l’artiste qui en plus avait eû le bon goût d’aimer une femme magnifique, tout droit venue comme une liane enchanteresse de la Corne de l’Afrique.

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Aux dernières nouvelles, David Bowie aurait remplacé Matt Damon sur la planète Mars, pour une temps indéfini

C’est aussi pour son élégance que nous appréciâmes Bowie. Avec les Beatles, les Rolling Stones, Bolan, The Clash et tant d’autres, Clapton et Knopfler par exemple, il était représentatif d’une certaine Angleterre, celle que nous aimerons toujours, celle du rock et de la pop, une Angleterre qui ne se prend pas au sérieux, qui aime se déguiser à l’image des Lords emperruqués et des chapeaux melons de la City ayant troqué leurs hauts-de-chausses pour des bottes de cuir à l’heure des retrouvailles au pub en hauts-de-forme, kilts et minijupes assortis pour le bonheur des tabloïds assassins.

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Bowie n’appartenait pas qu’à la galaxie musicale londonienne, il fut aussi notre premier Martien à n’être pas revenu verdâtre de la planète rouge, un funanbule formidable, un caméléon, comédien, caricature et corinthien, pour reprendre ses propres paroles. Pourtant, s’il a vu l’homme des cavernes marcher sur la lune, il n’eut pas le temps de croiser sur Mars des Lilliputiens qui se font toujours attendre. On espère bien lui raconter tout cela un jour à l’occasion d’une traversée de l’espace où l’on croisera une poussière noire d’étoile filante dénommée Blackstar en son honneur. C’est que du côté de Mars, les choses finissent par se préciser. Hollywood nous prédit que cela ne sera pas facile côté Gravity, l’un des pionniers pourrait même se retrouver Seul sur Mars : le temps mesuré aux dimensions de l’espace-temps, risque d’être fichtrement long, même en appelant les Incas qui ont tous disparu à la rescousse. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on y a trouvé de l’eau, reste à savoir si elle est potable et si on peut y faire pousser des salades comme dans le désert du Négev.

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Ci-dessus, it’s not Life on Mars ! Mais le miracle du désert du Negev lié au développement de la technique d’aspersion au goutte-à-goutte.

Bowie, comme Rimbaud, eut aussi en sa jeunesse une période rebelle, s’encanaillant drôlement avant de s’embourgeoiser tristement. Mais il n’adopta pas le côté aventurier du poète de Charleville qui s’en alla négocier des sacs de café à Harar, s’embusquant aussi dans le Choa pour y vendre des armes. Le temps des colonies s’achevant, Bowie bénéficia d’un renversement de perspective, les Blancs quittèrent l’Afrique et les Noirs arrivèrent en Europe, ce qui en matière d’exotisme a simplifié grandement la vie des derniers des Saxons et des Francs, des Germains et des Vikings conquis, qui peuvent désormais sur place épouser la descendance directe de Lucy in the Sky with Diamonds : l’Ethiopie est désormais à nos pieds, on ne trafique plus dans l’ivoire laissé aux Chinois aphrodisiaquement empoudrés et la Guinée n’a plus rien d’équatoriale dès lors que le Zambèze s’accorde volontiers à la Corrèze.

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Gentleman Bowie nous manquera tout autant que Ziggy Stardust, son frère d’armes. Déjà que John Lennon, Keith Moon et Joe Cocker nous ont quitté, c’est toute notre adolescence qui s’éloigne à la vitesse d’un vaisseau spatial désarrimé, on ne peut pas vivre sans enfance accrochée aux souvenirs obscurs et incertains, David Bowie le savait mieux que nous tous lorsqu’il écrivit les paroles de  The Bewlay Brothers qui constitue incontestablement l’une de ses plus belles chansons, tant du point de vue poétique que musical : on n’a pas tous les jours un frère schizophrène qui prend le chemin de l’enfermement avant l’escampette.

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Au fond, on ne peut reprocher à Bowie qu’une seule chose : être mort en pleine tempête de sables iconiques. Les journalistes qui sont à la terre ce que sont les méduses à l’océan n’ont ces jours-ci que ce mot à prononcer en choeur : l’icône de la pop nous a quittés. Curieuse expression que d’associer ainsi une image religieuse, un archétype, un symbole informatique ou une représentation graphique à une personne qui devient le blême enblème d’une génération ou d’une marque, tout celà n’est guère orthodoxe, peu catholique et terriblement commun en matière de grandioses funérailles médiatiques d’un météore.

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Aux dernières nouvelles, David Bowie séjournerait sur Mars en compagnie de Keith Moon qui aurait déserté la lune

C’est lassant de vivre ainsi dans un univers sans mémoire d’ abrutis dans les hauteurs paradisiaques qui célèbrent chaque mort d’une personne publique comme si celle-ci serait la dernière à nous quitter, un grain d’icône succédant à un autre pour être tout de suite oublié à la première poignée de cendres extraite d’une poubelle de platine et destinée à être dispersée en mer ou sur un terrain de golf pour spationautes désemparés. Mais comme le chante Bowie, la cendre retourne à la cendre, la poussière redevient poussière, Ashes to Ashes, peu importe que cette poussière terrestre s’embarque vers les étoiles, la lune ou Mars, n’oublions pas que les heures nous sont comptées à l’horloge de la vie et prenons le temps de chanter l’odyssée de l’espace sous la douche ou en se rasant, ce qui n’est pas sans complication dans ce dernier cas quand la lame subreptice s’emporte au rythme de la mélodie furtive : sans Bowie, la vie sur Mars nous manque déjà.

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Bauxite, cuivre et or nous attendent sur Mars ! Pour l’eau, faut creuser à 200 mètres de profondeur pour trouver de grands lacs où nager. Seul ennui, la chaleur y est intense à cause de volcans souterrains. Sinon, les montagnes y sont géantes, prévoir cordes et piolets!

En Hommage à David Bowie, voici donc The Bewlay Brothers, chanson publiée dans l’album Hunky Dory en 1971. Elle fait référence à son frère ; l’interprétation date d’un concert Live en 2002, elle est accompagnée des paroles prises sur le site Cocinnelle, paroles originales et traduction en français.

And so the story goes they wore the clothes
Et l’histoire continue, ils portaient les mêmes vêtements
They said the things to make it seem improbable
Ils disaient les choses de façon à les rendre improbables
The whale of a lie like they hope it was
La baleine d’un mensonge comme ils espéraient qu’il soit
And the goodmen tomorrow
Et les bons hommes de demain
Had their feet in the wallow
Avaient les pieds dans la boue
And their heads of brawn were nicer shorn
Et leurs têtes de muscles étaient plus jolies tondues
And how they bought their positions with saccharin and trust
Et leur manière d’acheter leur position avec saccharine et confiance
And the world was asleep to our latent fuss
Et le monde était endormi à notre scandale latent
Sighing, the swirl through the streets
Soupirant, le tourbillon à travers les rues
Like the crust of the sun
Semblant être la croûte du Soleil
The bewlay brothers
Les frères étendus
In our wings that bark
Sur nos ailes qui s’écorchent
Flashing teeth of brass
Eclairant brièvement les dents de laiton
Standing tall in the dark
Se tenant, imposants dans l’obscurité
Oh, and we were gone
Oh, et nous étions partis
Hanging out with your dwarf men
Sortis avec vos hommes nains
We were so turned on
Nous étions si excités
By your lack of conclusions
Par votre pénurie de conclusions

I was stone and he was wax
J’étais la pierre et il était la cire
So he could scream, and still relax, unbelievable
Alors il pourrait hurler, tout en restant détendu, incroyable
And we frightened the small children away
Et nous effarouchions les petits enfants
And our talk was old and dust would flow
Et notre langage était si ancien que la poussière s’écoulerait
Thru our veins and lo ! it was midnight
A travers nos veines et voilà ! Il était minuit
Back at the kitchen door
De retour à la porte de la cuisine
Like the grim face on the cathedral floor
Comme le visage morose sur le sol de la cathédrale
And the solid book we wrote
Et le noble livre que nous avons écrit
Cannot be found today
Ne pourrait être retrouvé désormais
And it was stalking time for the moonboys

Vint le temps de la filature pour les hommes de la lune
The bewlay brothers With our backs on the arch
Les frères étendus avec nos fesses sur l’arche
In the devil-may-be-here
Du démon-devrait-être-là
But he cant sing about that
Mais ne pourrait chanter à ce sujet
Oh, and we were gone
Oh, et nous étions partis
Real cool traders
Des marchands vraiment optimistes
We were so turned on
Nous étions si excités
You thought we were fakers
Vous pensiez que nous étions des escrocs

Now the dress is hung, the ticket pawned
Maintenant la robe est accrochée, le ticket est un pion
The factor max that proved the fact

Le facteur maximum qui prouva les faits

Is melted down
A fondu
And woven on the edging of my pillow
Et est tressé sur la bordure de mon oreiller
Now my brother lays upon the rocks
Désormais mon frère repose sous les pierres
He could be dead, he could be not
Il devrait être mort, il ne devrait pas
He could be you
Il devrait être toi
Hes chameleon, comedian, corinthian and caricature
Il est caméléon, comédien, caricature et corinthien
Shooting-up pie-in-the-sky
Explosant des tartes dans le ciel
The bewlay brothers
Les frères étendus
In the feeble and the bad
Dans la faiblesse et le malheur
Bewlay brothers
Les frères étendus
In the blessed and cold
Dans le béni et le froid
In the crutch-hungry dark
Dans le sombre désir sexuel
Was where we flayed our mark
C’était là que nous gravions notre signature
Oh, and we were gone
Oh, et nous étions partis
Kings of oblivion
Rois de l’oubli
We were so turned on
Nous étions si excités
In the mind-warp pavilion
Dans le pavillon de l’esprit tordu

Lay me place and bake me pie
Laisse-moi une place et cuisine-moi un gâteau
Im starving for me gravy

Je meurs de faim de mon propre sang

Leave my shoes, and door unlocked
Retire-moi mes chaussures, et laisse la porte ouverte
I might just slip away, hey
Je devrais m’enfuir,
Just for the day, hey !
Juste pour la journée, hein !
Hey, please come away, hey !

Just for the day, hey !

Juste pour la journée, hein !

Please come away, hey !

Hein, s’il te plait vas t’en

Just for the day
Juste pour la journée,
Please come away
S‘il te plait vas t’en
Please come away
S‘il te plait vas t’en
Please come away
S‘il te plait vas t’en
Please come away
S‘il te plait vas t’en
Away
Loin
(away)
(Loin)
Away
Loin
Hey

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