Terreur de masse et probabilités (1/2)

Depuis le 13 novembre 2015 et les massacres simultanés au stade de France, au Bataclan et sur les terrasses parisiennes, tout se passe comme si rien de bien terrible n’avait eu lieu, que la compassion envers les victimes permettrait, seule, de mettre un terme à cette folie terroriste importée du Moyen-Orient. La machine à fabriquer l’oubli marche à merveille. Pourtant, vivre dans l’illusion en cette matière pour espérer ne rien changer dans nos vies, c’est ignorer la persistance de la menace et les fortes probabilités que se renouvellent ces actes de terreur dans un proche avenir.

Image illustrative de l'article Classe Le Triomphant

Face au terrorisme, la force de dissuasion nucléaire se révèle inadaptée ; ici le SNLE-NG Le Téméraire, de la classe le Triomphant, équipé de 16 missiles stratégiques M-51

Les pouvoirs publics ont pourtant l’obligation impérieuse d’intervenir et d’agir aussi massivement que les terroristes sont susceptibles de le faire. En fermant quelques mosquées à la dérive, en multipliant les perquisitions administratives et les patrouilles, on reste loin du compte. Rien n’est plus urgent, comme il l’a été écrit dans un précédent article que de soulever, une nouvelle fois dans l’histoire de notre pays, la « Nation en arme » (en couverture, charge française à la baïonnette pendant la Première guerre mondiale).

Vercingétorix, vaincu, se livre à César lors du siège d’Alésia

Une infographie publiée dans la presse récemment montrait comment 34 individus ont ces dernières années semé la terreur en France, ayant entre eux des liens réels ou supposés qui ont conduit à mener les attaques meurtrières à Toulouse en 2012, à Charlie-Hebdo et dans le magasin casher de Vincennes en janvier 2015, à Paris le 13 novembre 2015, sans oublier les tentatives avortées d’attaque dans des églises du Kremlin-Bicêtre au printemps ou dans un train Thalys à la fin de l’été. Ces attaques ont fait 500 victimes, respectivement 150 morts et 350 blessés. Sur ces 34 individus, une quinzaine sont mortes, une dizaine en prison et les autres dans la nature.

Charles Martel à la bataille de Poitiers en 732

Venons-en maintenant au stock français des individus susceptibles de passe à l’acte. Au moins un millier sont enregistrés dans le service de renseignements par une fiche S comme signalé, en tant que radicalisé ou en voie de radicalisation. Un article publié dans le dernier numéro du « Journal du dimanche », évoquait l’existence répertoriée d’environ 250 individus recherchés par les services judiciaires de l’antiterorisme et de 200 autres pour lesquels un mandat d’amener aurait été délivré aux fins d’éclaircissement, soit de l’ordre de 450 sous investigation policière ou judiciaire. Encore ne s’agit-il que du haut de l’iceberg.

Fragment de la tapisserie de Bayeux relatant la conquête de l’Angleterre en 1066

Par ailleurs, environ 1.500 personnes auraient pris la route depuis 2013 vers les terres du Djihad, la Syrie et l’Irak, désormais la Libye, dont 150 femmes et des enfants. Un certain nombre, 150 à 250?, serait mort dans les combats ou sous les bombardements, d’autres rentrés en Europe sans qu’il soit possible évidemment d’avoir un décompte actualisé et fidèle de la situation.

Jeanne d’Arc victorieuse au siège d’Orléans, épisode majeur de la Guerre de cent ans

L’équation est donc simple : sachant que 34 personnes sont à l’origine de 500 victimes essentiellement en 2015, comment évaluer le risque pour les trois à cinq prochaines années ? Sauf à faire preuve d’angélisme ou d’inconscience, les risques sont considérables, pour ne pas dire effroyables. Il faut s’attendre à des années difficiles, surtout si rien n’est fait pour changer radicalement de politique dans la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas avec des patrouilles qu’on arrêtera des tueurs déterminés mais avec du sang-froid, de la détermination, du courage (voir article reproduit ci-après) et surtout des moyens, beaucoup de moyens humains et matériels. Il faut absolument tout remettre à plat.

Bataille de Marignan, 1515, victoire de François Ier sur l’armée invincible des Suisses

Côté calcul de probabiblité, il faut examiner froidement les faits :

  1. La théorie du « loup solitaire » a vécu. Les terroristes les plus aguerris, Merad, les frères Kouachy, Koulibaly et autres du 13 novembre ont bénéficié de soutiens, de complicité, de « sponsors » et de mentors, parfois dans l’ombre depuis de très nombreuses années. Ils ne sont pas sortis du néant. Et ils savent pouvoir compter sur des liens anciens de fraternité, d’amitié ou de proximité avec lesquels ils renouent à tous moments avec une facilité déconcertante, se contentant de demander pour obtenir un service qui leur est de suite donné, ici une chambre pour la nuit, là un transport automobile d’une capitale à l’autre.
  2. Les attentats n’ont pas nécessité de grands moyens financiers ou matériels : des kalachnikov achetés à un marché noir des armes de guerre florissant en Europe, un peu d’argent, vraiment peu, des plans d’attaque rudimentaires, et des gilets explosifs bricolés ont suffit à propager le terreur, mettre en émoi la population et défier les forces de police mises sous tension pendant plusieurs jours, sans compter ultérieurement des enquêtes approfondies pour dénouer l’écheveau inextricable de l’organisation des attentats.
  3. Les assassins se déplacent avec une grande facilité pour organiser et perpétrer leurs massacres. Ils font preuve d’une détermination totale et c’est cet engagement total, de caractère suicidaire, qui met fin à leurs agissements criminels : mourir en « héros horrifiant du terrorisme est l’une des clefs psychologiques prédominantes et déconcertantes à analyser pour comprendre leur cause terrifiante.
  4. Heureusement, tous les projets d’attentat ne se concluent pas comme prévus initalement par leurs auteurs. La fébrilité des uns, le hasard pour d’autres, bien souvent des grains de sable imprévus, ont empêché que des plans funestes aboutissent, comme l’échec des attaques d’église et du train Thalys ou encore le démantelement au dernier moment des préparatifs du commando de Verviers en Belgique. Le caractère artisanal des engins explosifs, ce qui semble un retard dans l’assaut du stade de France, une intervention policière inattendue au Bataclan ont par ailleurs éviter que le bilan déjà fort lourd des attentats du 13 novembre ne le soit bien plus.

Bataille de Rocroi en 1643 qui voit la victoire des Français sur les Espagnols

Il n’en reste pas moins que 34 individus répertoriés ou supposés agissant de concert, ont provoqué des attaques d’une ampleur inégalée sur le territoire français et que la probabalité de nouvelles attaques simultanées, répétées est considérable : rapportés aux effectifs des seuls individus endurcis dans le processus de radicalisation, 450 sur un total de 1.000 à 1.500 individus signalés ou sur le sol syrien, ce sont potentiellement une vingtaine d’attentats (+/- 10) simultanés qu’il faudra probablement déjouer dans les années à venir (3 ans +/2 ans) ; laissons le décompte des victimes aux nuls en maths.

Bataille de Denain lors de la guerre de sucession d’Espagne

Ce calcul ne tient pas compte d’un éventuel changement des méthodes terroristes, d’une « industrialisation de la mort » qui est la logique même du terrorisme de masse, pour prendre une comparaison avec le terorisme nazi, le passage de la mitrailleuse dans les carrières aux chambres à gaz dans les camps de la mort, ou par rapport au terrorisme satlinien, le passage des assassinats dans les cours de prison aux camps du Goulag. La course à la mort étant dans la nature même du terrorisme, on ne peut écarter la recherche du gigantisme dans les actes terroristes futurs. face à cette menace, nous avons besoin de « Vauban » qui planifient les risques et organisent les défenses et ripostes foudroyantes.

Codification des attaques des places fortes par Vauban

Que conclure de ces probabilités volontairement laissées à l’état d’esquisse tant il n’est pas la peine de susciter un effroi supplémentaire dans une opinion française déjà frappée de stupeur ? Qu’il faut tout changer dans notre approche du phénomène terroriste, sans tarder et sans faiblir. Trop de temps a déjà été perdu. Ce n’est pas de drapeau tricolore ou du chant de la Marseillaise dont nous avons besoin, ils sont là depuis deux siècles, observation destinée à ceux qui auraient oublié leur histoire ; le terrorisme étant prévisible, il nous faut de la détermination, de la planification et de l’action. Il nous faut surtout changer en s’adaptant à la perception de cette menace invisible ; et face au terrorisme de masse en appeler à la levée en masse.

Les armées de la Révolution en 1792

Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est que nos libertés ne sont pas menacées par des actes de police et d’éventuels excès de zèle dans ce domaine, mais par la répétition d’attentats qui en viendrait à saper les fondements de la démocratie et les institutions républicaines.

NB : au fait, cet article est illustré d'événements se rapportant à l'histoire de France dont il serait intéressant de connaître combien de lycéens ayant "arraché" leur baccalauréat en connaissent l'existence et leur signification.

(A suivre).

  

Bataille de Bouvines, 1214 ; bataille de fontenoy, 1645 ; et bataille d’Austerlitz, 1805 : l’armée française est invincible lorsque, menée par de grands chefs décidés, elle se révèle déterminée à vaincre

Pour bien comprendre ce à quoi la société française est désormais confrontée en permanence, Voici un témoignage saisissant qui décrit l’étendue de la menace bien mieux que tous les discours de circonstances.


Yvain secourant une Damoiselle, enluminure du XVème siècle extraite d’une version de Lancelot du lac : le comportement loyal du chevalier fait alors partie de l’art de la guerre, bien loin des méthodes actelles du terrorisme

Le témoignage du premier policier entré au Bataclan, la nuit du 13 novembre (article du Figaro du 15 déembre 2015)

 Ils ont été les premiers policiers à entrer dans le Bataclan. Le 13 novembre, le chef de service de la Brigade anti-criminalité était de permanence. Sous couvert d’anonymat, pour des raisons de sécurité, le commissaire raconte en exclusivité sur France Info le face-à-face effroyable qui l’a finalement amené à tuer l’un des terroristes. Ce soir-là, il était accompagné de son chauffeur, policier comme lui. Les deux équipiers sont une première fois avertis par les explosions au Stade de France mais, en chemin, une nouvelle alerte les détourne vers les Xe et XIe arrondissements où plusieurs terrasses ont été mitraillées. Ils arrivent finalement au Bataclan et décident d’intervenir sans attendre les renforts sans savoir ce qui les attend à l’intérieur.

«Ce qui nous surprend immédiatement, c’est la lumière extrêmement forte, qui nous aveugle. Le silence ahurissant. Et puis des centaines de corps, les uns sur les autres», confie le commissaire de la BAC. Les deux policiers sont seulement équipés de leur habituelle arme de poing et de gilets par balle léger. Ils aperçoivent sur la scène un homme armé d’une kalachnikov. Celui-ci marche calmement vers un otage qu’il met en joue. «On engage le tir immédiatement, relate le policier. On tire jusqu’à ce qu’il tombe au sol. Dans la foulée, une explosion surgit. Là, on se rend compte qu’ils sont susceptibles de se faire exploser avec leurs ceintures.» Les deux équipiers essuient alors une réplique venue du balcon. Ils comprennent que le premier terroriste n’était pas seul.

Le commissaire se voit alors mourir: «J’avais la certitude qu’on ne reculerait pas. On avait décidé, avec mon équipier, qu’on ne laisserait pas ces gens sans nous. J’étais persuadé de mourir ce soir-là. J’ai donc laissé un message à ma compagne pour lui dire adieu.» Finalement, les deux policiers retrouveront les renforts de la BAC et rentreront une seconde fois dans le Bataclan pour y sécuriser le rez-de-chaussée. Après les faits, le commissaire a pu rapidement reprendre le travail sans ressentir le besoin de consulter un psychologue. Il a préféré écrire une longue lettre dans laquelle il décrit l’intervention. «Moi, je n’ai pas trop de difficultés à le digérer», assure-t-il à France Info un mois plus tard. «Ce qui a été très dur, en revanche, c’est d’avoir engagé la vie de mes hommes, qui sont tous pères de familles. Je m’en suis rendu compte après-coup

Les armées de la révolution en 1792, ou la naissance de la Nation en arme

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