Chrétien par l’histoire et la géographie

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A son neveu Michel Cailleau, qui fut un grand résistant, fondateur en juin 1941 du Mouvement de résistant des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) constitué de prisonniers de guerre évadés, le général de Gaulle interrogé un jour sur sa foi, lui répondit : je suis chrétien par l’histoire et par la géographie.  Cette foi chrétienne ressort avec une évidence absolue dans le livre « une vie sous le regard de Dieu » que lui consacre Laurent de Gaulle, neveu de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle-même nièce du général, résistante, présidente d’ATD Quart Monde et inhumée récemment au Panthéon, un livre passionnant consacré à Charles de Gaulle. Tout dans le comportement du soldat devenu résistant puis homme d’Etat se rapporte à cette dimension chrétienne qui va lui permettre d’accomplir son destin exceptionnel porté par « un engagement presque sacerdotal au service de la France » pour reprendre une expression de Laurent de Gaulle.

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Saint Matthieu et l’Ange, par le Caravage, dans la chapelle Contarelli de l’église Saint Louis des Français à Rome

A l’heure où la France sombre dans une sorte de nostalgie vichyste du renoncement, de l’accablement et du défaitisme, Il faut lire ce livre intense et convaincant publié aux éditions l’Oeuvre en 2009, qui relie les écrits, lettres et discours du général à son action politique tout au long de sa vie. Nous comprenons mieux la fascination qu’exerçait ce personnage étrange issu des profondeurs de l’histoire sur un Churchill francophile, merveilleux connaisseur de la France qu’il aimait, et qui désignera rétrospectivement dans ses mémoires de Guerre  l’Homme du 18 juin comme celui du destin, le Connétable.

Saluons à ce sujet la lucidité du général de Gaulle qui écrit au général Catroux le 29 août 1940, en pleine bataille d’Angleterre : quant au point de vue général, j’ai pleine confiance dans la victoire finale. Les Anglais s’y sont mis à fond et heureusement pour eux et pour nous, M W. Churchill est intégralement « l’homme de la guerre ». La partie se joue entre Hitler et lui.

Vocation Saint Matthieu

La vocation de saint Matthieu : le Christ accompagné de Pierre, désigne Matthieu, par le Caravage, toujours à la chapelle de Contarelli

Quatre ans plus tard, dans un discours prononcé à l’Assemblée consultative alors que la France est en passe d’être totalement libéré du joug nazi, le général de Gaulle tiendra des propos que nous aimerions entendre de nos hommes politiques actuels : pour l’action que nous entendons développer, dans l’intérêt de notre pays, comme dans celui de tous les hommes, je dirai d’abord qu’à aucune époque la politique française n’aura été animée plus fortement aujourd’hui par l’idéalisme [chrétienndlr] qui est, depuis l’origine des temps, comme la seconde nature de la France, qui fut et qui demeure le trait principal de sa figure et l’élément de son influence… Si nous sommes devenus plus attentifs que naguère aux réalités pratiques, nous nous déclarons toujours fidèle à cette conception morale et humaine de la politique en vertu de laquelle chaque peuple, s’il est capable de porter la charge de la liberté, a le droit strict de le faire pourvu qu’il n’en use pas pour chercher à nuire aux autres? Nous considérons que dans le monde tel qu’il évolue, c’est à dire de plus en plus réduit dans ses dimensions, aussi bien pour ce qui concerne les échanges de la paix que les actions de la guerre, les droits de chacun intéressent les autres.

Le martyr de Saint Matthieu

Le martyr de Saint Matthieu,  par le Caravage, chapelle de Contarelli

De même, là où aujourd’hui évoquer les racines chrétiennes de la France est devenu une sorte d’interdit constitutionnel, le général président n’hésite pas en revanche à s’exprimer ainsi au Vatican devant Paul VI, le 31 mai 1967 : Comment la France pourrait-elle méconnaître une histoire qui a fait d’elle la fille aînée de l’Eglise ? Or les liens privilégiés tissés entre le siège apostolique et la France, l’harmonie qui en procède bien souvent, quant aux sentiments, aux pensées, aux actions, combien de signes vivants les attestent aujourd’hui !

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Cathédrale de Reims

Cet homme qui s’exprime ainsi répondait déjà le 7 novembre 1960 en remerciement à son ami Robert Aron qui lui avait adressé un livre : Voilà qui fait voir et sentir qu’il n’y a qu’un homme, partout où est l’homme et qu’il n’y a qu’un Dieu, partout où est Dieu.

Déjà, alors qu’il était appelé à devenir le premier président de la Vème République, il avait écrit au cardinal Grente, archevêque du Mans, le 17 septembre 1958 : En présence du devoir que je suis amené à assumer, aucun encouragement, aucun témoignage ne peut m’être plus précieux que les vôtres. A moins que l’Etat ne soit ecclésiastique, je ne vois pas, – non plus, j’en suis sûr, que votre Eminence – qu’il puisse être autre chose que laïque. Toute la question est de savoir comment, dans quel esprit, il le sera ? Pour qu’il le soit, je crois bon, en toute conscience, qu’il reçoive, le baptême de l’Eglise de France.

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Saint Louis portant une orbe crucifère, sur la façade de l’église Saint Louis des Français

Cette demande est loin d’être anodine comme l’observe Laurent de Gaulle. Le général se retournant vers l’histoire ne pouvait ignorer que l’église ne baptise que les êtres au sens strict et non les nations comme l’a rappelé en 1996 à Reims Jean Paul II lors du quinzième centenaire du baptême de Clovis.

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Le baptême de Clovis par saint Remi

A l’heure tragique où l’esprit de la laïcité bringuebale dans les cordes ensanglantées du ring politique et médiatique où résonnent encore et toujours les rafales et explosions de terroristes bien décidés à tout ignorer de l’histoire et de la géographie de la France, il serait peut-être sage de s’en remettre à cet esprit fondateur de la République moderne, qui est d’aller vers la Vie :

L’avenir : l’Eglise, la France aussi, qui est sa fille aînée, le voient avec sérénité, avec fermeté, avec confiance. L’Eglise est éternelle et la France ne mourra pas. L’essentiel, pour elle, est qu’elle reste fidèle à ce qu’elle est et, par conséquent, fidèle à tous les liens qui l’attachent à notre Eglise. C’est le cas ! Et c’est pourquoi, quels que soient les dangers, les crises, les drames que nous avons à traverser, par-dessus tout et toujours nous savons où nous allons. Nous allons, même quand nous mourons, vers la Vie. (discours prononcé devant la colonie ecclésiastique française de Rome, le 31 mai 1967).

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Eglise Saint-Louis des Français à Rome

Car, toujours pour reprendre de Gaulle, le combat pour le salut (de la France) est suscité par la flamme de la foi et de la fierté nationale.. C’est cette même flamme qui inspirera au nom de l’avenir, comme   fait au nom du passé, l’âme de la France éternelle (discours du 10 novembre 1968 aux Invalides).

Mais au fait, que deviendrait cette âme s’il advenait que l’accent circonflexe disparaisse de mots tels que baptême, archevêque ou aîné ? Nous deviendrons assurément des ânes.

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Les armes de France sur l’église Saint Louis des Français à Rome

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