Verbiage et babillage sont les mamelles des soirées électorales

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L’ennui avec la démocratie, c’est qu’elle a encore besoin d’électeurs. Pour les commentateurs de soir d’élection, l’idéal serait de se contenter de chiffres, de quelques déclarations, sourires et grimaces, avec un peu de micro-trottoir pour occuper des journalistes stagiaires chargés de faire oublier que les statistiques en matière électorale sont l’arbre qui cache la forêt ou plutôt la digue sur laquelle vient se briser le flot des commentaires du monde politique, ceux des anciens prétendants subitement vaincus ou vainqueurs par l’onction du scrutin, mais encore le verbiage des politologues et le babillage des journalistes chevronnés qui confondent pourcentages et voix pour claironner des évidences oubliées au petit matin.

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Résultat des élections régionales du 13 décembre 2015

Prenons les élections régionales françaises dont le second tour a eu lieu le 13 décembre 2015. Si on en croit les commentateurs, le Front national a perdu son pari, la gauche a relevé la tête et la droite modérée surnage : Les Echos analyse que « le front national est sorti défait du second tour » que « la gauche a plutôt bien résisté dans les triangulaires »  et que la « droite a obtenu un résultat sans gloire ». On retrouve ces commentaires, avec quelques variantes, à travers tout le spectre de la presse politique.

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Avec les élections en système démocratique, à la différence de celles qui se tiennent dans les dictatures, les régimes communistes ou tribaux, la moindre voix compte : il suffit d’une poignée d’électeurs pour en changer le résultat et le sens des commentaires. Cela incite à beaucoup de modération dans les commentaires, et surtout à éviter de s’en tenir aux statistiques. Ce ne sont pas les statistiques qui font l’élection mais les voix.

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« L’art visuel » : la couleur change pour le même résultat, on bascule du vert pâle au vif rouge à un point près, sans que cette différence ait de signification compréhensible

Le calcul statistique présente l’inconvénient de déformer gravement la réalité des chiffres. Cela a l’avantage de facilement désigner le vainqueur et de simplifier le résultat : Dupont l’emporte sur Durand par 51% des suffrages contre 49%, Martin gagne avec 54% des voix face à Dubois, 46%. Cette approche est très pratique, on n’a pas besoin d’attendre le décompte final jusqu’à minuit et même plus tard, on se contente d’évaluations et de simulations, et le lendemain on passe à autre chose.

L'absention par commune en France métropolitaine

« L’art visuel toujours » : le taux d’abstention au second tour des élections régionales vu par le journal Le Monde.fr : le pointillisme à la mode Seurat s’applique à un % pour chaque commune sans tenir compte du nombre des électeurs des communes concernés.

L’ennui, avec ce système de présentation des résultats, c’est qu’on ne voit plus la réalité, on se contente de l’approximation. Prenez les résultats des élections régionales d’hier. A y regarder de près, le « balancement » des commentaires s’est joué à 17.000 voix, sur un total de 45 millions d’inscrits et 25 millions de suffrages exprimés. C’est peu, fort peu.

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Projection n’est pas raison : les résultats des élections départementales de mars 2015 rapportés aux nouvelles régions ne concordent pas avec les résultats réels après les élections… 

Démonstration : Les élections dans trois régions se sont tenues dans un mouchoir de poche : Normandie, Centre et Bourgogne-Franche-Comté : En Normandie, la droite modérée l’a emportée avec 4.751 voix d’avance sur un total de 2,4 millions d’inscrits et 1,36 millions de suffrages exprimés ; Dans le Centre, la gauche a gagné avec 8.736 voix, sur un total de 1,8 million d’inscits et 1,08 millions de suffrages exprimés et en Bourgogne, la gauche l’a emporté, avec 20.774 voix d’avance sur un total de 2 millions d’électeurs dont 1,12 million de suffrages exprimés. Il aurait suffit que dans le Centre et en Bourgogne, la moitié de l’avance de la gauche se reporte sur la droite modérée pour qu’elle ne gagne plus cinq régions mais seulement trois ou que le même phénomène se passe en Normandie pour que la gauche gagne autant de régions que la droite modérée et soit déclarée gagnante.

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« L’art visuel » : beaucoup de points pour rien ! Où sont les 50% de 4.751 voix qui ont fait la différence lors de l’élection dans la région Normandie ?

Un basculement de 15.000 voix sur un total de 6,2 millions d’inscrits dans ces trois régions, c’est peu, c’est fort peu à l’échelle d’une élection surtout si on se tient à une répartition géographique des voix d’un corps électoral de 45 millions d’électeurs. Cela rappelle qu’en système démocratique chaque voix compte et que l’égalité entre les électeurs est réelle, n’en déplaise aux pourfendeurs de la démocratie. Ceux-ci sont des totalitaristes dans l’âme qui voudraient que seule leur voix en impose à condition d’être seul à voter ou de n’avoir qu’un candidat sur lequel faire porter son suffrage, ce qui revient à la même chose dès lors que le candidat préselectionné est oblitéré par le régime autoritaire !

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Belle cartographie qui passe sous silence que pour  2 millions d’inscrits et 1,12 millions de suffrages exprimés, l’écart de 20.774 voix entre la gauche et la droite médérée correspond à moins de 10.400 voix pour un basculement du résultat, soit 0,5% des inscrits.

Les élections régionales qui viennent de se conclure mettent une nouvelle fois la fragilité des ssytèmes démocratiques. Le monde politique traditionnel, les commentateurs se félicitent que les calculs électoraux de l’extrême-droite aient été déjoués. Cette allégresse semble un peu prématurée. Plus du quart du corps électoral a pris l’habitude de voter pour un parti à qui on dénie systématiquement la possibilité d’exercer la responsabilité d’exécutifs locaux, départementaux, régionaux, à grands renforts de connivences et d’ententes ponctuelles qui n’empêcheront pas la digue de protection électorale de se rompre si le malaise à l’origine de cette progression se poursuit. Et comme ce malaise n’est pas de nature démocratique, mais économique, social, sécuritaire et même identitaire, continuer de l’ignorer, c’est aller dans droit dans le mur d’un point de vue démocratique car une partie importante du vote ne se réflète pas dans la représentation du pouvoir issue des urnes. C’est préparer une crise de régime. Même le parti communiste qui était à la démocratie ce que le Nutella est à la gastronomie, a eu droit pendant cinquante ans à ses élus dans « la ceinture rouge » et les villes ouvrières.

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Avis de tempête avec le passage du bleu ciel au bleu noir

Avec cette salve d’élections intermédiaires depuis deux ans, Municipales, européennes, départementales, régionales, on constate que le paysage politique a été bouleversé par rapport aux dernières élections présidentielles. La gauche est en voie de disparition dans trois grandes régions, le Nord, l’Est et le Sud-Est, franchissant difficilement le tiers des voix, dont à peine 20% pour la gauche démocratique, c’est à dire le seuil critique d’existence ; la droite modérée oscille entre un centre « mou » et une droite dure qui se prend pour la droite extrême afin d’attirer le chaland ; mais l’électeur n’est guère nomade quand il a une fois basculé vers cet extrême qui justement étend régulièrement son emprise. Le temps est loin où ce parti d’extrême droite ne ralliait que les anciens de l’OAS anti-gaulliste ; il a d’abord puisé dans le vivier des pieds-noirs qui n’ont jamais accepté leur exode d’Algérie, accompagné d’une chape de plomb qui s’est abattue sur leur sort inique ; la crise économique persistante qui a d’abord frappé le monde ouvrier, a fait basculer ces derniers de l’extrême gauche vers la droite extrême, rejoints plus tard par les derniers bastions de la paysannerie mise en déroute par les règlements européens, accompagnés des commerçants et artisans étranglés par une fiscalité bureaucratique délirante. Désormais, Ce parti de droite nationale tend à devenir représentatif de la sociologie de la France, ce qui est logique dans la mesure où sept millions d’électeurs lui apporte ses voix.

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Après les élections municipales de 2014, les départementales de mars 2015, les élections se suivent et se ressemblent pour le parti au pouvoir qui perd ses implantations locales constituant, de scrutin en scrutin, sa principale force électorale depuis 1977, année d’émergence du « socialisme municipal »

Au vu de ses résultats, sauf surprise ultime, le candidat de l’extrême droite semble bien parti pour arriver en tête au premier tour et donc participer au second tour face à un candidat modéré de droite ou de gauche, sachant que du côté de la droite modéré, il pourrait être soit du centre ou de la droite dure. Il y a cependant une différence essentielle entre les élections locales et les élections nationales, c’est le mode de comptabilisation. Aux élections présidentielles, les voix sont comptées sur l’ensemble du territoire, cela change beaucoup de choses. Et au second tour, pas de triangulaire, il faut convaincre et rassembler pour franchir le seuil de 50% plus une voix.

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Les premiers arrivés au premier tour sont les derniers au second tour.

Cette progression continue du FN change surtout le fait que le principe traditionnel de sélectionner parmi les candidats d’un bord de gauche ou de droite au 1er tour et de faire son choix au second tour, ne devrait plus fonctionner. Il faudra probablement élire dès le premier tour le candidat de droite ou de gauche appelé à être président et confirmer cette sélection au second tour face au candidat d’extrême droite assuré d’y participer. La nature du scrutin devrait donc fortement changer, car ce sera au premier tour qu’il faudra mobiliser les électeurs et choisir son président! Plus que jamais, l’élection présidentielle en 2017 se gagnera donc au premier tour, et peut-être même dès les « primaires de droite », tant le caractère « clivant » ou « rassembleur » sera décisif.

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Voilà des statistiques qui vont occuper le monde politique pendant 18 mois…

 

 

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