Du caractère révolutionnaire de l’Etat islamique

Elephant Gargoyle - Notre Dame de Paris  Same thing with Notre Dame, just a smal tiny look.

Au risque de surprendre, les pillages et destructions de sites archéologiques du Moyen-Orient par l’Etat islamique, pour aussi « barbares » qu’ils puissent paraître, n’ont rien de différents par rapport au vandalisme systématiquement organisé sous la Révolution française ou la Commune de 1870-1871, et dont les livres d’histoire ne font guère état ; car le principe républicain que « la Révolution française est un tout » et doit donc être défendue dans sa totalité pour les bienfaits apportés par la déclaration universelle des droits de l’Homme, conduit à occulter ses aspects les plus sombres dont le vandalisme fait partie (photo introductive : un éléphant, gargouille de Notre Dame de Paris).

Alexandre Lenoir s’interposant vainement contre la fureur des terroristes détruisant les tombeaux des rois capétiens à la basilique de Saint Denis

Une fois encore, il n’est pas dans la vocation de l’auteur virtuel de donner un cours d’histoire. Il existe de très nombreux articles et livres sur cette folie destructrice qui s’est emparée des révolutionnaires en l’an II de la Révolution française. Et pour une fois, « le crime » ne peut être mis à l’actif des Montagnards qui ont plutôt recherché à protéger le patrimoine national en créant des musées, sauvant des collections, protégeant des biens mobiliers et des monuments d’une fureur populaire organisée à l’origine pour rapidement tombée dans le pillage et les rapines.

Eglise Notre Dame de Dijon privée de statues depuis leur destruction sous la Révolution

Pour comprendre cette affaire de vandalisme sous la Révolution française, il faut bien distinguer entre ce qui relève de la nationalisation des biens du clergé et de la noblesse, et ce qui fut l’organisation systématique de la destruction d’un monde ancien appelé à entièrement disparaître. En cela il n’y a aucune différence entre la Révolution française et l’Etat islamique,  le monde chrétien ayant fait la même chose avec les temples païens sous l’empire romain. Byzance ou les Protestants ont tout aussi été épris à certaines époques de fureur iconoclaste, de même que, plus proches dans le temps,  les Soviétiques ou les Turcs ont systématiquement détruit, pillé et vandalisé les églises orthodoxes ou arméniennes.

Blason détruit au marteau sous la Révolution

On peut donc regretter ce qui se passe au Moyen-Orient, mais on ne peut s’en étonner. Il y a une erreur profonde d’analyse s’agissant de l’Etat islamique. Ceux-ci ne sont pas des « terroristes » mais des « révolutionnaires », ou plus exactement des terroristes devenus révolutionnaires dont l’objectif de créer un Khalifat mondial doit être pris au sérieux.

Abbaye du Lys, Dammarie-lès-Lys (77), fondée par Blanche de Castille, démantelée sous la Révolution

Ruines de l’abbaye du Lys détruite sous la Révolution

Les dirigeants de l’Etat islamique ne sont pas fondamentalement différents des révolutionnaires  sans-culottes de l’an II, des Bolcheviks de 1917,  des sections d’assaut nazis avant 1933 ou des gardiens de la révolution iranienne en 1979. Leur terrorisme est destiné à assurer la prise du pouvoir sur tout le Moyen-Orient et à transformer le monde selon leur propre échelle des valeurs humaines, en utilisant la violence et la peur pour obtenir la soumission des masses sunnites et repousser les Chiites hors de l’Arabie dont on oublie toujours que c’est un véritable sous-continent principalement constitué de zones désertiques favorables à la conquête par des razzias.

Château des Tuileries volontairement  incendié par les Communards, 1871

Et comme toute organisation révolutionnaire, les buts ne sont pas à court terme mais à moyen et long terme. Il ne s’agit pas de conquérir simplement Damas ou Bagdad, mais bien plus probablement de renverser la famille régnante des Saoud, s’emparer de La Mecque, qui était déjà le but de Ben Laden, sans oublier, à un moment ou à un autre, Jérusalem.

C’est pourquoi présenter la destruction des sites archéologiques du Moyen-Orient comme de la simple fureur ou du pillage par des « barbares » est un formidable contre-sens. Ce vandalisme est l’expression la plus visible de la volonté de faire table rase du passé et d’instaurer un nouvel ordre islamique mondial, tout comme voici plus de deux cents ans, le vandalisme de l’an II était destiné à effacer toutes traces du millénaire capétien, ou celui des Bolcheviks à balayer l’emprise de la religion orthodoxe sur les cœurs et les esprits.

Palais d’Orsay volontairement  incendié par les Communards, 1871

Et comme toujours dans les guerres et les conflits de nature révolutionnaire, ne pas prendre au sérieux cet ardeur révolutionnaire est la pire erreur qui puisse être commise par les tenants du statu quo, ces conservateurs d’un monde pourtant continuellement appelé à évoluer. C’est ainsi que la coalition des monarchies européennes dut se replier après Valmy, tout comme les expéditions étrangères renoncèrent à soutenir les armées Blanches dans la guerre civile russe entre 1919 et 1922. Et aujourd’hui, il n’est pas illégitime de se demander, les mêmes causes ayant les mêmes effets, si les atermoiements occidentaux, principalement américains, ne conduiront pas au même résultat.

Il était une fois le château de Saint Cloud…

De toute façon, même si les méthodes impitoyables utilisées par l’Etat islamique sont condamnables en soi, cessons de faire l’autruche, arrêtons d’être ridicules en imaginant que la guerre se fait toujours en dentelle, ce que signifie ce concept modernisé de « guerre zéro mort », et regardons le monde tel qu’il est et non comme nous voudrions qu’il fut dans nos rêves occidentaux. Alors cet Etat islamique n’est pas composé de pouilleux terroristes mais de révolutionnaires, ce qui revient à considérer en matière de réflexion stratégique que le scénario du pire n’est pas forcément une simple ligne d’horizon, mais une possibilité à plus ou moins brève échéance.

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… et  sa destruction par le feu en 1871

D’ailleurs, quand nous voyons les populations civiles fuir devant l’avancée des troupes de l’Etat islamique, quand nous assistons à la destruction des sites archéologiques, pour qui est-il vraiment trop tard, si ce n’est pour nos droits humains, nos devoirs humanitaires et notre part d’humanité ?

L’abbaye de Jumièges, autre victime de la Révolution, surnommée « la plus belle ruine de France »

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