Régénération en forêt d’Ecouen

Photographie prise par l’auteur virtuel, vers midi, le samedi 2 mai 2006, en forêt d’Ecouen à proximité du château abritant le musée de la Renaissance qui n’ouvre pas entre midi et quatorze heures, pour laisser le temps de faire un tour en une forêt peuplée d’arbres remarquables, tous plus ébahissant les uns que les autres, quand ils ne tombent pas au champ d’honneur d’une longévité honorable se comptant en siècles.

Ce château fut la propriété du connétable Anne de Montmorency qui longtemps l’embellit pour le mettre en symbiose avec la plaine de France qu’il domine. Ne demandez pas à vos enfants ou petits-enfants qui est cette personne, au mieux, ils n’en ont aucune idée. Cela leur évite de répondre qu’il s’agirait d’une femme, connaissance de table créchant à Montmorency.

La probabilité de répondre qu’il fut le plus proche compagnon d’armes de François 1er est en revanche épsilonesque: maréchal en 1522, maître d’armes devenu connétable en 1538, il est alors considéré comme une sorte de second personnage de l’Etat auprès des souverains François 1er puis Henri II, tombant en disgrâce sous François II, pour retrouver une place de premier rang lors de la régence de Catherine de Médicis jusqu’au 10 novembre 1567, quand il est mortellement blessé, à soixante-quatorze ans, en affrontant à la tête des troupes catholiques sur la plaine de Saint-Denis, les Huguenots menés par le prince Louis de Condé.

Mourir au combat à 74 ans est d’autant moins banal, surtout dans les circonstances de la bataille : l’armée royale enfermée dans Paris avec les Huguenots sous les murs encerclant la capitale, les habitants redoutaient l’hiver et la famine à venir, décidant le connétable à sortir de la ville pour chercher victoire en la plaine Saint-Denis où campait les troupes huguenotes. Se doutait-il que la mort l’attendait ? Fort possible quand on a l’expérience de soixante ans de combat, une vie de violences basculant dans les horreurs des guerres de religion qui culmineront cinq plus tard lors des massacres de la Saint-Barthélémy, en 1572.

Le tombeau érigé à sa gloire en la collégiale Saint-Martin de Montmorency sera détruit à la Révolution. Un monument du coeur du connétable sera aussi élevé en la seconde nécropole royale au couvent des Célestins de Paris dans la chapelle d’Orléans à côté de son roi Henri II ainsi qu’à proximité de la tombe du roi latin Léon V d’Arménie.

Profané sous la Révolution française, le couvent sera supprimé en 1790 pour être transformé en dépôt de bois. De démolitions n transformations pendant deux siècles, devenus caserne de la Garde républicaine à la fin du dix-neuvième siècle, les vestiges du couvent disparaissent avec le percement du boulevard Henri IV, le monument du cour du connétable ayant entre-temps été transporté au Louvre où il demeure pour le moment.

Mais, au fait, que vient faire Léon V d’Arménie à Ecouen ? Pas grand-chose à notre connaissance, si ce n’est que sa tombe a trouvé refuge dans la nécropole royale des Célestins de Paris, à côté de du coeur d’Anne de Montmorency, embarqué dans les mêmes mésaventures post-mortem que le connétable, vie brève et fort mouvementée comme souvent en Arménie, des liens de famille à rechercher du côté de l’Anjou, terre fertile en alliances dynastiques, et bien plus que l’Armorique, l’Arménie résiste encore et toujours aux envahisseurs de toutes sortes depuis deux millénaires : en fait, l’Arménie est tout sauf un pays de bohème pour visiteurs d’un jour en goguette, on y joue plus du canon en batteries que du piano et de la batterie.

Arrivée devant la façade occidentale du château d’Ecouen en provenance de la forêt.

Visite au pas de charge, surveillée par un oiseau mécanique

Trois heures en forêt, résumées en seize secondes chrono, visite manquée à Anne de Montmorency au musée national de la Renaissance, fermé entre midi et quatorze heures, ce qui ne l’empêche pas de recevoir 120.000 visiteurs par an, vue magnifique sur la plaine de France, permettant d’assister à un tournoi qui n’est pas une joute.

Bouquets éternels

Contrairement à ce que peut imaginer un chanteur confronté aux rigueurs de l’hiver arménien, il n’ est pas plus facile de vivre au soleil, surtout lorsque celui-ci est implacable. On peut se protéger du froid, un igloo fait l’ affaire, et l’ eau qui dévale des montagnes  peut faire l’affaire : impossible au soleil, demandez aux os qui jonchent les pistes qui traversent les déserts, ils en connaissent la rude loi.

En revanche, tout est plus facile lorsque la nature s’ occupe de tout, y compris lorsqu’ elle laisse le jardinier céleste entretenir chaque jour qui passe, des bouquets offerts à la vitalité amoureuse des pluies et des astres ombrés sous les nuages qui passent de jour comme de nuit, nous rappelant qu’au petit jeu de la pelle, du râteau et des seaux, rien ne sert de courir, il faut laisser la nature faire son oeuvre toute l’année, qu’ il pleuve, qu’ il vente ou même qu’ il neige.

Les hommes passent, la nature demeure. Poussières nous sommes, poussière nous restons, sans regrets, au seul souvenir des bouquets éternels.


L’homme a beau faire, les siècles veillent à ce que la nature demeure plus ou moins telle quelle, dans l’ ordre et le désordre des choses.

Pouvais-je lui dire non ? Omaha / Perpétuité 6

« le 22 mars dernier, ayant vu sur le site consacré au résistant Pierre Brossolette qui, pour échapper aux tortures de la Gestapo et ne pas trahir ses compagnons d’armes, réussit à se jeter d’une fenêtre et mourir en s’écrasant au sol le 22 mars 1944, nous avons lu la merveilleuse lettre du général de Gaulle adressée le 14 mars 1945 à la veuve de Pierre Brossolette pour témoigner de l’immense perte que fut celle de l’ organisateur du Conseil national de la Résistance qu’ il installa dans l’hexagone en 1943.

Nous ne connaissons rien de plus émouvant que la dernière phrase du témoignage du général, une phrase qui doit aller au coeur de tous Vivants sur la terre de France et du monde entier d’ailleurs, un pays qui depuis des millénaires, ne cesse d’accueillir, année par année, des milliers et millions d’êtres humains, peu importe d’où qu’ils viennent, peu importe qui ils sont, ce qu’ils croient, comment ils boivent et ce qu: ils mangent, tous appelés à aimer et chérir notre terre éternelle, éprise des dieux de l’ Olympe, unique en elle-même par les élans de fraternité qu’elle inculque à tout être humain y venant à pied, à cheval, en voiture, par bateau, aéronef ou aéromobile, sous le sceau de l’ amour et de la liberté des hommes. »

« Cette phrase est donc la suivante :

Du moins son exemple et ses idées nous restent dans la dure tâche qui est la nôtre au service du pays et de la liberté des hommes.

Être au service du pays et de la liberté des hommes, ne demande rien d’autre que du courage, encore du courage et toujours du courage, fortis, fortis, fortis.

« Demeurons fidèles à ceux qui nous ont précédés dans l’horreur des guerres des siècles précédents, au cours desquelles d’innombrables soldats et personnes de tous âges ont perdu la vie, que leur souvenir se perpétue de jour en jour, jusqu’à se préparer à vivre sur Mars si la situation, un jour prochain ou lointain, le nécessitait, au nom de la France libre, fraternelle, destinée à  préserver et perpétuer la liberté des hommes ».

Tel fut le discours préparé par Jonathan Livingstone, cent-et-un ans et des poussières, lu pour la terre entière avant d’entrer dans le vaisseau spatial Fortis One, à destination de la planète Mars en vue de l’atteindre le 6 juin 2044, à six heures du matin au lieu-dit Omaha, Terra Incognita.

É Orietur Odysseum Scriptum Spatium 1

L’odyssée de la terre ferme

Observant le soleil perché dans le ciel qui maintenant s’échappait au lointain  pour quitter la terre ferme et plonger dans l’océan, il revint à Morphy le souvenir ancien d’un cours d’histoire sur la république de Venise consacré aux « Domini di Terraferma ».

Ces « domaines de la Terre ferme » étaient les territoires continentaux appelés aussi « État de la terre », regroupant les cités de Bergame, Vérone, Padoue, Brescia et encore Udine et Trévise.

L’ogre qui n’était pas encore napoléonien et la monarchie impériale titubante des Habsbourg en avaient pris possession à la chute de Venise en 1797, en même temps que la cité des Doges perdait « l’État de la Mer », le chapelet d’ îles et ports qui de l’Istrie et la Dalmatie jusque Corfou et les Îles Ioniennes conférait à Venise son statut désormais déchu de puissance Méditerranéenne.

Que ce soient les États ou les hommes, nous ne sommes pas appelés à durer longtemps au regard des treize milliards d’ années d’existence de la terre, songea Morphy, alors que l’une de ses petites filles, entre terre et mer resplendissait aux derniers rayons du soleil couchant. Elle, devrait passer le cap du prochain siècle ce qui ne sera pas donné à tout le monde pensa-t-il sans tristesse aucune.

La mort n’ attend jamais longtemps, et elle peut compter sur la folie des hommes pour l’aider un tant soit peu.

Le projet d’embarquer pour vivre sur Mars, lui parut alors en cet instant encore plus comme le seul chemin raisonnable à emprunter, autant mourir à l’assaut de l’ impossible, dans les interstices de la fragmentation misérabilissime de l’ espace-temps, un voyage digne de Gulliver.

Aux dernières nouvelles, le premier amarissage était prévu pour le 6 juin 2044, histoire de fêter dignement le centenaire du célèbre débarquement en Normandie. Et certains de ses petits-enfants allaient être de la vaillante expédition, pour être alors âgés de trente ans ou moins.

L’embarquement pour Mars