Tueurs de vieilles dames

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Ces temps-ci, l’administration ne sait plus où donner de la tête pour rendre la vie des Français plus difficile, hors des sentiers battus des déclarations symboliques pour ne pas dire surréalistes sur le numérique, qui ressemblent à celles de nos généraux en 1940 après la percée de Sedan et l’effondrement de la ligne Maginot. Pour reprendre un vers de Benjamin Fondane, Voici venir le temps prodigieux des fous.

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Obtenir une « carte grise » appelée dans le jargon administratif « certificat d’immatriculation » relève de la loterie depuis que l’administration a décidé que cette démarche devait se faire en ligne, car il n’est plus question d’ennuyer le fonctionnaire dévoué derrière le guichet d’accueil. De toute façon, il a été supprimé physiquement, le voici virtuel au bout du clavier. L’ennui, c’est le bug qui encarafe 100.000 demandes sans espoir proche de les satisfaire. Mais qu’est-ce pour nous mon coeur, que cent mille demandes dans la nature quand on en traite des millions par an ? Rien ou presque rien, répond une administration qui a survécu au vert-de-gris des années 40 en distribuant des cartes d’alimentation sans le numérique, et en faisant preuve d’un zèle redoutable en matière de gestion de fichiers épouvantables, toujours sans le numérique. Comme quoi, paradoxalement, avec le numérique, le savoir-faire ancestral qui forge les réputations les moins usurpées, se perd.

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Egarer ses papiers pour une vieille dame de 80 ans tourne désormais au drame kafkaïen. Un rhinocéros bureaucratique cache l’autre. Imaginez que votre femme, votre mère ou grand-mère perde son portefeuille avec à l’intérieur la carte d’identité, le permis de conduire, la carte grise, la carte vitale et la carte bancaire. Ce sont des choses qui arrivent, figurez-vous, Messieurs les scélérateurs, accélérateurs d’avenir radieux ! Pour la carte bancaire, pas de problèmes, elle va au guichet de la banque, sa demande est traitée le jour même et dans les jours qui suivent, la vieille dame reçoit une nouvelle carte avec le même code secret, ce qui lui permet de faire son marché sans que sa mémoire soit affectée par une nouvelle tétralogie de chiffres bizarres dignes d’une énigme destinée à feu Champollion. Car il en va de la survie du banquier qui n’est pas connu pour faire preuve d’empathie monétaire.

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En revanche, du côté de l’assurance-maladie, les ennuis sérieux surviennent quand au guichet, il est répondu à la vieille dame tremblante qu’il n’est pas possible de refaire sa carte vitale sans carte d’identité originale, une copie ne suffisant pas, et qu’il lui faudra revenir quand elle aura retrouvé ou refait sa carte d’identité, ce qui suppose pour commencer de faire une demande d’acte de naissance, CQFD. Et peu importe que cette vieille dame soit née avant la création de la sécurité sociale, qu’elle dispose d’un identifiant national donné au jour de création du numéro individuel d’immatriculation de l’INSEE et généralisé plus tard à l’ensemble de la population, ou qu’elle soit affiliée, année après année, à l’assurance maladie depuis la naissance du régime, et encore qu’elle soit en mesure de présenter des feuilles de remboursement sur des décennies, car dura lex sed lex, pas de carte d’identité, pas de refonte de carte vitale. Et l’infirmière qui vient la visiter chaque jour avec son système de paiement obligatoire par carte vitale, prendra son mal en patience pour être payée : plus de numéraire, plus de chèque pour le règlement des honoraires de soins infirmiers, c’est la loi de la sécu, le monde est en haut débit pourvu qu’il y ait une minuscule puce dans la carte !

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Le chemin de croix de la vieille dame se poursuit alors à la préfecture qui a inventé pour le bien être du public, l’étrange notion inénarrable du refus initial d’accueil. Pour toute demande de carte d’identité ou de manière générale de papiers, il faut passer par la case départ  d’une demande de rendez-vous par internet et nul ne peut s’y soustraire : point de demande sur internet, point de rendez-vous, débrouillez-vous vieilles canailles ! Peu importe votre âge, votre lignage dans l’internet, vos facilités d’usage du langage administratif, vos capacités de débroussaillage des formulaires, le monde appartient désormais à la race binaire des enclumes du numérique, dont le seul mérite est d’être nés avec les codes virtuels d’un univers de désolation, sans consolation possible pour ceux qui ne se soumettent pas aux ordres du proxy-net.

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Pâquerette, mange ton chapeau !

Lorsqu’un député s’enquiert à juste titre des difficultés que rencontrent les personnes âgées du fait de la généralisation d’internet dans les démarches administratives, l’administration réputée désormais « bienveillante » répond que les personnes âgées touchées par la fracture numérique (sic)  peuvent compter sur le PPNG et les MSAP (sic-sic) pour que les personnes âgées les plus éloignées du numérique (resic) disposent de points numériques (re-resic) offrant un accès simple aux télé-procédures et à un serveur vocal interactif (re-re-resic). Voir la réponse à la question parlementaire n°1 de la nouvelle législature, quinzième du nom sous la Vème république :  http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-1QE.htm

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Rhinocéros est une oeuvre d’Eugène Ionesco,  inspirée de la Métamorphose de Kafka, dans laquelle des villageois choisissent de tomber malades de la « rhinocérite » et deviennent irrémédiablement des rhinocéros, un peu comme les lubies choisies du technocratisme conduisent à l’implacable folie numérique.

L’administration trouve tout à fait logique d’empêcher désormais des millions de personnes de faire leurs démarches obligatoires en toute innocence. Elles doivent souffrir dans leur chair et en esprit, culpabilisées de leur incapacité à affronter l’hydre numérique de la bureaucratie quotidienne. Et personne ne s’insurge de cette offense cruelle faite à la dignité de la vie humaine dès lors que le robot tchatcheur console la vieille dame clouée au lit numérique ! Car transformer ces millions de personnes qui ont consacré leur vie au travail, à l’éducation de leurs enfants et à l’enrichissement de la nation en nouveaux assistés involontaires, c’est là le véritable naufrage de ce totalitarisme de bazar qui sacrifie la dignité intellectuelle de générations entières désormais âgées et de personnes fragiles ou handicapées, au nom d’une prétendue efficacité reposant sur des discours technocratiques admiratifs des supposés bienfaits numériques que personne n’a jamais évalués ou mesurés.Car en univers administratif, il suffit de déclarer que tout va bien pour que tout aille mieux et que rien n’aille plus.

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Ceci n’est pas un jouet, mais le robotraptor  de l’administration à l’âge d’or du numérique

Dans ce nouvel univers totalitaire qui exclut par nature ceux qui n’appartiennent pas à la caste binaire, voici revenir le temps des assassins, déguisés cette fois en virtuoses du numérique. Ces derniers n’ont rien de virtuels quand ils condamnent les vieilles dames à errer sans fin dans la solitude glaciale des administrations sans visage, avec, tapis dans l’ombre bureaucratique, les poireaux encrapulés de la place du marché, qui profitent de l’ignorance du plus grand nombre pour des offres de service pas très « net ».  Il est à espérer cependant, que ces nouveaux tueurs de vieilles dames terminent comme dans la comédie britannique « Tueurs de dames« , Ladykillers, où une bande de malfrats se prétendant musiciens, après avoir réussi une attaque à main armée, tente d’éliminer leur hôtesse, une vieille dame émouvante de gentillesse et rouerie, qui non seulement réchappe de leurs tentatives de meurtre mais réussit à se débarrasser des gangsters avec l’aide de la providence.

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Le « remake » des frères Coen avec Tom Hanks, n’est pas à la hauteur du film original de 1955 où sévissaient Sir Alec Guiness et Pete Sellers, ce dernier futur inspecteur Clouzeau de la Panthères rose

Et bien, pour le bien être de toutes les vieilles dames, de leurs familles et de leurs proches, il faut espérer que la providence s’en mêle, et que cesse cette prétention des nouveaux obséquieux à vouloir imposer cette vieille lune que le numérique est un merveilleux monde dans le meilleur des mondes. Le numérique n’est qu’un misérable outil en rien différent d’une pelle de fossoyeur ou d’un socle de charrue, et il n’est pas la vie. La vie, la vraie vie, c’est celle de la vieille dame qui a le droit au respect et à la dignité, comme, par exemple, un accueil physique dans une administration, surtout si cette vieille dame est atteinte de troubles sévères de la mémoire, au point de ne plus trop faire la différence entre une carte bancaire, une carte vitale ou une carte d’identité. Sinon, la « bienveillance » n’e sera qu’une truffe adorée des tartufes du numérique.

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Voici venir le temps prodigieux des fous… du numérique