Pouvais-je lui dire non ? Omaha / Perpétuité 6

« le 22 mars dernier, ayant vu sur le site consacré au résistant Pierre Brossolette qui, pour échapper aux tortures de la Gestapo et ne pas trahir ses compagnons d’armes, réussit à se jeter d’une fenêtre et mourir en s’écrasant au sol le 22 mars 1944, nous avons lu la merveilleuse lettre du général de Gaulle adressée le 14 mars 1945 à la veuve de Pierre Brossolette pour témoigner de l’immense perte que fut celle de l’ organisateur du Conseil national de la Résistance qu’ il installa dans l’hexagone en 1943.

Nous ne connaissons rien de plus émouvant que la dernière phrase du témoignage du général, une phrase qui doit aller au coeur de tous Vivants sur la terre de France et du monde entier d’ailleurs, un pays qui depuis des millénaires, ne cesse d’accueillir, année par année, des milliers et millions d’êtres humains, peu importe d’où qu’ils viennent, peu importe qui ils sont, ce qu’ils croient, comment ils boivent et ce qu: ils mangent, tous appelés à aimer et chérir notre terre éternelle, éprise des dieux de l’ Olympe, unique en elle-même par les élans de fraternité qu’elle inculque à tout être humain y venant à pied, à cheval, en voiture, par bateau, aéronef ou aéromobile, sous le sceau de l’ amour et de la liberté des hommes. »

« Cette phrase est donc la suivante :

Du moins son exemple et ses idées nous restent dans la dure tâche qui est la nôtre au service du pays et de la liberté des hommes.

Être au service du pays et de la liberté des hommes, ne demande rien d’autre que du courage, encore du courage et toujours du courage, fortis, fortis, fortis.

« Demeurons fidèles à ceux qui nous ont précédés dans l’horreur des guerres des siècles précédents, au cours desquelles d’innombrables soldats et personnes de tous âges ont perdu la vie, que leur souvenir se perpétue de jour en jour, jusqu’à se préparer à vivre sur Mars si la situation, un jour prochain ou lointain, le nécessitait, au nom de la France libre, fraternelle, destinée à  préserver et perpétuer la liberté des hommes ».

Tel fut le discours préparé par Jonathan Livingstone, cent-et-un ans et des poussières, lu pour la terre entière avant d’entrer dans le vaisseau spatial Fortis One, à destination de la planète Mars en vue de l’atteindre le 6 juin 2044, à six heures du matin au lieu-dit Omaha, Terra Incognita.

É Orietur Odysseum Scriptum Spatium 1

Homo Fortis vs Homo Criminalis, Mustang Alicorne, Perpétuité 5

Ayant déposé le livre sur la banquette arrière de l’aéromobile piloté par Human Fortis qui appartenait à l’agrégation des Minotaures, Lonely Korps chercha à s’endormir, après avoir balancé six étoiles sur le réseau social planétaire EHF destiné aux agrégés rassemblés pour concourir à la sélection de la troupe d’élite des marsouins appelés à marcher et vivre sur la planète Mars.

Il songea que le livre noté, Homo Criminalis de Mark Galeotti, méritait sans doute une meilleure note mais six étoiles sur une échelle de huit, correspondait à l’obligation pour les élèves de parcourir le livre sélectionné pour les examens émotionnels à venir en fin de printemps, toute question posée sur ce livre ayant un caractère éliminatoire.

Après avoir décollé du refuge de Fonts de Cervières, l’aéromobile  avait pris la destination de la Normandie, en vol nocturne pour le champ de bataille de Sainte-Opportune du Bosc.

Plusieurs haltes étaient prévues tout au long d’un parcours qui en temps normal, n’exigeait pas plus d’une heure de vol. Mais avec tous les détours prévus, la nuit appartiendrait à boucler l’itinéraire enregistré par le Poutre du sable qui dormait aux commandes, le tableau de bord visionnant pendant tout ce temps, des reportages en temps réel.

Un quartier de lune pointait dans le ciel qui rappelait que le chemin prévu pour débarquer sur Mars était encore long d’ici l’aube du 6 juin 2044, date du centenaire du Jour le plus long, rien de bien terrible cependant, juste quelques ajustements et des affaires à régler dont ces histoires sensorielles de disparitions et de cercueils qui agitaient le microcosme des desperados journalistiques.

Mais pour une fois, il s’agissait bien de nouvelles sans queue ni tête.

Un aéromobile chevaleresque de marque Mustang Alicorne, prenant son envol à Paris via Terra incognita.

Justement, aux Grandes lucarnes, la Chouette Charlotte Deshayes dite RTT, dont le métier était de pourchasser cafards et termites sur l’isthme de la Terre entière, passait en direct sur une chaîne publique d’informations en continu pour relater les derniers événements concernant l’affaire des seize cercueils volants, devenue celle des dix-huit cercueils désormais, et autant de disparition d’enfants.

Le plateau des bavards constitué pour l’occasion, ne manquait pas de charme autour de Roule-tes-tétons, avec en esplanade, un adjudant-chef de gendarmerie et un commissaire des Orfèvres destinés à commenter les derniers événements, l’un Corse, dit Corsica Feria, l’autre aussi improbable que le retour de Rouletabille portant des lunettes noires et une tenue de catcheur.

Car, il faut bien l’avouer, question disparitions et cercueils, la situation prêtait à confusion. Il était difficile pour le grand public de s’y retrouver, tout comme dans une précédente affaire, celle dite des Chimpanzés de l’Elysée où avait déjà sévi Olibrius tandis que Lucciani et Galibier oeuvraient à l’époque à la surveillance des lieux glorieux, en gardiens très républicains, tout autant à cheval sur le respect des horaires que du foin et du crottin, bougres de corne de bouc.

Route du cavalier républicain de service à l’Elysée, JEM Chess and Mat.

Jardin électrique

Le parc Serpollet situé au nord-ouest de la butte Montmartre doit son existence aux  descendants de Léon Serpollet, ingénieur, pionnier de l’industrie automobile électrique, qui avait implanté usines et circuit d’ essai aux Cloys à Montmartre.

Sa famille légua plus tard les terrains à la ville de Paris qui transforma le bâti pour construire des immeubles, conservant une part du non-bâti pour y implanter un jardin public sans cesse embelli.

Merci à Léon Serpollet et sa famille

Et c’ est ainsi désormais, que circulent les voitures dans Paris, prenant leur envol en direction de la planète Mars.

Et Odysseus…

L’odyssée de la terre ferme

Observant le soleil perché dans le ciel qui maintenant s’échappait au lointain  pour quitter la terre ferme et plonger dans l’océan, il revint à Morphy le souvenir ancien d’un cours d’histoire sur la république de Venise consacré aux « Domini di Terraferma ».

Ces « domaines de la Terre ferme » étaient les territoires continentaux appelés aussi « État de la terre », regroupant les cités de Bergame, Vérone, Padoue, Brescia et encore Udine et Trévise.

L’ogre qui n’était pas encore napoléonien et la monarchie impériale titubante des Habsbourg en avaient pris possession à la chute de Venise en 1797, en même temps que la cité des Doges perdait « l’État de la Mer », le chapelet d’ îles et ports qui de l’Istrie et la Dalmatie jusque Corfou et les Îles Ioniennes conférait à Venise son statut désormais déchu de puissance Méditerranéenne.

Que ce soient les États ou les hommes, nous ne sommes pas appelés à durer longtemps au regard des treize milliards d’ années d’existence de la terre, songea Morphy, alors que l’une de ses petites filles, entre terre et mer resplendissait aux derniers rayons du soleil couchant. Elle, devrait passer le cap du prochain siècle ce qui ne sera pas donné à tout le monde pensa-t-il sans tristesse aucune.

La mort n’ attend jamais longtemps, et elle peut compter sur la folie des hommes pour l’aider un tant soit peu.

Le projet d’embarquer pour vivre sur Mars, lui parut alors en cet instant encore plus comme le seul chemin raisonnable à emprunter, autant mourir à l’assaut de l’ impossible, dans les interstices de la fragmentation misérabilissime de l’ espace-temps, un voyage digne de Gulliver.

Aux dernières nouvelles, le premier amarissage était prévu pour le 6 juin 2044, histoire de fêter dignement le centenaire du célèbre débarquement en Normandie. Et certains de ses petits-enfants allaient être de la vaillante expédition, pour être alors âgés de trente ans ou moins.

L’embarquement pour Mars