Guerre raciale en Amérique : The Dark Fourth of July

Jack Johnson, the first African-American heavy weight champion.
Chaque année, les Américains célèbrent leur fête nationale le 4 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’indépendance envers l’Angleterre, adoptée le 4 juillet 1776 par treize des quatorze Etats du Congrès continental, l’Etat de New York s’abstenant. Si cette déclaration donne une portée universelle aux libertés individuelles en proclamant que « Tous les hommes sont créés égaux« , cette affirmation ne concernait alors que les hommes blancs : la question de la traite des Noirs et de l’esclavage est passée sous silence pour ne pas soulever l’hostilité des Etats du sud, une ambiguïté qui ne trouvera sa résolution que près d’un siècle plus tard à l’issue de la guerre de Sécession qui voit les Etats fédérés du Nord l’emporter sur les Etats confédérés du Sud.

Histoire de la Guerre de Sécession aux États-Unis 1861-1865, Reclus, Élisée, http://catalogues-bu.univ-lemans.fr/flora_umaine/jsp/index_view_direct_anonymous.jsp?PPN=181781085

Certes, Dans son célèbre discours I have a dream, Martin Luther King fait référence à cette déclaration d’indépendance, ce qui peut justifier aujourd’hui que les Noirs américains s’invitent à célébrer un événement dont ils furent exclus à l’origine.

Martin Luther King’s ‘I have a dream’ speech (1963)

Rassemblement du 28 août 1963 au Lincoln Memorial de Washington où Martin Luther King délivra son discours : « I have a dream… »

Il n’empêche qu’une compétition sportive intervenue voilà plus de cent ans témoigne aujourd’hui encore de toute  les difficultés que la nation américaine rencontre pour surmonter les divisions raciales issues de l’histoire de l’esclavage. Il s’agit du combat de boxe organisée le 4 juillet 1910 entre deux Américains Jim Jeffries et Jack Johnson : ce dernier remettait en jeu sa ceinture de champion du monde des poids lourds obtenue en 1908  face à un certain Burns devant vingt mille spectateurs à Sydney en Australie où le match avait été organisé, loin du continent américain « chauffé à blanc ».

Jack Johnson vs. Tommy Burns fight film poster

Ce match organisé le 4 Juillet 1910 n’a rien d’ordinaire : pour le plus grand nombre d’hommes blancs américains, il s’agit de laver un camouflet, celui d’avoir vu deux ans plus tôt, pour la première fois dans l’histoire du sport, un homme noir, fils d’esclaves, devenir champion du monde de la catégorie la plus élevée de la boxe, d’être en quelque sorte l’homme le plus fort du monde. Le lieu retenu pour le combat est tout un symbole. Il s’agit de Reno dans le Nevada, alors une petite ville loin des grandes foules urbaines où l’on craignait des désordres raciaux à l’issue du combat. Ce fut d’ailleurs l’un des dernier combats de Johnson aux Etats-Unis, qui pour avoir gagné avec panache devint l’homme à abattre à tout prix.

“I’m black… They never let me forget it. I’m black alright… I’ll never let them forget it.” — Jack Johnson, the first black Heavyweight Champion of the World (1878-1946) (via)

Que le champion du monde de la catégorie reine soit noir était tout simplement impensable, surtout lorsque l’individu fit alors preuve d’une insolence incroyable au regard de ses origines. Pour nombre de ses compatriotes blancs, il n’était qu’un provocateur s’affichant au volant de luxueuses voitures ou au bras de jeunes femmes blanches, aimant sortir et multipliant des déclarations considérées comme arrogantes, à mille lieues du comportement attendu d’un Noir issu d’une famille d’anciens esclaves du Sud ségrégationniste.

The First African American Heavyweight Boxing Champion, Jack Johnson.

Pour nous qui sommes aujourd’hui habitués aux frasques des champions et qui trouverions très étrange que le champion du monde des poids lourds ne soient pas un américain noir, l’attitude de Jack Johnson n’a rien de scandaleuse, il est simplement le premier d’une longue liste de grands champions tels que Joe Louis, Sugar Ray Robinson, Cassius Clay, Mike Tyson ou aujourd’hui Evander Holyfield.

The Greatest of All Time!! Joe Louis, Muhammad Ali and Sugar Ray Robinson

Muhammad Ali, Sugar Ray Robinson and Joe Louis

Il n’empêche que dans la perspective de ce combat du 4 Juillet 1910, les déclarations racistes se multiplièrent comme en témoigne cette affiche incroyable où le jour de fête nationale est évoqué comme pouvant être sombre (dark) si la victoire était emportée par Jack Johnson dont le visage « noir » éclipserait celui « blanc » de son challenger Jim Jeffries. Ces manifestations de racisme ne changèrent rien au résultat, et à la fin, ce fut Jeffries qui alla au tapis.

Can anyone imagine referring to fight involving a black fighter today as "dark day?" That's what Jack Johnson had to endure in 1910 when he defended against former champ Jim Jeffries.  boxinghalloffame.com

Son titre de champion du monde confirmé, les ennuis de Johnson redoublèrent. Il fut accusé de fréquenter des prostituées et de divers délits, puis condamné sur la base de témoignages imaginaires, l’obligeant à fuir le territoire américain en se dissimulant au sein d’une équipe de base-ball se rendant au Canada pour passer la frontière.

Lot 92  The Mirror of Life, 1910. Small group with three Jack Johnson covers.  Estimate $80-120  Boxing History - The John Roberts Collection, Part I - Sale 8069 - Lot 92 - Lawsons - Auctioneers, Sydney and Melbourne

Il s’exila alors à Paris où la vie était d’autant plus supportable que Johnson possédait d’innombrables talents pour multiplier ses sources de revenus. Il savait chanter, danse, jouer de la musique, devenant acteur à l’occasion, multipliant des documentaires qui furent interdits aux Etats-Unis : son pays natal alla jusqu’à prendre une interdiction générale de diffuser des films de combat de boxe pour éviter  de montrer des images de noirs mettant au tapis des blancs, ce qui donnait lieu à des protestations dans les cinémas de la part du public blanc.
Jack Johnson

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui ce que pouvait signifier le fait d’être le premier boxeur noir à devenir champion du monde de la catégorie des poids lourds. Tout était prétexte à jeter en prison, poursuivre, condamner, comme ci-après en 1901 alors que Johnson a déjà engagé sa carrière de boxeur.  Quand on observe la morgue des shérifs, Dieu veillait forcément sur Johnson pour que ce dernier puisse accomplir son destin en commençant d’abord par sortir vivant de cette cellule et en étant ensuite à être appelé à devenir champion du monde pour apprendre à vivre à ces prétendus hommes de loi qui ignorent tout des principes de liberté et d’égalité entre les hommes quand ceux-ci ne sont pas pas de couleur blanche.

Boxers Joe Choynski and young Jack Johnson, jailed in Texas. 1901

La rancoeur, la jalousie et la haine raciales furent d’autant plus intenses que Jack Johnson eut l’audace de se marier par trois fois avec des femmes blanches, exacerbant les commentaires dans les deux communautés noires et blanches. Sa première femme qui était dépressive, se suicida. Avant qu’il n’épousa sa deuxième femme, Johnson fut accusé d’entretenir une relation avec une prostituée et poursuivi pour avoir fait traverser les frontières entre Etats à des femmes pour des buts immoraux. Il sera condamné sur la base de témoignages achetés. Quant à sa troisième femme, Gisèle Pineau, elle déclarera plus tard que ce qu’elle admirait le plus en Johnson c’était son courage. Il n’avait peur de rien.

Jack Johnson Boxer White Women | Johnson with his first wife, Etta, who committed suicide in 1912 ...

Du courage, il en fallait non seulement par rapport aux propos et accusations racistes mais aussi pour supporter les griefs de sa communauté qui lui reprochait de dilapider ses gains. Car il est vrai que Johnson aimait la belle vie, les voitures, les voyages, les hotels luxueux. mais quand on est natif de Gavelston au Texas, troisième de neuf enfants de deux anciens esclaves, comment ne pas succomber à la tentationpour oublier tout ce qu’on a enduré et continue d’endurer ?

Lot 68  Jack Johnson, 1907 - an original photograph of Jack Johnson (Birmingham Smallwares) in civilian clothes. Signed, as originally sent to Kalgoorlie 1908.  Estimate $1,800-2,400  Boxing History - The John Roberts Collection, Part I - Sale 8069 - Lot 68 - Lawsons - Auctioneers, Sydney and Melbourne

Et pourquoi n’aurait-il pas le droit d’acheter et conduire de belles voitures quand on dispose d’argent pour le faire ? Un Noir n’aurait-il pas le droit d’être riche et de le montrer ?

Boxer Jack Johnson Driving

Au fond, Johnson ouvre la voie. Il est le premier des champions du monde de boxe d’origine afro-américaine dont les frasques ordinaires s’adressent à ses compatriotes blancs sous la forme d’un message subliminal : montez sur le ring pour m’empêcher de mener la belle vie, celle que j’entends mener tant que mes poings seront plus solides que les votres. Et même bien plus tard, comme le montre cette photo de Johnson en 1932 ayant toujours fière allure alors qu’il est âgé de 54 ans.

March 31, 1878 - Boxer Jack Johnson was born.  Boxer Jack Johnson, the first black world heavyweight champion, is shown posing in New York City in 1932 at the age of 54.  (AP Photo)

Car devenir champion du monde toutes catégories n’a pas été une sinécure. D’abord, il est resté plusieurs années simple champion du monde de boxe des « hommes de couleur », car il n’y avait pas de combat entre blancs et noirs aux Etats-Unis. Et lorsque le premier combat est organisé, c’est loin des Etats-Unis, en Australie, face à un Canadien qui perd le titre au terme d’un combat interrompu alors que Johnson mène aux points et que les esprits s’échauffent dans les tribunes, obligeant la police à intervenir.

Jack Johnson Boxer | Jack Johnson Boxer Children American boxers stanley
Mais c’est le combat du siècle de 1910 face à Jeffries qui va marquer l’histoire  non seulement de la boxe mais aussi celui de l’égalité raciale, non pas tant par le simple fait que Johnson devient le premier champion du monde noir mais en raison de l’ambiance invraisemblable autour de ce match et des événements dramatiques que le résultat engendre. Il ne devrait pourtant s’agir que d’un match entre boxeurs professionnels, mais la pression exercée sur le boxeur noir dépasse l’entendement.

Jack Johnson in training camp for his July 4th, 1912 fight with "Fireman" Jim Flynn in Las Vegas, New Mexico (?!)

Equipe d’entraînement de Jack Johnson avant le combat du siècle  

D’abord, après avoir gagné plusieurs combats depuis qu’il a conquis le titre en 1908, cette fois, il doit faire face à James Jeffries, l’ancien champion du monde invaincu que la « boxe blanche » est allée sortir de sa retraite six ans après son dernier combat en contrepartie d’un chèque correspondant à trois millions de dollars actuels. Les déclarations de Jeffries témoignent que l’ambiance autour de ce « combat du siècle » n’est pas anodine, puisque selon lui, il ne sort de sa retraite que pour prouver qu’un homme blanc est meilleur qu’un nègre.

jack johnson boxer -

Et Jack London qu’on a connu plus inspiré, affirme avant le match que Jeffries ne peut que gagner, car « l’homme blanc a trente siècles de tradition derrière lui, tous les efforts suprêmes, les inventions et les conquêtes, et qu’il le sache ou pas, Bunker Hill, Les Thermopyles, Hastings et Azincourt« , toutes victoires dont on se demande bien ce qu’elles viennent faire pour commenter un match de boxe entre deux hommes.


Les trente siècles de tradition n’y suffirent pas, et Jack Johnson expédia le match en envoyant  une première fois Jeffries au tapis dès le quatrième round puis une seconde fois avant que l’ancien champion du monde qui n’avait jamais perdu n’abandonnât au quinzième round devant un public blanc qui lui était acquis et qui avait entonné tout au long du match des chansons du répertoire raciste hostiles à Johnson et destinées à encourager leur challenger : « tue le nègre, tue le nègre« .

jack johnson boxer - Google Search
Jack Johnson n’eut guère le temps de savourer sa victoire. Le match était à peine terminé que des émeutes raciales provoquées par des Blancs se considérant comme humiliés, éclatèrent dans les grands centres urbains. En cette soirée du 4 juillet 1910, pourtant fête de déclaration de l’indépendance, on comptera pas moins de vingt morts et une centaine de blessés dans la moitié des cinquante Etats. Et si ce 4 juillet fut bien sombre, ce ne fut pas en raison de la victoire du « nègre » Johnson, mais parce q’un simple combat de boxe engendra autant de haine criminelle et de lynchage d’hommes innocents pris au hasard dans la rue.

 Boxer Jack Johnson out for a drive, Las Vegas, New MexicoDate: 1912Negative Number 087475
Jack Johnson et son staff en route pour un combat à Las Vegas en 1912

Cinq ans plus tard, en 1915, un nouveau match du siècle attend Johnson. Cette fois, à 37 ans, et alors que la première guerre mondiale restreint l’intérêt suscité par le sport, y compris la boxe, Johnson perd face à Jess Willard, K.O. au 26ème round d’un match qui devait en compter 45 (voir photo ci-après).

1915 - Jess Willard (right) wins the heavyweight championship with a knockout of Jack Johnson in round 26.

Johnson ne retrouvera jamais le titre, ce qui ne l’empêchera pas de continuer d’être considéré en exil, principalement à Paris, comme une  personnalité publique, Johnson ayant parfaitement compris que de toute façon il resterait pour toujours, le premier homme noir à avoir conquis le titre de champion du monde de boxe poids lourd en mettant K.O. des boxeurs blancs, un privilège réservé au ring et non à la rue,  qui lui permit de mener une vie hors du commun, loin de tous les préjugés raciaux.

 American boxer Jack Johnson pictured with then wife Etta Duryea.
Jack Johnson et sa femme, Etta Duryea

Le destin individuel de Jack Johnson n’a pas changé l’histoire du monde, même s’il a fait évoluer les mentalités dans le domaine du sport et plus particulièrement de la boxe. Il n’en reste pas moins qu’un siècle plus tard, l’étonnement des foules demeure lorsque des Noirs surgissent dans un sport comme c’est le cas actuellement dans le cyclisme avec la participation d’un Erythréen pour la première fois à la Grande boucle. Daniel Teklehaimonot sera même le premier coureur africain à endosser en 2015 le maillot d’un classement du tour de France.

Le chemin sera encore long avant que l’égalité raciale ne devienne une réalité, même dans le seul univers du sport où les perfomances demeurent étudiées et commentées selon la couleur de la peau alors que ce facteur est sans incidence sur le résultat. Ce n’est pas la couleur de la peau qui fait courir plus haut ou sauter plus loin, mais la pratique sportive, la physiologie et la capacité de mieux endurer la souffrance par rapport à l’adversité comme le prouve Serena Williams tous ces temps-ci au tennis, qui malgré un âge plus élevé par rapport aux autres joueuses, réussit à renverser le cours du jeu en s’appuyant sur des facultés mentales exceptionnelles qui est un don dont ses adversaires sont moins bien pourvues.


Il en allait de même pour Jack Johnson qui avait des facultés bien supérieures à ses adversaires pour encaisser les coups. Et ce qui rend ce personnage attachant, c’est justement son grand détachement par rapport au facteur racial dont il n’ignorait rien puisqu’il rappelait sans cesse en être tributaire depuis sa naissance. A la fois dépendant et redevable à sa condition de fils d’anciens esclaves, il n’eut de cesse d’y échapper, et c’est sans doute sa plus grande victoire que d’y avoir réussi, même s’il finit par en devenir la victime en se tuant dans un accident de voiture, lui qui aimait tant les automobiles.

Jack Johnson Boxer White Women | we have an 8" x 10" high quality photo of boxing legend, Jack Johnson ...

Jack Johnson à Paris, place de la Concorde

Quant à ceux qui lui reprochent de ne pas avoir assez milité pour la cause noire en épousant notamment des femmes blanches, ce sont des accusations assez ridicules, car nul homme n’est un robot. Tout être dispose d’une liberté de conscience et d’expression qui ne lui impose pas de militer s’il n’en éprouve pas la nécessité.

Jack Johnson & Robot

Match exhibition pour Jack Johnson face à un robot

Heureux ceux qui aiment le ciel et la terre au temps du Covid-19

L'espérance de vie en France - Les graphiques interprétés - Les ...

En ces jours d’interdiction des cultes, décision sans précédent depuis la Révolution française, la lecture des Evangiles demeure un point d’entrée pour comprendre le monde dans lequel nous vivons : les hommes sont le sel de la terre, la lumière du monde : « une ville ne peut se cacher, qui est sise au sommet d’un mont » (Matthieu 6, 13), encore moins quand les Césars de toutes les nations  confinent brutalement leur population dans l’improvisation, l’impréparation et l’interdiction absolutiste pour faire face à une pandémie dont on ne sait rien pour mieux l’ignorer en décisions hâtives.

L’oubli des leçons de l’histoire est le principal risque qui menace les populations et les nations lorsque dans la routine du quotidien, elles en en viennent à croire que tout serait acquis dans le meilleur des mondes se résumant à une succession insouciante de jours de paix et de tranquillité. Qu’un danger inattendu apparaisse, il devient source intarissable de peurs et d’erreurs humaines. Il ne sert pourtant à rien de s’inquiéter pour notre vie, sachant que nous valons plus que les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers… Demain s’inquiétera de lui même. A chaque jour suffit sa peine. (Matthieu 6 13, 25 et 34).

Pourquoi les médecins de la peste portaient-ils ces drôles de ...

Perte de sang-froid et folie mimétique au temps du COVID-19

Quel souvenir sur le long terme garderons-nous en définitive de l’éruption épidémique du Covid-19 de 2020 si ce n’est la perte de sang-froid et la folie mimétique qui ont emporté le monde entier dans une course aveugle pour prendre dans la précipitation des décisions  à l’emporte-pièce confrontées à un événement inattendu mais pourtant aussi prévisible à l’échelle historique que l’éruption inéluctable d’un volcan actif, le passage d’un cyclone dans les îles de la Caraïbe ou la survenue d’un tremblement de terre en zone de fracture sismique, suivi d’un tsunami.

Pour avoir oublié qu’une pandémie pouvait survenir, le prix à payer de l’impréparation sera historique, comparable aux dévastations d’une guerre, sans compter que dans les désordres qui suivront ont ne peut exclure des violences endémiques et le déchaînement de cataclysmes guerriers qui pourraient se propager à l’humanité entière. L’urgence vitale est de retrouver le sang-froid perdu dans les premiers mois de la dévastation épidémique en matière économique.

Si erreurs manifestes il y a eu, ce ne sont pas forcément le manque de masque pour les personnels soignants et la population, l’absence de tests ou de lits de réanimation dans les hôpitaux, cela n’a évidemment pas aidé à endiguer la vague et facilité le travail pour contenir l’épidémie dans les premiers temps de son déclenchement.

Quand on ne voit que le soleil qui poudroie

Ces erreurs sont d’autant mineures que le retard et les dissimulations aux premiers temps de l’épidémie survenue en Chine à une date encore ignorée un semestre plus tard, ont eu un effet domino détestable et dévastateur sur les mesures à prendre pour endiguer la vague, retardant de surcroît des décisions à l’échelle mondiale en l’absence d’informations sérieuses de la part des dirigeants communistes chinois : il est désormais certain que les premiers morts survenus en Occident au dernier trimestre de l’année 2019 sont bien antérieurs aux premières informations éparses distribuées au compte-goutte et vraisemblablement fausses s’agissant des origines premières du cataclysme en Chine.

Là où il fallait compter en jours pour la transmission d’informations épidémiologiques, la Chine a fait perdre un temps fou au monde entier en comptant en semaines et mois. Sa responsabilité est écrasante comme les dirigeants de Taïwan l’ont expliquée dès les premiers jours de la pandémie en mettant en garde l’Occident sur les mensonges flagrants et dévastateurs de la Chine. L’Occident nigaud se réveillant fort tardivement, a commis des erreurs supplémentaires en calquant ses mesures de lutte contre le virus sur celles prises en Chine, alors que rétrospectivement, plusieurs mois plus tard, nous ne savons fichtrement rien de ce qui est véritablement efficace pour mettre fin à la pandémie : le monde entier attend voir venir une deuxième vague comme s’il le demandait à Anne, ma soeur Anne lui répliquant : je ne vois que le soleil qui poudroie… (Charles Perrault, la Barbe bleue)

Pourtant là n’est pas pas forcément l’essentiel. Le comportement des communistes chinois pourrait même avoir des effets bénéfiques en révélant au monde entier son caractère d’Etat absolument totalitaire et terroriste et ses velléités d’hégémonie mondiale obligeant les Nations de bonne volonté à endiguer une menace aussi dangereuse si ce n’est plus qu’une pandémie, pour l’équilibre du monde et la liberté des hommes qui est la seule marche humaine qui compte.

Un milliard d'humains en 1800, 7 milliards aujourd'hui

Multiplication des hommes et soumission de la terre au fil des âges

En fait, la pandémie nous obliger à porter un regard lucide sur la réalité humaine au fil des âges. Notre génération en univers de mondialisation accélérée et sous l’effet des progrès scientifiques et techniques gigantesques au cours de ces deux derniers siècles , a fait preuve d’orgueil et oublié les leçons de l’histoire, non pas tant celles des pandémies que tout simplement celles de la Vie humaine depuis les Origines du monde et de de l’Humanité, retracées dans le premier récit de la création : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’esprit de Dieu planait sur les eaux…, et cela avant même que la lumière soit.

Les hommes n’ont pas toujours obéi à Dieu mais ils ont au fil des âges répondu à la bénédiction de Dieu qui leur dit : soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-là ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre… Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence: ce sera votre nourriture (la Genèse, 1. 28).

Les hommes ont répondu tant bien que mal à l’appel de Dieu depuis 12.000 ans : on compte aujourd’hui 7,7 milliards d’êtres humains alors qu’ils n’étaient que 200 millions au premier siècle de notre ère, le premier milliard ayant été atteint vers 1800.

Il faudra attendre un siècle de plus pour que le seuil de deux milliards soit franchi en 1927 puis celui de trois milliards en 1960, pour ensuite voir progresser la population mondiale d’un milliard tous les onze à quatorze ans, transformant radicalement l’usage du ciel et de la terre par les hommes au détriment de la nature du fait d’une surexploitation dévastatrice : nourrir, vêtir et loger 7,6 milliards de Terriens en 2020 demanderait bien plus de se projeter dans le long terme, d’autant que selon les scénarios retenus, les variations attendues d’ici la fin du siècle actuel sont extrêmes, allant de la décroissance  (6 milliards) à un doublement (quinze milliards) le scénario médian prévoyant 10 milliards en 2100.

Espérer est vivre

Deux facteurs expliquent comment les hommes ont empli et soumis la terre depuis deux siècles: les progrès de la médecine illustrés par la vaccination et l’apport de nouvelles techniques permettant de nourrir tant bien que mal 7,6 milliards d’êtres humains à l’échelle planétaire, la mondialisation bienfaitrice des échanges permettant de réduire l’effet des famines dans les pays où les ressources alimentaires sont rares et les climats ardus.

La diminution drastique de la mortalité infantile liée à la progression des soins donnés aux populations ainsi qu’une meilleure alimentation ont enclenché un bond sans précédent de l’espérance de vie sur tous les continents pour dépasser quatre-vingts dans de nombreux pays et plus de cinquante ans dans les pays rencontrant le plus de difficultés sanitaires ou alimentaires.

En Occident,  le cas de la France permet de prendre conscience de l’évolution extraordinaire de l’espérance de vie passée de moins de trente ans sous la Révolution à quatre-vingt ans au début des années 2000, alors qu’à la veille de la Première guerre mondiale, elle était de cinquante ans, et de soixante ans au début de la Seconde guerre mondiale.

Oublier la démographie est faire preuve d’orgueil

Pour vaincre l’épidémie, il faut s’en remettre certes à l’histoire des pandémies mais surtout à notre histoire démographique qui est la véritable échelle pour prendre des décisions, l’échelle du temps long, celui de l’espérance de vie de génération en génération.

Or que nous apprend cette échelle du long terme ? Que pour l’instant nous avons eu tout faux, absolument tout faux dans la gestion de l’épidémie de Covid-19. Pourquoi ? Pour deux raisons. Comparaison n’est pas raison ; l’accumulation de données, notamment les cumuls de statistiques faussent le regard porté sur la maladie, et suscite appréhension, peur et découragement : en France, 27.000 morts en quatre-vingt jours, c’est 350 morts par jour, à comparer aux 2.000 naissances quotidiennes ou encore, plus éloquent, aux 27.000 soldats Français tombés au champ d’honneur le 22 août 2014 qui fut le jour le plus meurtrier de l’histoire de France alors que la population française était alors de quarante millions (au lieu de 67 millions en 2020).

Nous comparons aussi des données démographiques actuelles avec des données antérieures sans rapport aucun. Il suffit de s’en tenir à la répartition par âge des décès. Prenons l’exemple de la France. Au 17 mai, 2020, le nombre de vies perdues en milieu hospitalier atteint 17.466 selon l’organisme officiel Santé publique, ainsi réparti:

  • personnes âgées de 80 ans et + : 59 % ( 10.236 décès)
  • personnes âgées de 60 à 79 ans : 34,5% (5.995 décès)
  • personnes âgées de 40 à 59 ans : 5,8% (1.011 décès)
  • personnes âgées de 20 à 39 ans : 0,6 % (< 100 décès)
  • personnes âgées de moins de 20 ans : epsilon (une douzaine de décès)
  • âge inconnu : 106

Les établissements de santé spécialisés de type EHPAD ayant dans le même temps enregistrés 10.642 décès dont le plus grand nombre concerne des personnes de plus de soixante ans, ce sont 28.108 décès qui ont été enregistrés depuis le 1er mars 2020, ainsi répartis :

  • personnes âgées de 80 ans et + : 61% ( 17.000 décès)
  • personnes âgées de 60 à 79 ans : 35 % (<10.000 décès)
  • personnes âgées de 40  à 59 ans : 3,4% (environ 1.400 décès)
  • personnes âgées de 20 à 39 ans : 0,6 % (< 100 décès)
  • personnes âgées de moins de 20 ans : epsilon (une douzaine de décès)
  • âge inconnu : 106

Toujours rapporté à l’espérance de vie, le changement intervient véritablement voici un demi-siècle. L’espérance de vie progresse et franchit le seuil de soixante-quinze ans en même temps que la population augmente, comme le montre le tableau qui suit en provenance de l’INSEE donnant la répartition par âge en % : les plus de 60 ans sont un quart de la population désormais au lieu d’un huitième en 1900, près un Français sur dix ayant désormais plus de 75 ans au lieu de 2,5% en 1900 (en revanche, le nombre de moins de 20 ans passe d’un tiers à moins d’un quart).

Au 1er janvier Moins de 20 ans 20 ans à 59 ans 60 ans ou plus dont 75 ans ou plus Ensemble en milliers
19011 34,3 53,0 12,7 2,5 38 485,9
19101 33,6 53,7 12,7 2,5 39 089,0
1920 31,3 54,9 13,8 2,8 38 383,0
1930 30,1 55,7 14,2 2,9 40 912,1
1946 29,5 54,4 16,0 3,4 40 125,2
1950 30,1 53,6 16,2 3,8 41 647,3
1960 32,3 51,0 16,7 4,3 45 464,8
1970 33,1 48,9 18,0 4,7 50 528,2
1980 30,6 52,4 17,0 5,7 53 731,4
1990 27,8 53,2 19,0 6,8 56 577,0
2000 25,6 53,8 20,6 7,2 58 858,2
2010 24,5 52,7 22,8 8,9 62 765,2
2013 24,4 51,6 24,1 9,1 63 697,9
2014 24,3 51,3 24,4 9,2 64 028,0
2015 24,3 50,9 24,8 9,3 64 300,8
2016 (p) 24,3 50,5 25,2 9,3 64 558,5
2017 (p) 24,2 50,3 25,5 9,3 64 801,1
2018 (p) 24,1 50,0 25,9 9,3 65 018,1

Rapprochés ces chiffres aux espérances de vie enregistrées dans l’histoire démographique française, que constate-t-on ? Le covid-19 aurait été tout simplement dans le contexte hygiénique actuel, une épidémie à bas bruit jusqu’en 1914 voire 1939, passant plus ou moins inaperçue  puisque ce sont pour l’essentiel les personnes âgées de plus de 60 ans qui sont concernées, pour plus des neuf-dixième de la population. Les vieillards d’alors auraient été emportés sous l’effet d’une « mauvaise grippe », d’un « climat bronchiteux » comme on pouvait l’entendre en pays de bocages de l’Ouest jusque dans les années 70.

Des soldats français au début de la Première Guerre mondiale, en 1914

Des soldats français au début de la Première guerre mondiale en 1914

Les dix leçons à tirer de la première vague de Covid-19

Ces rapprochements permettent à ce jour de tirer dix leçons de l’épidémie de Covid-19 :

  1. le nombre de décès dans la population des personnes en âge de travailler ou de travailler un jour, est très faible. Si on prend le seuil de 60 ans, ce sont moins de 1.500 personnes qui ont été arrachées à la vie, rapportée à une population qui dépasse 48 millions soit une proportion égale à 3/100.000ème. Il n’était peut-être pas nécessaire de placer la population active en confinement absolu à moins d’un kilomètre de leur domicile qui aurait pu être cent mètres, 1,2, 3 ou 10 kilomètres tout aussi arbitrairement calculés selon l’humeur tout aussi variable des dirigeants.
  2. Pour les enfants de moins de quatorze ans, le nombre de décès est de quatre pour onze millions d’enfants, on est en-dessous du seuil d’un enfant pour un million. idem pour les moins de vingt ans. Fermer les écoles avant les EHPAD continue de susciter incompréhension et doutes sur la lucidité et la sincérité des dispositifs retenus aux premières semaines du confinement.
  3. Si on prend le seuil de quatre-vingts ans qui est celui de l’espérance de vie moyenne de la population française, on constate que six décès sur dix concerne des personnes ayant dépassé ce seuil d’espérance, soit pas moins de 17.000 personnes entrées dans l’âge où, hélas, on commence à régulièrement danser avec la mort pour 9,3% de la population, soit six millions d’habitants métropolitains.  Aussi, si on ne prend statistiquement que les personnes ayant un âge inférieur à l’espérance de vie moyenne, excluant donc des « décès casuels » définis comme ayant une probabilité plus proche dans le temps, on ne comptabilise plus que dix mille décès rapportés aux 57 millions de personnes à la recherche de l’atteinte de l’espérance de vie moyenne.
  4. Les effets de la pandémie de Covid-19 à ce jour ne sont aucunement dévastateurs en comparaison des précédentes pandémies telles que la peste, le choléra ou même la grippe espagnole. Les millions de morts des précédentes pandémies concernaient des personnes âgées de moins de cinquante ans, là où le Covid-19 provoque quelques milliers de décès dans la population de même âge. [et donc, arrêtons de faire peur comme un ministre de la Santé comparant le Covid-19 à la grippe espagnole. Rien à voir d’un point de vue démographique].
  5. S’agissant du Covid-19, les décisions de confinement et déconfinement, si elles sont nécessaires, doivent absolument tenir compte des données démographiques. L’objectif prioritaire est de protéger principalement les populations les plus âgées, les seniors du quatrième âge (> 75 ans)  et les personnes atteintes de comorbidité ou obésité. A ce jour, on ne peut dire au regard du désastre dans les EHPAD que cet objectif ait été atteint, loin s’en faut, nos Anciens ayant même été oubliés voire écartés des circuits de soins dans les premières semaines de l’épidémie, suscitant une vague dévastatrice quand celle-ci a atteint ces établissements !
  6. Le vieillissement de la population dans les démocraties  a conduit à donner les clefs des décisions au Pouvoir gris, celui des tempes grisonnantes qui se déplacent en masse aux urnes et pour lesquelles les hommes politiques recherchent leurs suffrages sans lesquels il ne serait pas possible d’accéder et se maintenir au pouvoir. Une fois encore, la crise du Covid-19 a sacrifié la population active et les jeunes actifs entrant sur le marché de l’emploi du fait de l’effondrement brutal de l’économie. Comment créer des emplois quant il va falloir partager un PIB tombé de 100 à 90 ? Qui supportera le fardeau du dixième perdu, la nouvelle dîme ?
  7. Le choix n’est pas entre l’économie et la santé, les deux vont d’autant plus de pair que les personnes en âge de travailler (moins de 65 ans) semblent pour l’essentiel pouvoir échapper aux effets mortels du Covid-19. Quant aux personnes en âge de scolarisation, la peur soulevée par le Covid-19 dans la population a conduit à ce que les enfants soient bientôt plus menacés en termes de santé par la « javelisation » à outrance de la société que par le virus ! Le principe de précaution appliqué à une pandémie est d’autant plus aberrant que nul ne sait comment passe une pandémie, ce n’est pas un tsunami ou un tremblement de terre avec des répliques, c’est une pandémie, Idiot, comme l’économie, Idiot !
  8. De même qu’après le 6 juin 1944, il fallait sauver le soldat Ryan, après la première vague du Covid-19, il faudra sauver toutes les entreprises qui se retrouvent ensevelies dans les tranchées mondiales de l’économie sans avoir pu esquisser le moindre geste barrière avant la décision brutale de confinement absolu. Les entreprises ont tout autant le droit à la vie économique que les mastodontes de l’administration française dont on sait qu’elles ne sont jamais appelées à rejoindre le cimetière des mammouths. Bien plus importante serait une réforme en profondeur de l’Etat qui n’a pas connu la moindre véritable évolution depuis deux siècles, empilant au milieu du mille-feuille territorial des dizaines de milliers de normes à l’efficacité inversement proportionnelle à leur nombre.
  9. L’heure ne devra jamais être au jugement de prétendus coupables ou irresponsables au titre de décisions chaotiques ou d’impréparation. Qui peut jeter la première pierre si ce n’est celui qui jalouse la place ou veut assouvir une vengeance personnelle ou collective lorsqu’elle plonge ses racines dans la haine?  Que celui qui a vu la pandémie se lève ! Une nouvelle fois, il nous faut revenir à l’évangile selon Matthieu, (7 1-3) : Ne jugez pas pour n’être pas jugés. Car du jugement dont vous jugez on vous jugera et de la mesure dont vous mesurez on usera pour vous. Qu’as tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas? [cela dit un peu de bannissement à l’île Tromelin  pourrait ne pas trop faire de mal et satisfaire les foules mimétiques, voir à ce sujet L’île des esclaves oubliés].
  10. L’Afrique serait moins touchée par la pandémie. On n’en sait fichtrement rien à ce jour. Simplement, la situation n’est absolument pas la même ! L’espérance moyenne de vie et la répartition de la société par tranches d’âge conduisent naturellement à mieux la prémunir démographiquement et à ne permettre aucune comparaison statistique avec les pays de l’OCDE en situation démographique inverse en termes de répartition de population par âge. C’est un peu comme comparer un vieillard pratiquant le marathon en déambulateur avec un athlète sprintant le cent mètres aux Jeux olympiques.

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Faire preuve de discernement et sincérité

En conclusion, il est plus que temps, au regard de la longue traîne historique, de remettre toutes les personnes en bonne santé au travail, d’ouvrir les écoles, de relancer vigoureusement l’économie et surtout d’arrêter de faire peur à la population. On ne vaincra pas la pandémie en effrayant le bon peuple mais en expliquant  avec franchise les enjeux sanitaires, démographiques, économiques et sociaux.

Dans la chaîne des générations, ce sont nos Anciens qu’il faut protéger tout en veillant sur les plus fragiles et démunis sans oublier nos enfants qu’il faut continuer à accompagner dans leurs premiers pas. Nous devons leur apprendre à affronter la vie avec courage et lucidité pour les mener sur la voie du discernement et de la sincérité sans laquelle aucune liberté n’est possible pour les hommes.

Cela nous fait penser à un dicton breton : ce n’est pas en laissant les marins sur le quai qu’un bateau prenant la mer peut affronter la tempête.  Peu importe d’ailleurs l’âge du capitaine auquel il n’est besoin  de n’avoir au temps des destinées incertaines, qu’un seul talent à exercer, celui du caractère trempé dans l’adversité. Le discernement en matière démographique peut aider ces jours-ci.

France - Espérance de vie - Doctissimo

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L’espérance de vie en France (article de l’INED)

L'espérance de vie en France - Les graphiques interprétés - Les ...

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Ce graphique présente l’évolution de l’espérance de vie à la naissance en France, de 1740 à 2012. L’axe horizontal couvre les 260 dernières années, depuis le milieu du XVIIIe siècle. L’espérance de vie calculée pour une année représente la durée de vie moyenne d’un groupe de personnes qui seraient soumises, âge après âge, aux conditions de mortalité de l’année : entre la naissance et le premier anniversaire, elles connaîtraient le risque de décéder des individus de moins d’un an cette année-là, entre 1 et 2 ans, le risque de décéder des enfants de cet âge la même année, etc.

L’espérance de vie est exprimée en années. Elle est souvent calculée séparément pour chaque sexe.

L’espérance de vie a presque doublé au cours du vingtième siècle

Au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint 30 ans à la fin du siècle, puis fait un bond à 37 ans en 1810 en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900. Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.

Au cours du XXe siècle, les progrès sont plus rapides, à l’exception des deux guerres mondiales. Les décès d’enfants deviennent de plus en plus rares : 15% des enfants nés en 1900 meurent avant un an, 5 % de ceux nés en 1950 et 0,4 % (3,5 pour mille exactement) de ceux nés en 2015. La hausse de l’espérance de vie se poursuit grâce aux progrès dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En 2017, l’espérance de vie en France atteint 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes).

 

En France,  seulement 4 % des décès du Covid-19 sont des personnes de moins de 60 ans !