Pointe du Sable (Grand Duc, Perpétuité 3)

Allongée Pointe du Sable, à l’Îlet Caret, Tucanae, descendante en plus ou moins droite ligne des Indiens Potawatomi, dégustait un Soufflé d’orange givrée aux marrons glacés du Spitzberg tout en déchiffrant un message énigmatique qu’elle venait de recevoir, observant au lointain quatre canoës qui approchaient de Terraferma. Mars attendra.

Question énigmes, le message n’en manquait pas. Elle le relut alors que le premier des canoë jaune abordait la plage et qu’en descendait tout pivoine, essoufflé à la liqueur Chocolat de la rhumerie Bielle de Marie-Galante, le capitaine Olibrius tenant une bouteille vide de rhum au chocolat Morbleu de la distillerie québécoise Mariana, allez savoir pourquoi comment la bouteille avait échoué, Pointe du Sable.

Le message du Grand Duc était pourtant on ne peut plus clair :

Je crois reconnaître un certain Olibrius. Je le rencontre parfois chez lui mais il est très fatigué et ne voyage plus guère. Ma soeur lui fit connaître le célèbre avocat corse qui abrita la nounou martiniquaise qui nous servait à la table de mes cousins Claude et Philippe. Elle habitait dans la maison de l’avocat, tout au bout de la rue Mahieux. Je ne marche pas au shaker ce matin mais Olibrius souhaite à Punch Goyave alias Tucanae un bon repos au Mont Martre. Signé Grand Duc méthodique.

Entre-temps, les trois autres canoës venus des autres points cardinaux, avaient débarqué sur l’îlet, et maintenant, Tacanaé faisait face aux quatre célèbres détectives de la Pépépé, la préfecture de police de Paris, les frères Olibrius, désormais seuls à surveiller la Seine du haut du quai des Orfèvres depuis que la police judiciaire avait été expulsée du coeur battant de Paris, l’île de la Cité, pour les faubourgs de la longue agonie parsienne aux Batignolles, encerclée par les Apaches et le périphérique de tout noir vêtu de bas-carbone, ultime cercle de l’enfer.

Les légendaires inspecteurs frères Olibrius avaient eu leur moment de gloire mondiale quelques années plus tôt lorsque dans l’affaire dite des Chimpanzés de l’Elysée, outrepassant tous les ordres, même les leurs, ils avaient passé en mondiovision les menottes au président de la République qui, un 14 juillet, descendant du command-car ayant remonté les Champs-Elysées sous les vivas de la foule rassemblée tout au long du cortège, s’apprêtait à rallumer, place de l’Etoile, la flamme de jouvence éternelle au tombeau du Soldat inconnu.

A la suite de ce moment intense d’émotion et communion mondiales des réseaux sociaux, prolongé de quelques explications officielles ténébreuses, il en était ressorti que le jardinier du palais de l’Elysée avait installé en toute illégalité une ménagerie au fond du parc sur les ruines du passé tumultueux de l’ancienne maison de passe, pour divertir les maîtres de céans et leur descendance.

On y trouvait notamment une volière avec des faucons pélerins, tétras, grands ducs et chose surprenante, pas moins d’une quarantaine d’oiseaux d’Ethiopie, enfermés dans un sous-sol à double tour relié au bunker de la présidence, destiné à la transmission des ordres nucléaires.

Par inadvertance, le trousseau de clé de la war-room avait été ravi par un labrador teigneux, que l’une des gueunons du lieu ayant l’habitude de se promener de toit en toit, lui avait subtilisée et dissimulée.

L’affaire en serait restée là, si, en pleine nuit, un chouette hibou grand-duc n’avait été se nicher dans le sous-sol atomique sans que personne ne sache comment il avait pu franchir les portes blindées et accueillir les oiseaux de l’enclos parmi lesquels un padda de Java bout-en train, un cappucin à tête blanche déplumé, une colombe diamant en toque de Grand-Chef, une amadine cou-coupé lassée de ce monde ancien, qui avait déserté les hangars de Port-aviation, un pinson zébra, des bourkes, et un diamant mandarin, s’en retournant les poches vides de Macao.

Le plus surprenant cependant, se trouvait dans la volière extérieure vidée de ses locataires perturbateurs.

Au milieu du plateau, sous la fiente accumulée d’une décennie de survols de rapaces, jouant le garde du corps imperturbable, se nichait le faucon de Cernuschi, envolé douze ans plus tôt du musée du même nom jouxtant le parc Monceau à Paris, une merveille rapportée de Chine par l’impétrant Cernuschi, au dix-neuvième siècle, et qu’un quatuor de filous avait emporté en passant par la porte d’entrée, mandaté comme déménageurs officiels dans le cadre d’un échange entre musées pour l’organisation d’expositions internationales itinérantes.

La trace du faucon se perdait à la porte même du musée pour resurgir plus d’une décennie après dans le jardin de la présidence. L’affaire des chimpanzés de l’Elysée éclatait, qu’un mégot abandonné sous les combles de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, allait, par la plus curieuse des coïncidences bienheureuses, permettre aux frères Olibrius, de résoudre sans coup férir.

Toujours allongée Pointe-du-sable, Tucanae se réveilla brutalement. Elle venait de faire un cauchemar horrible, inexplicable comme tout bon cauchemar, trois têtes de singe lui étaient apparues au soleil cou-coupé qui s’en retirait dans l’océan, l’un avec les mains masquant les yeux, l’autre avec les mains bouchant les oreilles, le dernier obstruant des mêmes mains la bouche.

Apercevant un cormoran tournoyant au-dessus de Pointe-du-Sable, elle commença à se remémorer les scènes cauchemardesques d’une volière en furie, d’un labrador baveux et haineux, de singes récalcitrants et d’un grand-duc méthodique remettant de l’ordre dans des papiers chiffonnés, sauvés de la corbeille des siècles de remontée d’ancêtres.

Au même moment, elle entendit qu’on l’appelait à la rescousse. C’était Pivoine Olibrius, tirant son canoë de l’eau pour le poser sur le sable, tenant d’une main la corde de l’embarcation, de l’autre une feuille arrosée d’eau de mer, le message anonyme du Grand-Duc méthodique, on ne peut plus salé, accompagné d’un chant à trois notes plus strident que doux, celui d’une perruche à collier australienne, droit sorti inexplicablement des forêts de jarrah et bois de marri, survolant un surfeur, le surfeur en argent.

Papiers d’identité (Punch Goyave – Perpétuité 2)

Bien fait, rien à dire, convaincant à première vue. Quoique circonspect, le capitaine Olibrius reposa le passeport sur la table et glissa la feuille qu’il venait de lire dans la pochette accrochée par un trombone au document administratif, ajoutant : le problème est que nous prenons un café ensemble chaque matin en ce lieu depuis trois jours, et à chaque fois, vous m’en présentez un nouveau. Reconnaissez que c’est pour le moins curieux.

Certes, répondit Catanae, mais je ne prétends pas être le détenteur de ces passeports, j’en suis seulement dépositaire.

Admettons. Mais avec le passeport déjà en ma possession depuis Paris, nous en sommes à quatre, c’est beaucoup. Je veux bien admettre que vous ayez trois soeurs, mais les informations sont pour le moins disturbantes, quelque peu perturbantes et même alambiquées devrais-je ajouter pour un enquêteur chevronné.

Reprenons, poursuivit Olibrius, sortant un petit carnet rouge griffonné de toute part, où il annotait, scribouillant d’une écriture illisible aux aveugles comme aux malentendants sans compter les dégoûtés de naissance. Si j’en crois le premier passeport, vous vous appelez Catanae Hexa Moly d’Ene, fille de Pierre de Rosette et de Rita du Mont, épouse d’Auban d’Orgueil, tous deux inconnus aux fichiers d’état-civil de la République française, pas un acte de naissance retrouvé par monts et par vaux dans toute la France, si je puis dire, mais Olibrius en resta là et las à ce stade.

Je vous ai déjà expliqué qu’il s’agit des papiers d’une de mes quatre soeurs, demi-soeurs pour être précis.

Qui en font deux alors ? Venons-en au deuxième passeport, celui de Purple Heart, une autre de vos soeurs, donc ?

Tout à fait. Elle est la fille d’Arleigh Albert « 31-Knot » Burke et de Morgane Freeport MacMorane, père citoyen américain, mère canadienne, et leur fille citoyenne américaine à la naissance ayant acquis la nationalité française le jour des ses dix-huit ans sans compter l’ascendance québécoise qui lui permet de voyager avec un passeport à feuille d’érable.

Le problème, reprit Olibrius, c’est que le consulat des Etats-Unis à Paris, ne retrouve pas de citoyenne américaine du nom de Purple Heart, ni aucune aucune trace d’un passeport canadien qui serait établi à ce nom. D’où détenez-vous ce passeport ?

C’est Purple qui m’a demandé de le conserver.

Et cette Purple Rain se trouve où en ce moment ?

Aucune idée, elle voyage beaucoup, par monts et par vaux et veaux aussi, disons plutôt boeufs tirants.

Sans son passeport ? C’est étonnant comme elle vous ressemble. Même taille, même yeux, même visage ovale. Une même mine.  A s’y méprendre. On est d’ailleurs très minéral dans cette branche familiale. Etonnant. Un véritable certificat minier.

Rien de surprenant et compromettant, c’est ma demi-soeur jumelle, et son père travaillait effectivement dans les mines à ciel ouvert, l’air de rien.

Passons au troisième passeport. On voyage beaucoup dans la famille. Voici donc, Mitra Aditya Solar, fille d’un certain Jonathan Livingstone – Baudon et d’Alexandra Hiéronimus Remington, tout aussi inconnus au bataillon, née à Sandy, dans le comté de Biggleswade, Bedfordshire en Angleterre. Les Anglais reconnaissent l’existence du passeport et n’ont pas donné d’informations supplémentaires.

Maudits Anglais ! J’ai cherché de mon côté et j’hallucine. J’ai bien trouvé un Jonathan Livingstone aux big moustaches à Sandy, professeur d’histoire et géographie, français et latin, mais, big problem too, il serait centenaire à ce jour et si j’en crois les journaux, il tournerait autour de la terre depuis quelques temps.

Il n’y a pas d’âge pour faire des enfants, mieux vaut tard que jamais. Et si vous me permettez, monsieur Olibrius, les éprouvettes ont leur mérite.

Soit. Passons à votre passeport. Là, je n’hallucine même plus, à l’en croire, ce n’est plus un laissez-passer, un sauf-conduit ou un permis de voyager, c’est carrément le sésame d’une extraterrestre autorisée à voyager dans tout l’univers.

Je ne vois rien d’extraordinaire.

Si j’en crois votre passeport, vous seriez née à Pont Meccano, Ny-Alesund qui est une localité de l’île du Spitzberg dans l’archipel du Svalbard en Norvège.

Et alors ? C’est la localité la plus au nord du monde, dans la péninsule de Brogger. A moins de mille kilomètres du Pôle nord magnétique.

Admettons. La suite se corse. Vous êtes née de père et mère inconnus, adoptée à l’âge de dix ans par un certain Piers Courage le jour anniversaire de vos dix-huit ans, et par une incertaine Abbysinia d’Abyssinie dont on ne trouve trace civile nulle part, si ce n’est un récépissé de perte de carte d’identité retrouvé fortuitement dans une enquête judiciaire classée sans suite il y a une dizaine d’années, le même jour que votre adoption.

Et donc ? fortuitement ?

Admettons, encore. C’est la date de naissance qui surprend. Le 29 février de l’an 2000. Ce n’est pas banal. Unique même. Vous en connaissez beaucoup des personnes nées le 29 février 2000 ? Pour être une millénium, vous êtes une millénium millénariste, née un jour qui n’existe pas, franchement pas banal, surtout que le consulat norvégien a confirmé l’exactitude des informations contenues dans votre passeport. Une vraie omelette.

Voilà qui devrait vous rassurez !

A moitié. J’ai aussi la copie de votre passeport français. Et là, cela se gâte un peu, c’est même pétillant. Selon ce passeport plus récent, vous seriez née le 1er mars 2000, au musée du rhum à Sainte-Rose, département de la Guadeloupe, et vous vous appelleriez Daiquiri Schrub.

Tout à fait, c’est mon véritable nom, difficile à porter. Mon père biologique avait un certain sens de l’humour, très arrosé certains jours qui étaient tous les jours que Dieu fait ou ne fait pas. Il était Norvégien, arrivé à Saint-Barthélémy au dix-neuvième siècle en même temps que les Reimonenq, ils ont longtemps vécu du côté de Ferry et de Pointe Morphy sur la Côte-sous-le Vent, à Pointe-Noire.

Du côté des ébénistes, coupa le capitaine Olibrius, quelque peu désorienté par ces généalogies multiples à en perdre son latin.

Il n’empêche, reprit Daiquiri, toutes les informations contenues dans ces passeports sont exactes. Et si vous n’y voyez pas d’inconvénient, laissez-moi reprendre ces documents vicelards et passons à autre chose.

Justement, rebondit Olibrius, j‘ai un cadavre sur les bras, retrouvé dans la mangrove et j’aimerais déjà bien savoir qui c’est et ce qu’il faisait à l’embouchure de la rivière Moustique. Une idée ?

Peut-être. Je n’ai plus de nouvelles depuis quelques temps de l’une de mes cousines qui est aussi ma soeur.

Qui s’appelle ?

Goyave Punch.

Goyave, c’est son prénom ?

Non, son nom, Punch c’est son prénom.

Déroutant.

Un peu, aux Antilles, on cite le nom en premier et le prénom en second. Par exemple, Jean Paul Raymond…

Paul-Raymond c’est son prénom, interrompit tout content Olibrius, capitaine de son état, quarante ans de métier.

Et bien, non, répondit Catanae. Raymond, c’est son prénom, Jean-Paul son prénom composé.

Oublions ! On se résume. Goyave Punch serait peut-être la morte de la mangrove. Depuis quand disparue ?

Plus d’un quart de siècle, un vingt-neuf février, le vingt-neuf février 2000, un vingt-neuf février qui a existé ne vous en déplaise, comme chaque dernière année de millénaire, seules la dernière année de centenaire ne sont pas bissextiles, cher commissaire Olibrius. Demandez à Jonathan Livingstone, lui-aussi est né une année bissextile.

Cela sera difficile, il tourne autour de la terre, notre valeureux centenaire. Curieuse lignée que votre famille, ajouta Olibrius, tous nés un vingt-neuf février, et tous orphelins de naissance quand ils ne sont pas jumeaux, triplés ou quadruplés, sans doute des coïncidences fortuites.

Probablement plus probable que toute probabilité de nature humaine.

[Voyage généalogique au shaker, au souvenir ému des Norvégiens venus aux Antilles dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, à Saint-Christophe, Saint-Barthélémy puis Guadeloupe après 1878, tels les Reimonenq à Sainte-Rose, fondateurs du Musée du rhum ; mais encore la famille martiniquaise de maître Versini-Campichi, les Uttily et Versini qui résidèrent au vingtième siècle à Ambleny, canton de Vic-sur-Aisne (Aisne) en compagnie des Agricole, Barbe, Blacher, Elizé, Hayot, Magloire, Sévère. Que leur souvenir se perpétue de siècles en siècles]

Long Iced Island

Tacuna regardait la dernière photographie prise de son grand-père adoptif, le capitaine au long cours Cheval-Fourbu, un être insensé prêt à s’embarquer pour Mars en commençant par traverser l’ océan Atlantique, affronter les Bermudes, ausculter les côtes de la Mère-Patrie islandaise, dériver le long du Groenland, supporter l’hiver arctique et atteindre enfin Long Iced Island, terre de désolation qui n’était même pas un point sur la carte des îles Spitzberg, ressemblant plus à des ilets qu’ une île d’ailleurs, une sorte de terre au raz de la mer pour ce qu’elle en savait.

Tacuna n’était pas la seule à avoir observé le hors-bord sortir du port et prendre le large. Un homme énigmatique s’en était revenu du bout de la jetée délimitant le port, surplombé d’un phare,  d’où il avait salué chaleureusement  les valeureux  aventuriers des glaçons du Spitzberg.

Cet homme, entrant au café du port, vint s’asseoir d’autorité à la table de Tacuna, décontenancée par cet envahissement inattendu.

Tout en prenant place, il lui tendit la main et dit : « Olibrius, Johnny Walker Olibrius ». Saisissant la main tendue, elle répondit : « Tacuna Tacunae, étoile bleue de la nuit noire des îles Vierges, je taquine le requin à mes heures perdues, l’espadon aussi « ,  songeant alors en se retenant de rire : mais quelle IA imbécile a inventé ce message ?

Sur ce, Olibrius, bien assis, répondit comme convenu,  » il fait chaud, je taquine le gardon, l’ espadon aussi » et sur ce, commanda d’une voix forte à la serveuse enturbannée d’ un foulard créole et qui était proche de lui : « Tavernière, deux Indian Tonic, deux ».

Au souvenir de l’étiquette Indian Tonic, Johan Schweppe se rappela au bon souvenir de Tacuna, mais où était-il donc passé, et comme si cet Olibrius lisait dans ses pensées, il lui dit :  » il est mort, bel et bien mort,  on a retrouvé son cadavre dans la mangrove, un cadavre c’ est beaucoup dire, un squelette plutôt », poursuivant : « Olibrius, capitaine Olibrius, délégation des actions spécialement signalées ». Le département des actions spéciales dissous quatorze plus tôt, avait pris du galon à la faveur de sa résurrection à la suite de l’ attaque russe sur Kiev. On n’ en finira jamais avec ces psychopates, pensa Tacuna.

La DASS était de retour, avec son cortège d’aides à mourir en catalogue, la dignité en supplément.

Et la lignée des Olibrius s’ en revenait aussi prendre du service, dont un ancêtre avait hanté les monts du Foretz deux siècles plus tôt, en pleine tempête, déjà à la recherche d’assassins.

(Traversée rédactionnelle en cours)

Etoile bleue

J’écris comme je respire, au rythme de soixante signes à la minute, trois mille six-cent à l’heure… Installée au Café du Port, Toucana lisait une lettre manuscrite de son grand-père adoptif, Cheval-fourbu, qu’il venait de laisser sur la table avant d’embarquer pour traverser une nouvelle fois l’océan et s’en retourner vers une île mystérieuse d’où il avait rapportée dans des enveloppes kraft brunes, de minuscules pierres rondes lisses, polies par le temps et les hommes depuis des milliers d’années.

De son grand-père, Toucana avait pris l’habitude de boire du mokka d’Abyssinie et des Indian tonic à la quinine depuis qu’elle avait croisé en sa compagnie un descendant de la famille Schweppe, Johann Jacob Schweppe, JJS pour les intimes, lors d’une sortie en mer dans la mangrove, arrosée au Long Island Iced tea, trop facile à composer à condition de disposer de la vodka, du gin, du rhum, de la tequila, du Triple sec fiançant cointreau et grand marnier, avant mariage dissolu au cola et jus de citron, pour terminer rafraîchi à l’aurore aux glaçons du Spitzberg, que Cheval-Fourbu ne manquait jamais de rapporter de ses voyages au long cours dans le Grand Nord, tandis que JJS jouait au mousse avec la bière lors de ces périples frigorifiques.

En attendant, Toucana poursuivait la lecture des lettres de son grand-père, dont il n’y avait pas grand-chose à retenir, si ce n’est qu’il venait d’être engagé par la Cie internationale Allenby, la CIA, pour exploiter des minerais dans le Grand nord, dont Toucana ignorait leur nature, si ce n’est que parmi la liste minérale recherchée se trouvaient des objets géocroiseurs de type astéroïde ou comètes figurant dans la liste du NEO Program, le Near-Earh Object Program de la NASA où travaillait Toucana, spécialisée dans les recherches de petits météoroïdes de taille inférieure au mètre-étalon, bien plus poussière que pierre en fait, que Cheval-Fourbu lui envoyait par l’United Parcel Service, l’UPS, en accompagnement de cartes postales adressées sous enveloppe de moins de vingt grammes, en souvenir de l’époque où les ascendants de son grand-père adoptif travaillait au Red Ball Express, Winchester au poing, projectiles d’astéroïde à la ceinture.

(Voyage rédactionnel au long cours)

L’odyssée de la terre ferme

Observant le soleil perché dans le ciel qui maintenant s’échappait au lointain  pour quitter la terre ferme et plonger dans l’océan, il revint à Morphy le souvenir ancien d’un cours d’histoire sur la république de Venise consacré aux « Domini di Terraferma ».

Ces « domaines de la Terre ferme » étaient les territoires continentaux appelés aussi « État de la terre », regroupant les cités de Bergame, Vérone, Padoue, Brescia et encore Udine et Trévise.

L’ogre qui n’était pas encore napoléonien et la monarchie impériale titubante des Habsbourg en avaient pris possession à la chute de Venise en 1797, en même temps que la cité des Doges perdait « l’État de la Mer », le chapelet d’ îles et ports qui de l’Istrie et la Dalmatie jusque Corfou et les Îles Ioniennes conférait à Venise son statut désormais déchu de puissance Méditerranéenne.

Que ce soient les États ou les hommes, nous ne sommes pas appelés à durer longtemps au regard des treize milliards d’ années d’existence de la terre, songea Morphy, alors que l’une de ses petites filles, entre terre et mer resplendissait aux derniers rayons du soleil couchant. Elle, devrait passer le cap du prochain siècle ce qui ne sera pas donné à tout le monde pensa-t-il sans tristesse aucune.

La mort n’ attend jamais longtemps, et elle peut compter sur la folie des hommes pour l’aider un tant soit peu.

Le projet d’embarquer pour vivre sur Mars, lui parut alors en cet instant encore plus comme le seul chemin raisonnable à emprunter, autant mourir à l’assaut de l’ impossible, dans les interstices de la fragmentation misérabilissime de l’ espace-temps, un voyage digne de Gulliver.

Aux dernières nouvelles, le premier amarsissage était prévu pour le 6 juin 2044, histoire de fêter dignement le centenaire du célèbre débarquement en Normandie. Et certains de ses petits-enfants allaient être de la vaillante expédition, pour être alors âgés de trente ans ou moins.

L’embarquement pour Mars