Appartement avec vue sur la Loire

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Cette chronique reprend et remanie une précédente version publiée en juin 2017, qui s’intitulait « Qui nous rendra notre vie ? ». Rédigée en Anjou au milieu des décombres liés à la survenance de « petits trous de mémoire » en double univers d’Alzheimer, elle veut témoigner que cette maladie liée au vieillissement inexorable peut être un bien fait à autrui, lorsqu’elle sonne le tocsin destiné au réveil douloureux des plus proches, pour transmettre aux générations  vivantes d’ultimes images fixes ou floues appelées à rejoindre la cohorte des souvenirs des générations précédentes qui par vagues successives trépassent, pour reconstituer, jour après jour, la Mémoire de nos ancêtres, en remontant aux Sources du monde dont Les Lettres d’Ivoire envoyées par l’Auteur virtuel participent avec humilité à cette transmission aux générations nouvelles et futures en commençant par s’adresser à sa proche descendance, puis, par rotations et déplacements ellipsoïdaux ou hélicoïdaux, à Tout l’univers, qui était le titre de l’hebdomadaire encyclopédique de son enfance, et qu’il reconstitue à son échelle, façon puzzle. Voici la chronique remaniée.

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Il suffit qu’un bateleur emploie l’expression « poudre de perlimpinpin » pour réaliser qu’aucun colporteur ne peut nous rendre notre vie que le fossoyeur finit toujours par emporter. C’est une illusion de croire que la vie et encore moins notre vie nous appartient. Nous n’en sommes pas dépositaire, pas plus propriétaire, locataire ou colocataire, excluant que clones, drones  et robots puissent venir, un jour à la rescousse avec tous les artifices d’éternité pour se substituer aux Promesses de l’aube.

“C’est un petit vin de Chinon pas trop débile que j’ai découvert chez un mastroquet auprès du quai, dit Durtal.”, Huysmans, Là-Bas (1891)

Où donc est passé le mastroquet à la voix sépulcrale des jours de marché sur la place de village, dont le souvenir, seul, pourrait nous rendre notre vie ? Où donc a disparu le diable qui n’est plus qu’un chariot à deux roues ? N’escomptons plus faire le diable à quatre, le loger dans sa bourse ou le tirer par la queue, car c’est là le diable que le diable incarné ait disparu autant que sa beauté, va donc au diable et même au diable vauvert [Vaste effort vain et inutile de bâtir une phrase avec neuf expressions populaires qui montrent bien que le diable n’en finira jamais avec nous !]

Les Parisiens tirant le diable par la queue, Jean Veber, 1864-1928, musée Carnavalet

Car nous ne sommes plus de ce monde dès lors que les expressions et les mots que nous utilisions sans nous en rendre compte, ont disparu du langage de tous les jours pour se réfugier dans des dictionnaires sous la poussière, ne resurgissant que le dimanche dans une partie de scrabble brettée, jouée à trois dans un appartement retranché ressemblant à Fort Alamo surplombant les bords de Loire et proche de La Pointe de Bouchemaine.

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Vermeer, Degas ou Chagall ne peuvent pas plus nous rendre notre vie. Le travail de ces charpentiers de l’art entoilé est désormais réduit aux filouteries d’expositions justifiées par des considérations sonnantes dansantes, virevoltantes et trébuchantes. Et pourtant, tous ces peintres savaient plus ou moins d’où ils venaient, où ils allaient sans avoir à proclamer où ils étaient au temps du Sacre du printemps. Personne ne nous rendra notre vie, pas même Cézanne qui ignorait tout autant que Van Gogh que le bon Docteur Gachet, bienfaiteur de l’humanité artistique, était aussi faussaire à ses heures perdues.

Portrait du docteur Gachet, par Vincent van Gogh

La mort survient, un visage s’efface, un souvenir s’estompe, et voilà que nous cherchons désespérément à se raccrocher à la vie, comme un naufragé de l’espace qui tourbillonne éternellement en orbite. Et lorsque Bach se tait, musiques profane, sacrée ou militaire ne peuvent rien pour nous : à la crécelle joyeuse du carnaval succède celle du passage des lépreux et des pestiférés. Là se trouve notre véritable vie, dans le coma des Illusions perdues. Une madeleine ne suffit plus à notre bonheur. Il nous faut bien plus qu’un pavé de  mille feuilles d’ardoise pour s’accrocher à la vie, qui, pourtant, un jour, se souviendra, peut-être, du charme des croûtons du bocage errant dans un potage normand, pris dans le piège des fils perdus de la fourme d’Ambert et des ultimes souvenirs.

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Nous souhaiterions tant que notre vie nous soit rendue. L’image d’un champ de lavande ou d’un champ de neige réveille des souvenirs enfouis sous l’avalanche des jours. On aperçoit alors, en plein hiver, l’antre d’un estaminet qui n’est qu’un troquet perdu, un bistro disparu où une tarte à la myrtille attend le visiteur au milieu d’ombres qui ressemblent à des spadassins épuisés prêts à s’endormir auprès de troubadours et des marmottes qui font la réputation des lieux.

Au loin resurgissent  les canotiers de Monet  déjeunant à Chatou à l’été de notre vie qui n’est que l’Automne déjà, et il commence sérieusement à faire froid. Les saisons passent, Tout passe. Et les personnes attendues ne surviennent plus pour nous rendre notre vie, nous ayant déjà quitté en demeurant  là, si las, nous préparant, dos au mur,  bien tôt, à l’adieu aux armes en réalisant qu’ils ne reviendront pas de leurs voyages imaginaires devenus une promenade du bout du monde quelque peu précipiteuse, à l’ombre du château de l’Apocalypse aux tentures moyenâgeuses.

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La nouvelle promenade du bout du monde qui longe,donne accès au château d’Angers et se termine en impasse au-dessus de la Maine, avec vue sur la cathédrale Saint-Maurice.

Notre vie misérable et merveilleuse est sans pitié pour les jours qui nous délestent de tout ce que imaginions posséder pour toujours, ici un parent, là un proche, là-bas une connaissance perdue de vue dans la brume transpercée de lumière par un phare lointain, sans compter ceux que nous croisons chaque jour et que nous ne reverrons pas au passage du nouveau tramway fier comme un trolley. La vie ne peut nous apporter à dos d’éléphant rien d’autre que du pain à durcir et de la tristesse à endurcir.

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Et pourtant, il faut vivre, le plus souvent au milieu d’amoureux enlacés un jour et d’étrangleurs au lacet pour toujours. Un sourire esquissé, un rire bruyant permettent de nous échapper un temps. L’hypocrite s’avance qu’il faut tenir éloigné du ti’cano de survie. C’est l’heure forcée des malentendus où l’usurpateur des horloges annonce son arrivée. Nous voici prisonniers du temps et personne pour nous rendre notre vie, juste au moment où les glaneuses se relèvent pour l’Angélus. Les cloches sonnent non pour donner l’heure ou prier, mais pour nous avertir qu’il faut se tenir prêt, que ce n’est pas une mince affaire et qu’il est sans importance que personne ne nous rende notre vie puisque nous sommes appelés à la quitter ici-bas, en espérant au mieux relever un temps, de la Légende dorée.

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Louveciennes, par Paul Cézanne

Ce que nous avons vécu, ce que nous sommes ou devrions être, tout cet amour aussi quotidien que le pain de deux livres, tout cet amour englouti chaque jour qu’il nous est donné de vivre, à chaque heure, à chaque minute ou seconde se bousculant au tourniquet, qui nous le restituera en dehors de nous-mêmes, appelés à devenir pèlerins d’Emmaüs transmettant l’intention à un Franciscain épuisé qui perdra lui-aussi sandales et ceinture, comme mon Père au dernier jour. Il se peut que personne ne nous rende notre vie, encore faut-il frapper à la porte pour qu’il nous soit ouvert en laissant sur le pas, une dernière image jaunie, ultime témoignage inutile qui ne constituera jamais une quelconque preuve de notre passage terrestre délesté de nos souvenirs encombrants.

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Rue de la Princesse à Louveciennes, par Alfred Sisley

A l’heure du naufrage et alors que commence à jouer l’orchestre dirigé par Alzheimer et son compère trompettiste Parkinson, il nous faut apprendre que l’oubli nous permet par anticipation de se débarrasser avec allégresse de tout ce qui nous rappelle le monde d’ici-bas et qui se rattache au temps : l’unique maître des horloges ne possède ni aiguilles des heures et des minutes, ni trotteuse des secondes ou chronomètre des milliardièmes de seconde, il est celui qui nous procure, sous les saules pleureurs, le don de l’amour au milieu des souvenirs esseulés et nous rend la Vie par le bien fait à autrui, osons le nommer, le Christ en croix.

« J’aime la Bretagne : j’y retrouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture. » Paul Gauguin, Le Christ jaune, 1889 d’après le Christ en bois polychrome du XVIIIème siècle de la chapelle de Trémalo, située à côté de Pont-Aven, à 36 bornes milliaires par la voie romaine du moulin de Kergoff, l’arrière-pays ignoré de notre enfance.

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Le moulin de Kergoff, du côté de Quéménéven.

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