Comment faites vous faire ?

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Par une marée noire, la berceuse à la bouche sucrée, bien qu’elle était crabe, se mit à la chotte. Il pleuvait tafait en farinant. Le blocus l’obligeait à virguler pour aller chercher du blé d’inde et la carte-vue  d’un joufflu comme un suisse, promise à sa championne acadienne qui ignorait comment traduire  baboune, baranquer  ou bailler en akkadien [photo introductive : la berceuse, de Berthe Morisot, 1873]

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Alphabet akkadien (Mésopotanie, à cheval sur l’Irak et la Syrie, 2800 av. J.C – 500 ap. J.C.) 

Face au nénufarisme de l’Académie française, du Conseil supérieur de la langue française et de l’éducation nationale qui ont comploté subrepticement tout un quart de siècle pour publier au bulletin officiel de ce ministère des directives orthographiques et grammaticales ubuesques, il est temps de lever l’étendard de l’accent circonflexe qui vivra ce qu’il vivra pourvu qu’on le le laisse flotter librement dans la langue française le temps qu’il disparaisse à sa guise.

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Rue de Grenelle, on dessine plus qu’on n’écrit, chouette!

Que l’ineptie soit au bureaucrate ce que la charrue est au laboureur ne surprend personne : la bêtise est son outil de travail, son soc irréductible. De même l’Académie française ne mérite notre intérêt que pour ses finances et son patrimoine culturel, immobilier ou immobilier, qui fait l’objet d’une captation alibabesque par quarante gredins, sans compter les demi-soldes des autres académies qui sont rattachées à l’Institut de France.

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Sous la coupole, la coupe est pleine !

A ce sujet, on se contentera pour le moment d’indiquer que le patrimoine détenu par l’Institut et les cinq académies s’élevait à plus d’un milliard d’euros en 2014 de trésorerie active, constituée de 920 millions de valeurs mobilières de placement et 170 millions de disponibilités, générant 20 millions de produits financiers annuels. Le patrimoine immobilier locatif  était quant à lui estimé à 420 millions d’euros par la Cour des comptes fin 2012. Quant au patrimoine culturel des douze principales fondations rattachées à l’Institut et aux cinq académies, il est fort du millier de peintures de la Renaissance du musée de Chantilly et des collections impressionnistes du musée Marmottan qui détient la plus grande collection au monde d’oeuvres de Claude Monet,  sans compter la maison de Monet à Giverny ou le musée-Jacquemart.

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La coalition des Acadiens du Québec est bien plus ardente à défendre la langue française que les épéistes en robe de chambre de l’Académie indigne ; et ils ne roupillent pas sur un milliard d’euros digne du milliard des immigrés !

Tout cela s’agissant de l’Académie française, pour ne réaliser que l’édition interminable d’un dictionnaire au rythme d’une séance hebdomadaire le jeudi, et à l’occasion le flingage de l’accent circonflexe en catamini, comme le duc d’Enghien dans les fossés de Grenelle : chapeau bas, les charlatans du gobelet, bonneteur ou bonimanteur, comédiens et saltimbanques officiels !

Au jeu du bonneteau, l’académicien triomphe

Ce détour par le quai de Conti nous a éloigné un temps de notre sujet du jour, le nénufarisme français qui se définit par le fait de remplacer d’autorité un « ph » par un « f » au point de faire croire que l’affaire est réglée et que les bureaucrates ont bien travaillé pour la gloire de la France, la satisfaction du peuple et la beauté du monde. L’Etat en France s’occupe de tout jusqu’aux nénuphars et aux chariots gaulois, marque évidente dans ce dernier cas d’un grand délire technocratique car on ne voit plus guère de carrioles dans les rues de nos villes modernes, à l’exception de quelques chariottes hybrides ou électriques, ainsi que du chariot élévateur qui a l’air de se porter bien mieux qu’une abandonnée charrette pour un voleur, à moins que ce ne soit pour un chanteur.

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Chariotte adaptée aux enjeux du changement climatique

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Après réflexion, le nénufarisme l’emportant sur l’angélisme, il nous faut aller plus loin dans la réforme orthographique et revenir aux fondamentaux comme l’éducation nationale aime à s’exprimer par voie de circulaire qui n’est pas ronde mais qui emprunte à l’arrêté raide et brutal. L’art de vivre en France jusque dans le langage, étant placé sous l’autorité de l’Etat qui s’occupe de tout et de rien, plus de rien que de tout d’ailleurs, il nous revient de faire des propositions absurdes mais bien documentées.

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C’est pourquoi, au souvenir d’une scène du film Laisse aller c’est une valse de Georges Lautner qui n’aurait pas démérité avec son compère Audiard de rejoindre l’Institut de France si Richelieu avait songé à créer une académie du rire, nous pouvons aujourd’hui proposer que l’expression française convenue, grotesque et ridicule qui est vulgairement employée par tous les temps, y compris les vents mauvais, donc cette expression « Bonjour », soit remplacée par : Comment faites-vous faire ?

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Certes, la proposition est originale mais avant-gardiste, qui n’est pas sans rappeler un grand moment de l’histoire, en l’employant avec le terme « citoyen » redevenu à la mode ces jours-ci où la citoyenneté s’affiche partout, dans le moindre slogan, dans la moindre expression jusqu’aux recettes de cuisine rapide, ce qui donnerait alors : Comment-faites-vous faire, citoyen ?

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Remember! pardon, souvenez-vous : dans Laisse aller c’est une valse, un professeur d’anglais donne un cours à Mireille Darc, cours se terminant dans un placard pour le tuteur qui s’evertue à apprendre à son élève la bonne prononciation de l’expression anglaise la plus célèbre au monde : How do you do ? Pour ceux qui ne connaissent pas cette scène ou souhaitent la revoir,on trouve le film en streaming sur l’internet mais ne vous y rendez pas sans avoir été jusqu’au bout de la chronique pour savoir pourquoi il nous faut aujourd’hui substituer au Bonjour traditionnel : Comment faites-vous faire ?

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Rue de Grenelle aussi, on creuse, mais pas pour les mêmes raisons : le plus souvent pour enterrer les réformes !

Ce n’est pas tellement que cela présenterait le double avantage de copier les Anglais, maladie française s’il en est une en matière de tics de langage, ou qu’enfin nous n’aurions plus à jongler suivant les heures du matin ou du soir, avec les expressions Bonjour ou bonsoir, voire : Salut! Cela nous laisserait un peu de temps, enfin, pour boire de l’eau chaude avec un nuage de lait avec de la marmelade pour les rotis.

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En fait cette réforme académique serait destinée à rappeler aux Français, et par conséquent au monde entier que l’expression anglaise How do you do, est purement et simplement un emprunt à la langue française, à l’ancien français pour être précis : Comment le faites-vous était alors employé pour dire « Bonjour, comment allez-vous ? » Reste à savoir si Goscinny et Uderzo en avait conscience quand dans Astérix chez les Bretons, ils ont utilisé comme effet humoristique la traduction mot à mot de l’expression « How do you do ? ».

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Rufus enseignant à Mireille Darc l’intonation d’How do you do, dans Laisse aller c’est une valse

Certes, le français emprunte aujourd’hui beaucoup à l’anglais. Mais longtemps, l’anglais pilla le français, jusque dans l’expression « We are jolly glad to come » qui signifie « nous sommes drôlement content de venir », où le terme jolly est purement et simplement la reprise de l’ancien français Jolif qui signifiait non pas joli ou beau, mais bien joyeux et drôle. C’est justement, ce que nous nous apprêtons à faire, traverser la Manche, car « We are jolly glad to come » là-bas, histoire de montrer qu’une langue n’obéit pas au doigt et à l’oeil, le doigt sur la couture, sauf à se mettre le doigt dans l’oeil….ce qui relèverait de l’exploit pour un manchot.

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J’oubliai : voici la version métropolisée du premier paragraphe de cette chronique, écrit dans un français emprunté au vocabulaire de dix Etats ou régions francophones ; et rien ne sert de pétouner, il n’y a rien de zirable à ce que le buvard sous un bouillard ayant bâsi, il eût une béluette pour écrire ainsi :

Par une marée noire, la berceuse à la bouche sucrée, bien qu’elle était crabe, se mit à la chotte. Il pleuvait tafait en farinant. Le blocus l’obligeait à virguler pour aller chercher du blé d’inde et la carte-vue d’un joufflu comme un suisse, promise à sa championne acadienne qui ignorait comment écrire baboune, baranquer ou bailler en Akkadien.

Soit : Par une nuit sans lune, la nounou « beau parleur » bien qu’elle était timide, se mit à l’abri.  Il pleuvait beaucoup et fort mais en gouttes très fines.  L’embouteillage l’obligeait à bifurquer pour aller chercher du maïs et la carte postale d’un tamia striatus [plus connu sous le nom amérindien de chipmunk par les enfants], promise à sa nièce acadienne (de l’Acadie, région nord-américaine) qui ignorait comment écrire « grosse lèvre », bavarder ou donner en Akkadien (langue sémitique éteinte dérivée du sumérien).

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Alvin le chipmunk plus connu qu’un joufflu comme un suisse, l’écureuil terrestre doté de rayures qui le font ressembler à une R8 Gordini

Tout cela pour dire que le nénufarisme des nénupharisiens que sont les académiciens est insupportable et qu’il est grand temps de dépoussiérer, épousseter et brosser, bref réformer, moderniser et contrôler l’Institut de France et les cinq académies.  Pour ceux qui l’ignoreraient, Richelieu est mort, on peut à la Sorbonne y voir son tombeau. Molière, Beaumarchais, Stendhal, Proust, et bien sûr Zola ou Céline, n’ont pas appartenu à cette institution, pas plus que Montaigne, Ronsard, Rabelais ou Du Bellay qui n’en eurent pas le temps pour être nés trop tôt « A l’Immortalité« , devise qui figure sur le sceau donné à l’Académie par son fondateur Richelieu !

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A la chapelle de la Sorbonne, tombeau de Richelieu qui fut proviseur du collège avant de devenir le fondateur et protecteur de l’Académie en 1635

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Au fait, on attend toujours la parution de la première édition de la Grammaire de l’Académie : la première tentative de publication en 1930, après trois siècles de réflexion, tourna au combat public de plumes trempées dans le vinaigrier, au point que nos braves académiciens depuis l’ont retirée et y ont  carrément renoncé. Cherchez l’erreur : Maurice Grévisse eut le Bon usage de ne point se porter candidat à l’Académie. Un certain maréchal, oui. Car pour nous qui aimons la langue française, plus nous plaît le bon usage que le massacre du devoir.

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