Il était une fois les maharadjahs

INDIA
A la veille de l’indépendance  des Indes en 1947, il existait encore plus de 650 Etats princiers ayant à leur tête un Grand roi appelé Maharadjah ou Nawab dans les principautés musulmanes. Le plus grand nombre et les plus importants d’entre eux décidèrent, lors de la partition de l’empire britannique des Indes entre le Pakistan et l’Inde, de rallier l’un ou l’autre des nouveaux pays indépendants, cédant leur pouvoirs autonomes conservés pendant la domination anglaise.  Depuis lors, les maharadjahs ont perdu leurs privilèges, le dernier d’entre eux ayant été de bénéficier d’une pension civile qui leur fut enlevée en 1971 par Indira Gandhi, alors Premier ministre. Cette décision abolissait tous les pouvoirs et bénéfices temporels des maharadjahs qui ne conservent plus en propre que leur titre princier à léguer, en ligne directe, à un successeur mâle.

Benjamin Constant, Palace Guard with Two Leopards.

C’est ainsi que les grands rois des Indes ont disparu et qu’il ne nous reste plus que l’histoire, la nostalgie et les légendes pour magnifier un titre de noblesse d’une beauté exceptionnelle, celui de maharadjah qui fait toujours rêver tant celui-ci est associé aux fastes princiers intemporels des palais, des joyaux, des éléphants et des chasses au tigre, sans oublier les maharanis mystérieuses aux charmes envoûtants et les résidents anglais intriguants chargés de surveiller tout ce petit monde pour le compte du Vice-Roi des Indes et de la grandeur de l’Empire britannique héritière de l’empire moghol fondé en 1526 par Bâbur, le successeur de Tamerlan et qui réussit à conquérir toute l’Inde.

 A Mughal Prince with a Falcon
Prince Moghol, avec un faucon chasseur

Avant d’aller plus loin, réglons la question de l’orthographe française du titre. L’influence de la langue anglaise et une certaine recherche de simplicité conduisent aujourd’hui à privilégier le terme de maharaja. Une vérification dans le dictionnaire de l’Académie française confirme que le susbtantif français de bon aloi est maharadjah au XIXème et début XXème siècle, mais que l’on peut aussi se priver du « D » pour écrire simplement maharajah, le « H » conservé en fin de mot étant d’usage correct. La noblesse des rois, des empereurs et des princes feudataires exige de conserver cet H sans lequel le maharaja sans h serait quelque peu galvaudé, loin de l’esprit princier qui sied à la noblesse.

Mughal noble on horseback - miniature painting by Reza Shah Jahngir

Une carte de l’empire britannique des Indes avant 1947 montre que l’influence des maharadjahs était loin d’être négligeable, plus de la moitié du sous-continent étant placée sous leur autorité. Il faut se souvenir que le Raj britannique, c’est-à-dire l’Empire britannique des Indes, avait succédé à la Compagnie britannique des indes orientales tenue indirectement pour responsable de la révolte effroyable des Cipayes en 1856-1858, à l’origine de plusieurs centaines de milliers de morts et qui avait été proche de faire perdre aux Anglais le contrôle total des Indes. L’organisation du Raj placé sous l’autorité du Vice-Roi des Indes représentant l’impératrice Victoria, avait conduit à distinguer l’Inde britannique, c’est à dire  les territoires dominions placés sous l’autorité directe du Vice-Roi, et les Etats princiers conservant leur autonomie administrative, fiscale et juridique, en dehors des pouvoirs militaire et diplomatique détenus par le Vice-Roi, un résident anglais veillant à ce que l’exercice de ce pouvoir autonome soit conforme aux Intérêts de la Couronne anglaise.

Olive, neither of the East nor of the West
Ce système allait durer près d’un siècle, les Anglais ayant renoncé en 1858 à la doctrine du lapse qui prévoyait qu’en l’absence d’un héritier mâle direct, l’Etat princier tombait sous le contrôle direct de la compagnie des Indes à laquelle succéda le Raj britannique sans volontairement conserver cette modalité de transfert brutal de propriété des territoires qui avait conduit à ce que huit Etats princiers passent sous contrôle britannique direct entre 1848 et 1856.

A l’inverse de la légende dorée qui voudrait que la domination britannique sur les Indes fut tranquille et sans histoire, bénéficiant d’une léthargie des maharadjahs comparable à celle de nos rois fainéants carolingiens, les Anglais n’ont cessé de rencontrer une opposition jusqu’à ce que la révolte des Cipayes ne décidât du sort des armes et imposât aux Britanniques de revoir tout leur système défaillant de colonisation des Indes. Une relative période de calme s’ouvre après les actes de vengeance aveugles de 1858, accalmie qui durera jusqu’au début de la Première guerre mondiale. Celle-ci transforme radicalement la relation entre le le suzerain anglais et les vassaux indiens mis à contribution pour l’effort de guerre. Plus d’un million et demi d’Indiens sont alors mobilisés : en témoigne la photographie ci-après de Bupinder Singh, maharadjah de Patiala dans le Pendjab, en visite sur le front occidental, dans les Flandres, avec des généraux belges en 1918. Ils furent ainsi 70.000 soldats des Indes Britanniques, les Sepoys, à participer dès 1914 aux combats dans le Nord de la France, dont les célèbres lanciers du Bengale.

WWI Bupinder Singh, the Maharaja of Patiala, India with Belgian Generals visiting the Western Front. c.1918

Ces soldats reviendront avec l’idée d’égalité et d’autonomie qui renforce la volonté d’indépendance à l’occasion de la Seconde guerre mondiale au cours de laquelle, à nouveau, plus d’un million d’Indiens sont mobilisés pour combattre sur divers fronts à travers le monde.

Le plus grand nombre des Maharadjahs feront preuve d’un très grand esprit de responsabilité en 1947 lors de l’indépendance, pour éviter que toute l’Inde ne s’embrasât lors de la partition enflammée entre l’Inde et le Pakistan. Ils choisiront en effet de rejoindre l’un ou l’autre des deux pays en obtenant côté pakistanais une garantie d’autonomie qui durera jusque dans les années 70, et du côté indien, le maintien de leurs propriétés et le bénéfice d’une pension civile qui ne disparaîtra qu’en 1971. Et même si à cette date, les maharadjahs ne possèdent plus qu’un titre de noblesse, ils n’en ont pas moins conserver, en fonction de la prospérité de leurs affaires, un certain goût fastueux associé à l’image des pierres précieuses, des voitures de luxe, des palais de rêve et des éléphants d’apparat.

The state durbar decorated elephant, with attendants of the Maharaja of Mysore. Royal India.
Mais tout cela ne serait rien sans les maharani et rani, ces reines et princesses royales qui ajoutent la grâce et la beauté naturelle aux cours princières.
ca. 1740. A woman flying a Kite. from the kingdom of either Bikaner or Jodhpur in present-day Rajasthan, India. This form is known as a Nazar painting, meaning it was presented to the maharaja on a special occasion. opaque watercolor on paper, 573 x 421 mm, © V&A

 

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