Sur le chemin de Montaigne pour « y voir des routes à nous sauver »

A la chasse aux histoires de Cervières | Loire Solidaires

Un lecteur assidu de l’auteur virtuel vient d’adresser un supplément à la chronique consacrée au voyage en Italie de Michel Montaigne, qui apporte des informations fort intéressantes sur le voyage à Rome de Montaigne, le citant fort opportunément s’agissant d’affronter la maladie.

« Pour moy, je n’entre point au désespoir, et me semble y voir des routes à nous sauver »

Ce supplément transmis par ce lecteur assidu qui se trouve être aussi un Sage ayant longtemps vécu en Afrique, évoque aussi la traversée du Forez par Montaigne, de Thiers à Feurs passant à proximité de Noirétable et Cervières, le pays des ancêtres de l’auteur virtuel. La route qui allait de Clermont-Ferrand à Lyon ne passait pas alors par les vallées, mais par les montagnes. Ce ne sera qu’au dix-neuvième siècle que la future nationale 89 sera construite, exigeant de grands travaux pour franchir les cours d’eaux et trouver des passages dans les gorges étroites. Tout ceci rappelle à l’auteur virtuel qu’il a un roman à poursuivre et terminer, intitulé la Tempêtedont quelques chapitres ont été mis en ligne sur le site des Lettres d’ivoire. 

La Petite Hirondelle: Visite du village de Cervières. Avril 2013

Voyage virtuel en temps de confinement, 

(Texte rédigé par Guy Clouet)

Un certain O-C.G. de mes neveux vient de publier une fort intéressante chronique dont il a une effervescente et bouillonnante manière d’aborder ses récits. Commentant le voyage en Italie de Michel de Montaigne, il agrémenta son propos d’une carte reproduisant le parcours de ce penseur entre son lieu de résidence près de Paris et la ville de Bordeaux où Montaigne venait d’être élu maire. Ce fut une longue route dont je ne dirai rien sinon d’en reproduire un extrait du texte original « en vieux françois » de l’époque de ce penseur.

Introduction | Cairn.info

Extrait du « Voyage de Rome » de Michel de Montaigne

« Il étoit encore aux Eaux della Villa, le 7 Septembre [1581], lorsqu’il apprit par une Lettre de Bordeaux, qu’on l’avoit élu Maire de cette Ville le 1 Août précédent. Cette nouvelle lui fit hâter son départ de Lucques il prit la route de Rome. Montaigne de retour à Rome y fit encore quelque séjour dont on voit ici le détail. C’est-là (47) qu’il reçut les Lettres des Jurats de Bordeaux qui lui notifioient son Election à la Mairie de cette Ville, & l’invitoient à s’y rendre au plutôt. Il en partit accompagné du jeune d’Estissac, & de plusieurs autres Gentils-hommes qui le reconduisirent assez loin, mais dont aucun ne le suivit, pas même son Compagnon de voyage. Sa route dans laquelle il retrouva l’hiver, & qu’il fit avec une santé chancelante, puisqu’il rendoit de tems en tems du sable ou des pierres, fut par Ronsiglione, San-Chirico, Sienne, Pontalcé, Luques & Massa di carrara. Il avoit fort envie de paisser à Gênes, & il n’y va point par les raisons qu’il rapporte. Il prend par Pontemolle & Fournoue, laisse Cremone, & vient à Plaisance, dont il donne une courte description. Il voit Pavie & sa Chartreuse, qu’il décrit aussi sommairement, passe à Milan sans s’y arrêter, & de là par Novarre & Verceil, il arrive à Turin, que l’on ne peut, reconnoître dans l’idée mesquine qu’il en donne. Novaleze, le Mont-Cenis, Montmelian, Chambery, n’ont qu’un trait de plume. Il passe par la Bresse, & arrive à Lyon, Ville qui lui plut beaucoup à la voir: c’est le seul mot qu’il en dit. De Lyon, il traverse l’Auvergne & le haut Limousin pour entrer dans le Périgord; & il se rend par Périgueux au Château de Montaigne – Longae finis chartaeque viaeque »

Le côté intéressant de ce journal de voyage, dont mon neveu fait son profit pour commenter les problèmes de santé actuels, est dans le constat que la maladie est une entrave à notre liberté et comme le pense Montaigne : « Pour moy, je n’entre point au désespoir, et me semble y voir des routes à nous sauver », citant le vieil Horace : « Peut-être un dieu, par un retour favorable, nous rendra-t-il notre premier état », qui sera celui de retrouver la santé, de voyager en toute liberté et de nous mouvoir là où nos envies de découvertes nous emmènent de par le monde.

Le chemin de Montaigne

J’ai eu la surprise en lisant la chronique de mon neveu d’y voir apparaître un court morceau de l’itinéraire de Michel de Montaigne sur son retour. De Lyon, celui-ci traverse l’Auvergne, empruntant la route vers Thiers, par la route nationale 89. Cette section Feurs-Thiers passe par le Forez dont voici plus après la carte détaillée. Il

faut savoir pourquoi cette section du voyage intéresse particulièrement mon neveu. J’ai eu l’occasion au moins deux fois d’emprunter cet itinéraire car il est un des rares à faciliter la traversée du Massif Central entre Rhône et Loire sans avoir à contourner par le Nord ou par le Sud cette région de montagnes fort belles au demeurant.

 

Sortir Rhône | Marchez sur les traces de Montaigne

A mi-parcours vous trouverez le bourg de Noirétable. Par la petite route qui grimpe vers le nord, la D 24, vous allez au village de Cervières. C’est une petite merveille ! Perchée sur un piton, on domine la campagne environnante et, particularité notable, par beau temps on peut apercevoir le Mont Blanc loin dans les Alpes. Mais Cervières, c’est aussi le lieu des sépultures des ancêtres de mon neveu. Dans les petits villages alentour ses arrière-grands-parents paternels y ont œuvré pour l’éducation.

Ancienne ville fortifiée de Cervieres

Son arrière Grand-père Jean-Baptiste enseigna dès 1890 au lieu-dit Le They village de Morand ; son arrière Grand-mère le rejoignit dans l’enseignement et fut institutrice à Noirétable tandis que son époux y devint directeur de l’école publique. Mais il n’y passa pas sa retraite car il mourut à 61 ans en 1917 laissant son épouse terminer sa carrière d’enseignante en 1935 avant de rejoindre son plus jeune fils en Anjou.

La Petite Hirondelle: Visite du village de Cervières. Avril 2013

A partir de Boën- sur-Lignon, on entre dans le « Pays des jasseries ».Ce sont des fermes, en général isolées, sur les pentes du Mont Pilat. On y fabrique des fourmes, fromages à base de lait fourni par les troupeaux qui vivent sur ces plateaux du Forez. La région offre bien d’autres motifs de s’y arrêter ; Les forêts alentours sont parsemées de sites archéologiques entourées de légendes et offrent des vues pittoresques comme les « Pierres branlantes ».

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Mais le seul village de Cervières donne au promeneur matière à voir des restes médiévaux par ses portes, ses fortifications, les restes de son ancien château, ses ruelles étroites et certaines bâtisses dont la maison des Grenadières dont il faut visiter le musée où travaillent encore des brodeuses sur fil d’or qui ornent nombre d’uniformes militaires et coiffures des personnels officiels (dont les académiciens, ajout de l’auteur virtuel).

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A l’entrée du cimetière au bout du village, descendez quelques marches et vous trouverez la stèle familiale dont on peut remarquer notamment les noms de Rémy Ronzier Chevalier de la Légion d’Honneur ; de Jean-Baptiste Garnier, officier de l’Instruction publique.

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Accéder au cimetière de Cervieres l’hiver peut être ardu pour un convoi funéraire lorsqu’il neige ; il n’est pas rare de devoir attendre le dégel pour s’y rendre (note de l’auteur virtuel)

Forez Info - Cervières (La Flèche d'or)

Logis à l’entrée du bourg, autrefois hôtellerie, aujourd’hui restaurant (la Flèche d’or)