Au cimetière juif du mont des Oliviers à Jérusalem


A l’approche de la semaine Sainte, un retour à Jérusalem s’impose en passant par le mont des Oliviers. Celui-ci n’est pas très élevé, culminant à 808 mètres d’altitude pour être précis, soit un dénivelé d’environ deux cents mètres par rapport à la vieille ville de Jérusalem situé à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est donc plus une colline surplombant la vieille ville séparée du mont par la vallée du Cédron qui court le long du mur oriental de l’esplanade des mosquées. On aperçoit au loin les coupoles du Saint Sépulcre élevées sur la colline du Golgotha qui se trouvait en dehors de l’enceinte de la ville.

Au temps du Christ, et aujourd’hui encore, le mont des Oliviers était principalement occupé par le cimetière juif qui est le plus grand au monde. Ce serait là que commencerait la résurrection des morts, le Messie inaugurant son retour en ce lieu selon une prophétie juive mentionnée par Flavius Josèphe dans les Antiquités juives. Il n’y a donc pas que la vue qui soit intéressante pour envisager une sépulture dans ce cimetière, même si nul ne sait l’intérêt véritable de ressusciter parmi les premiers. Ce n’est pas comme au cinéma où se précipiter dans la salle permet de choisir la meilleure place, il se peut que tout soit bien organisé comme au théâtre, avec une place fixe au balcon ou dans les loges, allez savoir.  En tout cas, si c’est comme dans les laveries libre-service où les premiers arrivés abusent en réquisitionnant toutes les machines, alors par prudence, une bonne place dans ce cimetière s’impose. L’avis de quelques rabbins ou théologiens sur la question serait intéressant à connaître, il doit y en avoir.

This is the Mount of Olives taken from the Temple Mount. The cemetery goes back to the time of Christ. Jerusalem, Israel.    Mont des Oliviers. JESURALEM

Vues sur le mont des Oliviers et le cimetière juif, à partir du Mont du Temple à Jérusalem 

Il n’y a pas que l’intérêt de la vue et les perspectives de résurrection qui incitent à trouver une place dans ce cimetière quelque peu surpeuplé depuis plus de deux ou trois mille ans. C’est aussi une question de prestige. on y côtoie du beau monde comme Yad Avshalom, le troisième fils de David, roi d’Israël. On connaît la vie d’Absalom par le deuxième livre de Samuel, dont on retiendra que porter les cheveux longs peut mener à sa perte quand au moment de s’enfuir après une bataille perdue dans la forêt d’Ephraïm, ceux-ci se prennent dans les branches des arbres, devenant alors une cible facile pour le général ennemi, Joab, qui le transpercera de flèches alors que le roi David lui avait demandé d’épargner son dernier fils en vie.

Gravure Gustave Doré la Bible Ancien Testament Mort d'Absalom      Gravure Gustave Doré la Bible Ancien Testament David inconsolable de la mort d'Absalom

La mort d’Absalom et David inconsolable de la mort de son fils Absalom, la Bible illustrée, gravures de Gustave Doré

Heureusement Absalom avait pensé à tout, de son vivant, et notamment édifier un monument funéraire comme le raconte Samuel : Absalom avait pris et dressé pour lui, de son vivant, une stèle qui est dans la vallée du Roi ; car il disait : Je n’ai pas de fils pour rappeler la mémoire de mon nom. Et il appela la stèle de son nom ; et elle est appelée jusqu’à ce jour le monument d’Absalom (livre 2, 18-18).

Mais comme rien n’est jamais simple en matière biblique, le monument actuellement visible dans le cimetière juif de Jérusalem n’est pas cette stèle évoquée par Samuel. Le monument de Yad Avshalom daterait du premier siècle de notre ère, soit dix siècles après la construction de la stèle évoquée par Samuel.

A proximité de ce monument, on trouve aussi la tombe attribuée au prophète Zacharie, fils de Bérékia, fils d’Iddo, qui sous le règne de Darius 1er, roi de Perse en 520 avant Jésus-Christ, annonce la venur d’un messie. Ce prophète qui serait l’auteur du Livre de Zacharie ne doit pas être confondu avec Zacharie, le père de Jean-Baptiste.  Son monument funéraire date de la même période que celui d’Absalom. Il est monolithique, avec des colonnes de style ionique et une corniche égyptienne.

Autre monument grec du 1er siècle de notre ère, relié à la tombe de Zacharie, la tombe de la famille Benei Hezir visible à gauche du monolithe sur la photographie ci-après :


La tombe de Benei Hezir serait la plus ancienne de la vallée du Cédron et serait ainsi appelée car le nom de cette famille figure sur l’épistyle supporté par les deux colonnes et deux pilastres grecs parfaitement visibles sur la photographie.  L’inscription en hébreu mentionne plusieurs générations d’une famille juive : Ceci est le tombeau pour … Eléazar, Honiah, Joâzer, Chemâoun, Jehoudah, Jokhanan, fils de Jad… pour Eléazar fils de Honiah. Leur maison (est celle) des Béni Hezir

Cette inscription découverte par M. de Saulcy lors de son premier voyage en terre sainte en 1850-1851, a été recopiée quelques années plus tard par le comte Melchior de Vogué. Celui-ci, peut-être quelque peu emporté par son prénom enchanteur, en avait conclu en 1864, dans un mémoire lu devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, après avoir estamper ce texte précieux,  qu’il s’agissait assurément du tombeau de Saint Jacques comme le prétendait la tradition chrétienne, considérant l’histoire des écritures sémitiques qui auraient varié dans le temps. M de Saulcy de son côté conteste cette affirmation, évoquant la probabilité d’un usage de deux écritures hébraïques distinctes, l’une de nature  sacrée, de nature carrée, l’autre vulgaire destinée aux usages ordinaires, et notamment à la composition des légendes monétaires destinées à être comprises de tout le monde. M. de Saulcy, de son côté, concluait de cette indication de lignée que les personnages enterrés dans le tombeau était par Hézir, fils d’Eléazar, fils d’Aaron, d’une famille sacerdotale qui a pu compter parmi ses membres des souverains pontifes, ajoutant que de fait après le retour de captivité, le grand prêtre Jaddoua, le Jaddous de josèphe, contemporain d’Alexandre le Grand a eu pour fils et successeur Onias 1er, dont le nom se retrouve dans la forme hébraïque Honiah.

Cent cinquante ans plus tard, les passions archéologiques pour les traductions d’inscriptions hébraïques sur les frontons des tombeaux  sont quelque peu retombées. Aux dernières nouvelles, ont n’a pas retrouvé avec certitude le tombeau du premier évèque de Jérusalem, Jacques, on n’est pas certain du tout de pouvoir attribuer à tel ou tel Zacharie le tombeau monolithique ionique et quant à la stèle d’Absalom, on est absolument certain que ce n’est pas celle d’origine si tenté qu’elle puisse être attribuée à Absalom dont la légende veut que ses cheveux se soient accrochés à des branches d’arbres alors qu’il s’enfuyait après la déroute. Car en matière d’archéologie, trop de certitudes souvent nuisent à la science.

La mort d’Absalom, livre d’Heures de Rome, Horae ad usum Romanum

 Cette promenade à Jérusalem au mont des Oliviers dans le cimetière juif au milieu des tombeaux héllénistiques, n’aura pas été totalement inutile même si le doute persiste en matière de résurrection pour savoir par qui commencer. Elle nous remet en mémoire le titre d’un livre de Faulkner assez hermétique au premier abord et qui est pourtant l’un de ses meilleurs, Absalon, Absalon !

Le roman du Prix Nobel 1949 fait référence au deuxième livre de Samuel, 19,1 : Mon fils Absalon ! mon fils ! Mon fils Absalon ! que ne suis-je mort à ta place ! Absalon mon fils ! mon fils !

A l’issue de ces promenades les jours prochains dans Jérusalem, il ne faudra pas oublier d’évoquer Faulkner qui évoquant ses racines sudistes précise qu’il est né en 1898 et est mort en 1865. C’est un peu vrai pour tout le monde cette histoire de mourir avant d’être né, cela laisse augurer que la résurrection est une affaire de perspective.

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