L’Ordre du Croissant

René d'Anjou, Roi de Naples, de Sicile, de Jérusalem et d'Aragon, duc d'Anjou, de Lorraine et de Bar, comte de Provence, sénateur du Croissant (1449), Armorial des chevaliers de l'ordre du Croissant.
S’il est un ordre auquel l’auteur virtuel souhaiterait appartenir, c’est bien celui du Croissant qui n’est pourtant pas un hommage mérité au génie français de la pâtisserie ou la reconnaissance sultanesque d’un fait d’armes ottoman, encore que Sélim III organisa en 1801 un ordre du Croissant hiérachisé destiné aux diplomates et militaires étrangers.

Ordre du Croissant Organisée et hiérarchisée par le sultan Sélim III en 1801, cette distinction était réservée aux militaires et diplomates étrangers | par OTTOMAN IMPERIAL ARCHIVES

Médaille figurative de l’ordre du croissant constitué par le sultan ottoman Selim III

L’ordre du Croissant ici évoqué est celui fondé en 1448 par le roi René d’Anjou, roi de Naples, roi titulaire de Jérusalem, roi titulaire de Sicile et d’Aragon, duc d’Anjou, duc consort de Lorraine et duc de Bar, comte de Provence et de Forcalquier, marquis de Pont-à-Mousson, Pair de France et sénateur du Croissant, soit autant de titres dynastiques qui firent du Bon Roi René comme il était appelé par ses sujets, l’un des souverains les plus puissants d’Europe, d’autant plus illustre qu’il exerça le pouvoir avec sagesse, prudence et discernement.

Titre : Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Français 25204 2r

Statuts de l’ordre du Croissant fondé en 1448

L’ordre du Croissant est tout simplement un ordre de chevalerie français constitué pour la première fois par Charles d’Anjou, frère de Louis IX roi de France, à Messine en Sicile, en 1268, pour honorer ceux qui contribuèrent à sa victoire lors de la bataille du lac Ficin face aux troupes de Corandin, petit-fils de l’empereur romain Frédéric II de Hohenstaufen,  roi de Germanie, roi de Sicile et roi de Jérusalem. Le roi de France Jean le Bon lui ayant substitué ultérieurement l’Ordre de l’Etoile, ce premier ordre du Croissant tomba en désuétude.

René d'Anjou, Roi de Naples, de Sicile, de Jérusalem et d'Aragon, duc d'Anjou, de Lorraine et de Bar, comte de Provence, sénateur du Croissant (1449), Armorial des chevaliers de l'ordre du Croissant.  Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Type : manuscrit Langue : Français Format : Papier. - 65 feuillets. - 195 × 130 mm. - Reliure veau fauve, aux armes de Saint-Victor Droits : domaine public Identifiant : ark:/12148/btv1b8470042b  Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448).

Armorial de l’ordre du Croissant, XVème siècle, manuscrit français de 65 feuillets aux armes de saint Victor

C’est le 11 avril 1448 que le Roi René fonda le second ordre du Croissant, dédié à Saint Maurice d’Agaune, qui fut massacré ainsi que toute la légion thébaine qu’il commandait pour avoir refusé d’obéir aux ordres de persécution des Chrétiens du Valais, donnés par  l’empereur romain Maximien.

History of Saint-Maurice d'Agaune - Medieval Histories

Saint Maurice d’Agaune, soldat égyptien de Thèbes, aux traits africains soulignés 

Dans le canton du valais en Suisse, on peut aujourd’hui visiter l’une des plus anciennes abbayes d’Europe, fondée en 515 par le futur roi Burgonde Saint Sigismond pour honorer  sur le site même d’un ancien sanctuaire dédié à la mémoire de Saint Maurice d’Agaune par le premier évêque du Valais, Théodore. Il s’y trouve un trésor éblouissant auquel le musée du Louvre consacra une exposition au printemps 2014.

Trésor de l'abbaye de saint Maurice d'Agaune. Musée du Louvre. Jusqu'au 16 juin 2014

La collection comprend notamment un reliquaire de la période mérovingienne, datant de 700 environ, ainsi qu’un vase dit de saint martin datant du VIème siècle et une aiguière dite de Charlemagne datant du IXème siècle.

Coffret-reliquaire du prêtre Teudéric, Première moitié du VIIème siècle, Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune © Trésor de l’Abbaye de Sant-Mauri... Vase de sardoine dit de saint Martin, Ier siècle avant JC, VIesiècle, Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune  Le Trésor de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune au Musée du Louvre. Aiguière dite de Charlemagne, milieu IXe siècle ? Emaux. Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. © Trésor de l'Abbaye de Saint-Maurice. Jean-Yves Glassey et Michel Martinez.

La Toison d’orde son côté, est l’ordre de chevalerie espagnol créé quelques années plus tôt à Bruges en 1430 par Philippe le Bon duc de Bourgogne ; il servit de référence à l’ordre du Croissant , sans que ce dernier cependant rencontrât le même succès que son alter ego ibérique. L’ordre de la Toison d’or qui se transmettait par les hommes, fut repris à son compte par Charles le téméraire, successeur de Philippe le Bon, puis après la mort de ce dernier à la bataille de Nancy en 1477, par Maximilien d’Habsbourg qui le transmit à l’empereur Charles Quint qui fixa le nombre des chevaliers de la Toison d’Or à 51. l’ordre de la Toison d’or est toujours décerné par l’Espagne, la France en reconnaissant le port licite sous couvert d’une autorisation décernée par la Chancellerie de la légion d’honneur.

Jehan de Crequy – Bruges 1468 (©KIK-IRPA)

Le grand armorial de la Toison d’or par Jehan de Créquy, Bruges, 1468

Le nombre des chevaliers de l’ordre du croissant fut fixé à trente-six par le Roi René, qui portaient un manteau de velours rouge doublé de satin blanc, sur lequel au côté droit était cousue la devise de l’ordre : Los en croissant, ce qui sous-entend en vieux français : augmentez en vertus et vous serez loués. Parmi les membres célèbres de l’ordre, on peut citer le duc de Milan et condottiere Francesco Sforza ou le comte de Lorraine Ferry II.

Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Type : manuscrit Langue : Français Format : Papier. - 65 feuillets. - 195 × 130 mm. - Reliure veau fauve, aux armes de Saint-Victor Droits : domaine public Identifiant : ark:/12148/btv1b8470042b  Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Type : manuscrit Langue : Français Format : Papier. - 65 feuillets. - 195 × 130 mm. - Reliure veau fauve, aux armes de Saint-Victor Droits : domaine public Identifiant : ark:/12148/btv1b8470042b  Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448).

Armorial de l’ordre du Croissant, XVème siècle, manuscrit français de 65 feuillets

Une seule exigence primait pouvdevenir membre de l’ordre, avoir ses quatre quartiers de noblesse, et donc être duc, prince, marquis, comte, vicomte ou issu d’ancienne chevalerie, et gentilhomme de ses quatre lignées, et que sa personne fut sans vilain cas de reproche, sans oublier évidemment quêtre chevalier signifiat batailler.

Le collier de l’ordre constitué de trois chaînes d’or et de trois chaînettes d’or auxquelles était suspendu  un croissant d’or permettait en effet d’apprécier le courage et la vertu des chevaliers au nombre des ferrets d’aiguillettes d’or qui figuraient chacuns une participation à une bataille ou un siège.

Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Type : manuscrit Langue : Français Format : Papier. - 65 feuillets. - 195 × 130 mm. - Reliure veau fauve, aux armes de Saint-Victor Droits : domaine public Identifiant : ark:/12148/btv1b8470042b  Jean d'Anjou, Duc de Calabre et de Lorraine, sénateur du Croissant, Armorial des chevaliers de l'ordre du Croissant.  Arms from the 15th c. French manuscript, Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448).  Statuts de l'Ordre du Croissant, fondé par René d'Anjou (1448). Date d'édition : 1401-1500 Type : manuscrit Langue : Français Format : Papier. - 65 feuillets. - 195 × 130 mm. - Reliure veau fauve, aux armes de Saint-Victor Droits : domaine public Identifiant : ark:/12148/btv1b8470042b

Armorial de l’ordre du Croissant, XVème siècle, manuscrit français de 65 feuillets

L’ordre du Croissant ne survécut pas à son créateur. Une bulle du pape Paul II y mit un terme en 1460. Ce qui n’empêcha pas le croissant de partir à la conquète du monde sous sa forme culinaire, dans les années qui suivirent.  car n’en déplaise aux Autrichiens ce ne sont pasles  deux patissiers autrichiens Zang et Schwarzer qui en firent la renommée à partir de la boulangerie viennoise du 92 rue de Richelieu à Paris au milieu du dix-neuvième siècle,  pas plus que le siège de Vienne par l’armée turque en 1683 ne l’aurait popularisé auprès des troupes et de la population autrichiennes à partir d’un gâteau sucré ottoman.

The original Boulangerie Viennoise in 1909 (when it was owned by Philibert Jacquet). The bakery proper is at left and its tea salon at right. The birth of the croissant itself – that is, its adaptation from the plainer form of kipferl, before the invention of viennoiserie – can be dated to at latest 1839 (some say 1838), when an Austrian artillery officer, August Zang, founded a Viennese bakery (

Boulangerie viennoise du 92 rue de Richelieu où l’ancien officier d’artillerie autrichien Zang prétend avoir donné naissance au croissant qu’il servait dans le salon de thé d’à côté. Il semble plutôt avoir servi du pain grillé Jacquet comme en témoigne la photo.

On retrouve en fait dans les archives culinaires du royaume de France une première trace de la réalisation de « quarante gâteaux en croissant » à un banquet offert par la reine de France en 1549. Quant au croisant feuilleté au beurre, son invention ne daterait que des années 1920 et serait indéniablement parisienne, preuve frréfutable que si le diable peut se glisser dans les détails pour nous y perdre, le génie lui se retrouve dans les miettes pour nous laisser sur notre faim, autre proverbe de l’auteur virtuel.

Recette des croissants feuilletés pur beurre avec une recette facile à faire - Kaderick en Kuizinn© #croissant #recette #foodphoto

La civilisation du croissant feuilleté pur beurre  a de beaux jours devant elle, encore que la France est le seul pays au monde à avoir coupé la tête d’une reine, certes autrichienne, Marie-Antoinette, pour avoir proposé de manger de la brioche à ceux qui réclamaient du pain !

La Brioche, tableau de Jean-Baptiste Siméon Chardin, 1763, musée du Louvre, Paris

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