A la recherche de terres d’asile

Alors que, de par le monde, des millions de gens se retouvent parqués dans des camps de réfugiés ou errant à la recherche d’une nouvelle vie, nous qui nous enivrons de la douceur du jour, pour reprendre un vers de Czeslaw Milosz, devrions retrouver les réflexes associés à l’instinct de survie, en commençant à établir, par prudence, une liste des lieux de refuge dans l’hypothèse où tout irait mal, sans pour autant aller jusqu’à préciser à l’excès le risque conduisant à trouver, dans l’urgence, une terre d’asile. Parfois les circonstances s’y prêtent, comme pour Marlène Dietrich qui préfère rester à Hollywood plutôt que de s’en retourner en Allemagne nazie, son pays de naissance, éxécrant ce régime au point de s’engager dans l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale (photographie ci-dessus).

Milosz, écrivain polonais, demande asile en 1950 à la France puis s’installe aux Etats-Unis en 1960 où il devient citoyen américain en 1970.Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1980.

Après tout, il n’y a pas que les Syriens, les Erythréens ou les Soudanais qui se sont retrouvés obligés de fuir un pays en proie aux fureurs destructrices de criminels endurcis. Ainsi, de nombreux Juifs d’Europe cherchèrent la voie de l’exil lorsqu’Hitler prit le pouvoir en 1933 pour conduire une politique de destruction du peuple Juif désigné comme bouc émissaire de tous les maux du peuple allemand ; il mena dans le même temps une politique de provocations, annexions et agressions à l’origine de la Seconde guerre mondiale, qui par ricochet incita les Français à prendre, par millions, le chemin temporaire de l’exode en mai 1940.

944.442 WAU - L'exode de 1940 / E. Wauters. Il y a 70 ans, de nombreux Haut-Normands ont vécu un épisode dramatique de notre Histoire nationale : l'exode de 1940. L'événement a souvent été évoqué en famille, sans doute parce qu'il a constitué une aventure exceptionnelle dans la vie quotidienne, à la fois prélude aux difficultés de l'occupation et croisement de l'expérience individuelle et de la « grande Histoire ».  Brutalement, en mai 40, les armées allemandes déferlent sur la France avec une force insoupçonnée. Tout comme des millions de civils, l'armée française en débandade est poussée sur les routes de l'exode. Le 12 juin 1940, le jeune soldat Jean Villette, chartrain d'origine, obéit à l'ordre de retraite du commandement militaire français et quitte le camp de Satory près de Versailles où il est mobilisé depuis des mois. Commence alors une interminable errance à pied vers le sud.Suite française - Prix Renaudot 2004 de Irène Némirovsky et autres, http://www.amazon.fr/dp/207033676X/ref=cm_sw_r_pi_dp_zH0jtb1CRR272

L’exode de 1940 est l’un des traumatismes les plus marquants de l’histoire de France. Cet épisode tragique incite à la compréhension s’agissant de peuples se retrouvant dans la même situation. « Suite française » est un roman qui se déroule à cette époque : il a été écrit par Irène Nemirovsky, d’une famille juive originaire d’Odessa qui fuit la révolution russe en 1918 et s’installe à Paris en 1919. Devenue écrivain, elle est arrêtée comme « juive apatride » en juillet 1942 par la gendarmerie et déportée à Auschwitz dont elle ne reviendra pas.

Croire que le monde est stable pour toujours est faire preuve d’une ivresse bien coupable. Nous pouvons tous, un jour ou l’autre, être conduit à envisager de prendre le chemin de l’exode. Peu importe la raison, il faut s’y préparer et être prêt. Ce qui suppose d’établir une liste des lieux où se rendre si d’aventure tout tournait mal, ce qui ne serait pas la première fois, nous connaissons tous, dans nos famille, des personnes qui quittèrent par exemple brusquement Lisieux pour se rendre en Dordogne chez des cousins éloignés, ou qui, dans des conditions périlleuses, traversèrent la France de Brest vers le pays de Forez pour mettre à l’abri leur progéniture.

L'exode en 1940 C'est sans nul doute le grand traumatisme de cette année, celui qui jette sur les chemins de France des familles entières réduites au statut de réfugiés.

Réfugiés français sur la route de l’exode, en juin 1940

Et l’une des questions clés qu’il convient d’anticiper est, dans cette sirtuation, l’approvisionnement comme en témoigne la photographie ci-après prise en france pendant la seconde guerre mondiale.

Difficultés d'approvisionnement

L’histoire n’étant qu’un éternel recommencement, la prudence impose donc d’anticiper des événements catastrophiques qui ne seraient pas forcément des guerres, mais pourraient être associés aux effets du changement climatique ou à des risques environnementaux tels que des explosions de sites chimiques ou le survol de nuages radioactifs qui ne s’arrêtent pas tous aux frontières, sans compter les pénuries alimentaires ou tout simplement la pollution liée à l’hypertrophie urbaine rendant l’air plus ou moins localement irrespirable.

Pripiat, ville abandonnée près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

Pripiat, ville abandonnée près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, baiser empoisonné de l’URSS défunte à l’Ukraine en mars 1986

Cette recherche de terres d’asile pour être bien menée, doit commence par écarter systématiquement des lieux de prétendu refuge où surtout ne pas se rendre. Parallèlement, la réflexion doit être conduite pour établir une liste suffisament longue et convaincante pour faire face à toutes les circonstances possibles qui sont susceptibles d’être fort variées, de Poutine devenu fou furieux voulant rayer de la terre toutes les grandes capitales européennes, perspective heureusement peu probable, aux menaces terroristes de toutes sortes, sans compter la généralisation de l’alimentation biologique qui conduirait à ne plus se nourrir que de brocolis, de poireaux et d’artichauts, perspective funeste, hélas, qu’il n’est plus possible d’ignorer.

http://www.regimesmaigrir.com/actualites/article.php?id=1376

La recherche d’un refuge doit aussi écarter les grands précédents historiques, car si l’histoire est répétition, on ne peut pour autant se contenter de marcher dans les pas des prédécesseurs ayant fui, à un moment ou à un autre un péril imminent. Ainsi de la Longue marche des Maoïstes qu’il n’est pas la peine de répéter d’autant que cet épisode héroïque est largement discuté par les historiens.

Ou encore du refuge choisi dans la Sierra Maestra, à Cuba, par Fidel Castro et quinze autres survivants après l’échec du débarquement en décembre 1956, un lieu où personne ne devait survivre selon le dictateur Batista alors au pouvoir et qui sera renversé deux ans plus tard, en janvier 1959.

Fidel Castro reading Curzio Malaparte's

Fidel Mastro lisant « Kaputt » de Malaparte en 1958 dans les montagnes de la Sierra Maestra. Que Batista l’ait laissé tranquillement lire, constitue l’une des énigmes de l’histoire contemporaine.

Certains lieux peuvent être immédiatement oubliés pour ne pas avoir porté chance. Ainsi de la Bolivie où Che Guevera est exécuté en 1967 après avoir été pourchassé et capturé par l’armée bolivienne.

Ernesto Che Guevara1 (né le 14 juin 1928 en Argentine – assassiné le 9 octobre 1967 en Bolivie)

Le cigare ne constitue pas un talisman de survie dans les forêts boliviennes où le Che meurt en octobre 1967, exécuté par l’armée bolivienne

De même, il est conseillé de se tenir éloigné du pays cathare qui est en fait le pays albigeois des Bons Hommes et Bons Chrétiens considérés par l’Eglise comme hérétiques et traités comme tels dans le cadre d’une croisade entre le XIIème et le début du XIVème siècle.  Le souvenir des bûchers empêche d’entrevoir un asile en toute sérénité.

Château de Peyrepertuse ~ Aude  Synthèse juste et exhaustive sur la religion des cathares Quéribus, une des dernières citadelles cathares. Les cathares... Histoire tragique et passionnante.

Le château de Peyrepertuse ou la citadelle de Quéribus furent parmi les derniers refuges pour les « Parfaits » qui pratiquaient la religion cathare

On retiendra encore que se réfugier sur les bords de la Loire en cas d’invasion peut se révéler un calcul erroné en cas d’invasion allemande.  Qui se souvient que le président de la République Albert Lebrun séjourna du 10 au 14 juin 1940 au château de Cangé à saint-Avertin pour y présider en vain deux conseils des ministres, avant de partir pour Bordeaux ?

Saint-Avertin (photo Ville de Saint-Avertin)

Château de Cangé à Saint-Avertin

En revanche, à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV,  les Huguenots français ont trouvé en Hollande ou en Angleterre des terres d’accueil qui furent à l’origine de belles réussites sociales qui supposent cependant d’adhérer aux préceptes du capitalisme et d’avoir quelques dispositions dans le commerce : n’est pas marchand qui veut.

The Refugees: A Tale of the Huguenot Persecution... Wow! I didn't know that Sir Arthur Conan Doyle wrote a book about the Huguenots! I'll have to check it out and learn more about the history of what my ancestors went through.

Les Réfugiés, une histoire de la persécution des Huguenots : Arthur Conan Doyle n’a pas écrit que des contes ou romans consacrés à Sherlock Holmes, il a aussi écrit une fiction sur les  les Huguenots français sous-titrée : « une histoire de deux continents »

Reste les grandes migrations. Force est de reconnaître que les anglo-saxons en la matière, ont fait preuve d’un plus grand acharnement pour s’emparer de territoires que les Français ne l’ont fait, ces derniers étant peut-être de leur côté plus téméraires, plus aventuriers pour découvrir de nouveaux horizons que les Anglais qui non seulement défrichèrent mais exploitèrent et s’emparèrent de l’essentiel des terres arables du Nouveau monde, que celui-ci fut en Amérique du Nord, en Australie ou en Nouvelle-Zélande.

Plymouth Plantation, Massachusetts. Plymouth shows the original settlement of the Plymouth Colony established in the 17th century by English colonists, some of whom later became known as Pilgrims. They were among the first people who immigrated to America.

Plantation de Plymouth au Massachusets, témoignage de l’arrivée des premiers immigrants sur la côte américaine au XVIIème siècle

Car la recherche d’un refuge n’est pas l’aventure. Dans le premier cas, on part habité par un esprit de retour, sans être certain que cela arrive faute de maîtriser les événements. Dans le second cas, le billet de retour est compris dans le voyage, il s’agit d’explorer, non forcément de s’installer. Christophe Colomb, Magellan, Jacques Cartier ou Cavelier de La Salle sont des explorateurs, des aventuriers, de même que Hernan Cortés ou  Francisco Pizarro même si ces Conquistadors ne cessèrent d’étendres leurs territoires, jusqu’à y trouver la mort.

This was Francisco Pizarro with his army.

Les Conquistadors ne sont pas venus demander asile, loin de là, ou tout simplement explorer. Leur intention était tout autre : conquérir et par la même occasion trouver de l’or

C’est un peu la différence aujourd’hui entre un réfugié et un migrant, même si les distinctions ne sont pas aussi tranchées quer celà dans les faits. Le réfugié, contraint de partir pour échapper à la tyrannie ou aux risques mortels d’une guerre, demande asile temporaire, avec l’espoir de retourner un jour dans son pays, sans aucune certitude qu’il puisse revoir un jour son pays. Le migrant, poussé par l’esprit d’aventure ou la nécessité, souhaite changer d’horizon économique ou intellectuel, trouver de meilleures conditions de vie, sans que les liens avec le pays d’origine soient perdus. L’un vit dans le désespoir d’avoir tout perdu, l’autre dans l’espoir de commencer une vie nouvelle.

Anciennes affiches d'Air France - La boite verte

Londres est la ville préférée des Français cherchant leur avenir économique à l’étranger

Très clairement, les lieux que nous allons explorer pour trouver refuge, ou non, s’inscrivent dans la perspective du désespoir absolu, celui d’avoit tout perdu ou tout perdre, et non dans l’espoir de bâtir une vie nouvelle dont les limites relèvent du droit international et des accords migratoires entre les Nations. Certains pays acceptent plus facilement que d’autres de pouvoir s’y installer pour travailler et fonder une famille, tout simplement y vivre.

refugiés belges en calais - Google zoeken  Armenian-Refugee-Camp-Aleppo 1920s shows women and child survivors of the Armenian genocide.:

Les réfugiés belges à Calais en 1940 ou les réfugiés arméniens dans le camp d’Alep, en Syrie,  en 1920, témoignent à leur façon que l’histoire est un éternel recommencement

Reste un dernier point à soulever, la question de la langue qui est une question cruciale tant en matière d’asile que de migration. L’apprentissage d’une langue n’est pas qu’un handicap certes surmontable, cela peut aussi être considéré comme un appauvrissement en raison d’une moindre pratique de la langue « maternelle ». La recherche d’un refuge s’inscrit ici dans un cadre subordonné  à la langue française. Il ne s’agit donc pas d’une recherche universelle, quelle que soit la langue de celui qui recherche refuge. Le monde est si vaste et si compliqué qu’il serait bien prétentieux d’envisager de répondre aux choix souhaitables pour un Américain, un Chinois, un Africain ou un Indien. Il est probable que les les propositions faites seraient plus compréhensibles et acceptables pour les Européens que pour les anglo-saxons, y compris les Russophones qui ont avec la France des liens intellectuels fort anciens : après tout, Nice et Courchevel sont aussi des villes russes.

Programme d'expositions Promenade des Anglais, Nice 2015 : La « Promenade » artistique des musées niçois - Découvrez l'article sur le blog de Mister Riviera : lifestyle, tendances, bons plans, sorties à Nice, Cannes, Antibes, Monaco, Côte d'Azur, French Riviera

Nice était avant la révolution d’octobre 1917 la destination touristique prférée de la noblesse russe dont un grand nombre y émigra après 1917 ; l’effondrement soviétique entraîna après 1989 l’arrivée des oligarques russes, les nouveaux riches, sur la Promenade des anglais. 

C’est pourquoi, les propositions de lieux de refuge privilégieront les terres francophones. On s’en tient à l’ordonnance de Villers-Cotterêt de 1539 qui généralise l’usage de la langue française. cette dernière est probablement le seul bien commun, et invisible, qui unit tous les Français, c’est ausi ce qui nous relie aux Francophones du monde entier, toujours plus nombreux et qui nous permet, à nous Français, d’espérer trouver refuge un peu partout sur terre, et pourquoi pas sur mer ou, un jour ou l’autre, dans le ciel. Car sans attendre la conquête de Mars, à en croire d’une certaine façon Pascal et Descartes, l’hypothèse que Dieu parle Français est, en toute logique, probable, sans être certaine, c’est aussi irréfutable que l’éléphant. En attendant de vérifier cette hypothèse, cherchons pour l’instant où trouver refuge

Elephant_participant_au_labourage_des_champs_près_de_Blois_1941.jpg Cliquez sur l'image pour fermer la fenêtre:

Voici une étonnante photographie des désordres de la guerre : un éléphant dressé du cirque Amar labourant la terre  près de Blois en juin 1941, cornaqué par un Antillais ou un Africain. L’auteur en est Pierre Jahan, amirable photographe s’il en est, dont on peut visiter uhn site qui lui est dédié à www.pierre.jahan.com

Journée mondiale du réfugié
(A suivre)

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