Les larmes de pierres et les cendres des morts

Un monastère vieux de 200 ans détruit pas l'Etat islamique en Irak

L’annonce récente de la destruction par Daesh  du monastère Saint Elie près de Mossoul n’a rien de surprenant, hélas. Ce lieu de culte chrétien vieux de 1.400 ans n’est plus, comme une centaine d’autres en Syrie et en Irak depuis que l’Etat islamique a repris une vieille tradition de supprimer toute trace visible du christianisme en Orient, et de manière générale de tout patrimoine ne s’inscrivant pas dans leur idéologie religieuse totalitaire.

Un monastère vieux de 200 ans détruit pas l'Etat islamique en Irak

Du monastère saint Elie près de Mossoul, ci-dessus, il ne reste plus rien (voir photo satellite en ouverture de chronique et l’article  de la RTBF ci-joint)

Il ne suffit pas de gloser sur la folie meurtrière et destructrice de Daesh. Celle-ci n’est que la poursuite d’un mouvement historique de longue durée qui vise dans de nombreux pays à l’expulsion ou l’extermination de toute présence physique et matérielle non islamique. Ce furent les Arméniens massacrés ou déportés de Turquie en 1895 et 1922, 1,5 à 2 millions de morts ou disparus dans le désert de Syrie déjà ; ce furent ensuite 850.000 Juifs expulsés systématiquement des pays arabes ou d’Iran au cours du vingtième siècle ; ce furent encore les Maronites qui au long de ce même siècle quittèrent en masse le Liban en proie aux violences confessionnelles.  Ce sont désormais les communautés chrétiennes qui sont menacées de destruction alors qu’elles sont présentes en Orient  pour certaines depuis deux mille ans ou presque. Cette intolérance engendre la violence.

Syria: Islamic jihadists blow up church dedicated to victims of Armenian Genocide

Eglise syrienne dédiée aux victimes du génocide arménien, détruite par les djihadistes islamistes à Deir Ez-Zur

Ce n’est pas la première fois que le vandalisme ruine des édifices. En plusieurs circonstances révolutionnaires, s’est abattue cette folie des destructions d’abbayes, de cathédrales ou de châteaux. Les révolutionnaires français ont industrialisé les destructions du patrimoine religieux, méthode qui sera reprise par les bolcheviks en même temps qu’ils interdisaient aussi, par la force, les cultes décrétés obscurantistes. Les Turcs, dans le même temps qu’ils s’acharnaient à détruire le peuple arménien, ont rasé ou fermé les édifices religieux chrétiens  en Arménie occidentale, veillant à ce qu’ils tombent en ruines sans jamais permettre de les relever ce qui serait un début de reconnaissance de leurs crimes devant l’histoire, tandis qu’en Arménie orientale occupée par les Soviétiques, les églises et les monastères ont aussi fermés, transformés en dépôt de munitions ou de grains jusqu’à ce que l’Union soviétique s’effondrât en 1991.

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Ruines du monastère des Vierges, situé dans l’ancienne capitale arménienne d’Ani en Turquie, en surplomb de l’Akhourian

S’agissant du patrimoine religieux chrétien, Daech ne fait que prendre exemple sur la Turquie qui a systématiquement détruit les églises et monastères arméniens entre 1915 et 1924, n’hésitant pas à édifier des mosquées là où se trouvait les édifices chrétiens comme à Narek, dont le moanstère fut détruit. Pour réaliser l’ampleur des destructions, il faut se reporter au remarquable travail du Musée – Institut du génocide arménien dont on trouvera ci-joint le lien vers une sélection des monuments médievaux arméniens détruits par les Turcs pendant et après le génocide arménien.

 

 Vues du monastère de Narek au début du 20ème siècle (à gauche) et de la mosquée construite en 2004 sur le site du monastère détruit (à droite).

Certaines destructions commises par les Turcs ont été tout aussi volontaires et délibérées que celles de Daesh, sans même attendre que le temps fasse son effet comme par exemple à Baghrevand, l’église Saint Havhannes, erigée en 613-619 et soufflée par une explosion diligentée par les autorités turques :

 

Photos de l’église  de Baghrevand prises avant 1966 (à gauche) et en 2000 (à droite)

Même si la culture fait partie de l’homme et en est indissociable, ce ne sont pas les pierres qu’il faut sauver d’abord mais les hommes. Les pierres ne gémissent que sur le sang humain versé. Ce qui est tombé à terre peut être reconstruit alors qu’un homme porté en terre ne reviendra qu’à la résurrection si ce moment nous est donné de vivre. Notre Dame de Paris outragée par les révolutionnaires, n’en est pas moins redevenue par la volonté des hommes de l’art, le monument que les étrangers identifient le plus à la France avec la tour Eiffel et le château de Versailles.

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Monastère arménien abandonné de Ktuts Anapat, sur l’ile de Ktuts située au milieu du  lac de Van, en Turquie, en ancienne Arménie occidentale, dont il ne subsite plus que l’église ; au lointain, le mont Ararat

C’est pourquoi ne perdons pas l’espérance qui doit guider nos coeurs. Chaque destruction de site religieux, quelqu’il soit, se transforme en larmes pétrifiées qui recouvrent les cendres des morts et protègent les prières murmurées des Vivants pour que renaisse un jour une foi plus vivace et plus tenace, dans l’espérance que revienne la paix et la prospérité.

Vank Church, Esfahan #Iran

Eglise de culte arménien d’Isfahan, Iran, toujours debout dans un pays qui ne compte plus qu’un chrétien pour un millier d’habitants.

Car les guerres, les destructions et les pillages ne peuvent rien face à la bonté, la générosité et l’entraide. Un exemple suffit à témoigner que les pierres peuvent se relever des outrages des hommes et du temps. Ainsi, le monastère d’Hagartsin, dans le marz de Tavush au nord-est de l’Arménie, est l’objet d’une grande entreprise de restauration depuis 2008 sous l’égide de l’église apostolique arménienne qui en a retrouvé la propriété après l’indépendance de l’Arménie en 1992. Cette restauration a été rendue possible par une importante donation de l’émir de Charjah, Sultan Bin Mohammed al-Qasimi, homme politique émirati, membre du Conseil suprême des Emirats arabes unis, qui est aussi historien. Il a notamment écrit un livre sur les relations entre Oman et la France entre 1715 et 1905. A la suite de sa visite sur le site en 2006, il décida d’en financer la reconstruction, un geste qui n’est pas une simple largesse mais aussi un signe d’ouverture d’esprit en ces temps si étriqués et violents.

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Le monastère d’Hagartsin avant, pendant (2009) et après restauration dont on trouvera ci-joint un lien sur le travail de restauration : « il n’existe pas au monde d’autres terres possédant autant de merveilles que celle d’Arménie » (Lord Byron)

De nombreuses chroniques ont été ici consacrées au vandalisme ou aux destructions culturelles :

– Concernant le vandalisme :

– Concernant les chrétiens d’Orient  :

Concernant le génocide arménien :

Armenian Genocide Khachkar

Monument du génocide arménien, à Edjmiatzin, Arménie

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