La Guerre civile française aura bien lieu

Quand on réfléchit un peu à l’avenir proche de la France, la question n’est plus de savoir quand les esprits échauffés s’embraseront mais quand la guerre civile aura lieu. Car cette guerre aura bien lieu. Ce n’est plus qu’une question de temps d’ici une ou deux décennies au plus, si des principes de justice et d’équité ne viennent pas mettre fin aux désordres établis par une élite de plus en plus mesquine et méprisante. Nous allons aussi sûrement vers la catastrophe que la république de Weimar en son temps [image introductive : les massacres de Machecoul, le 11 mars 1793, considérés comme le début de l’insurrection vendéenne].

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La carte des régions naturelles de France comporte plus de cinq cent régions dont chacune est chacune « un territoire d’étendue souvent limitée (quelques dizaines de kilomètres) ayant des caractères physiques homogènes (géomorphologie, géologie, climat, sols, ressources en eau) associés à une occupation humaine également homogène (perception et gestion de terroirs spécifiques développant des paysages et une identité culturelle propres). 

Jouer les Cassandre n’est pas agréable. Mais il faut bien faire preuve de lucidité. Tous les ingrédients d’une guerre civile surgissent l’un après l’autre pour que la France renoue avec ses vieux démons, les déchirements internes, les confrontations sociales ou religieuses, la répression silencieuse de toute opinion divergente en dehors des courants de pensée traditionnels, sans oublier l’arrogance de la classe dominante qui fait preuve d’un aveuglement délirant, arrogance qui pourrait bien devenir la cause immédiate de la déflagration comme fréquemment par le passé. Trop souvent les incertitudes et angoisses qui bouillonnent dans la marmite du désespoir, sont retenues sous le couvercle jusqu’à l’explosion irrémédiable qui sidère mais s’accompagne  ultérieurement, de commentaires et polémiques faciles sur l’évidence du désastre inéluctable.

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De tous les innombrables livres consacrés à la Révolution française, l’un des plus intéressants est celui de Dale K. Van Kley, qui a étudié ses origines religieuses lointaines et méconnues  dans un livre d’histoire intitulé justement : Les Origines religieuses de la Révolution française, 1760-1791. On trouvera ci-après un compte-rendu de lecture équilibré paru dans Sciences humaines n°172, daté de juin 2006.

Selon cet historien, l’influence du jansénisme, sorte de catholicisme réformé né au XVIIè siécle ,aurait été déterminante dans la formation des élites ayant contribué au siècle des Lumières et à la survenue de la Révolution française

Le plus grand nombre des historiens de la Révolution française considère en effet que la Constitution civile du clergé adoptée par l’Assemblée nationale constituante le 12 juillet 1790 et qui abroge le concordat conclu en 1516 entre François 1er et les représentants du pape sans en référer à celui-ci, n’est qu’un soubresaut parmi d’autres des événements révolutionnaires qui s’enchaînent depuis juillet 1789, et qui ont conduit antérieurement à la nationalisation des biens de l’église, le 2 novembre 1789. cet épisode est d’autant plus facilement considéré comme secondaire que la Constitution civile du clergé ne paraît être qu’une manifestation renouvelée du gallicanisme qui depuis Philippe le Bel, a conduit la royauté à considérer qu’il revient à l’Etat d’organiser la religion, ce qui conduira Mgr Boisgelin, évêque d’Aix, à noter :   « Jésus-Christ a donné mission aux apôtres et à leurs successeurs pour le salut des fidèles ; il ne l’a confiée ni aux magistrats ni au roi « . 

La guerre de Vendée, entre 1793 et 1796, se déroule dans le quadrilaère dit de la Vendée militaire qui ressemble à un quatre-quart réparti entre Vendée, Loire-Atlantique, maine-et-Loire et Deux Sèvres. Le nombre des victimes aurait été de 200.000, et autant de déplacés.

Le refus du pape Pie VI d’approuver cette Constitution civile aura des conséquences funestes pour la Révolution démocratique, engendrant sa ruine avec les épisodes dramatiques successifs de l’Assemblée nationale exigeant, le 27 novembre 1790, du clergé un serment de fidélité, le refus des évêques du parhure à l’exception de quatre d’entre eux dont Talleyrand, la fuite ultérieure du Roi à Varennes, et plus tard les débuts de l’insurrection contre-révolutionnaire de Vendée liée à la mort du Roi le 21 janvier 1793 et au décret de la Convention girondine du 23 février 1793 exigeant une levée en masse de trois cent mille hommes pour faire face aux frontières, et qui  précède l’imposition du culte de l’Etre suprême en 1794, tous épisodes violents qui ne se termineront que le 15 juillet 1801, avec la signature du Concordat entre Bonaparte et le Pape Pie VII.

Les Noyades de Nantes

Les noyades de Nantes, pendant la Terreur en 1793-1794

Cette guerre civile qui englobe tous les événements se rapportant à la Terreur, la Chouannerie ou les insurrections de Vendée, ont provoqué la mort de cinq cent mille personnes, l’émigration de 140.000  personnes hors du territoire français entre 1789 et 1800 dont le plus célèbre rétrospectivement est le vicomte de Chateaubriand. La Révolution française va la matrice de toutes les révolutions ultérieures qui vont ensanglanter l’Europe et le monde, la Commune en 1870-71, la révolution russe entre 1917 et 1921, la tentative spartakiste en 1919 en Allemagne sans oublier la révolution chinoise en 1949, la révolution castriste à Cuba en 1959 et bien d’autres partout dans le monde depuis deux siècles, animées par le ressort de la violence et la volonté d’imposer un nouvel ordre révolutionnaire ou contre-révolutionnaire par la force.

Manif 1918

La révolte spartakiste en Allemagne à la fin de la guerre en novembre 1918, va nourrir la légende du « coup de couteau dans le dos » justifiant l’idéologie revancharde des nazis.

Croire, soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale et un quart de siècle après la chute du mur de Berlin que l’Europe, l’Occident et le monde en aurait fini avec la violence des peuples ou des dictateurs, est une illusion. La violence est toujours là, elle peut s’effacer provisoirement mais ne disparaît jamais. La France depuis la fin de la guerre d’Algérie en 1962 qui tourne la page de la décolonisation, a vécu pendant cinquante ans dans cette illusion lyrique d’une paix sans fin qui pourrait même devenir la fin de l’histoire. Le retour cruel de la violence aveugle sur le territoire hexagonal démontre qu’il n’en est rien. La guerre couve sous des cendres jamais éteintes.

La République française et le fait colonial

Le fait colonial continue d’empoisonner, plus de cinquante après, les relations entre Français, faute de porter sur tous les bouleversements nés de la colonisation, de la domination coloniale et de la décolonisation, un regard détaché de toute posture idéologique et passionnelle.

C’est ce que nous chercherons à démontrer dans quatre prochaines chroniques consacrées aux perdants du conflit de génération (1), à l’exacerbation des luttes sociales (2), à l’extension des tensions raciales (3) et aux étincelles de la guerre religieuse (4). Tous les ingrédients sont là pour une prochaine conflagration d’autant que pour reprendre et paraphraser l’auteur du compte-rendu de lecture ci-après, nous sommes à une époque où, pour s’élever au-dessus des luttes (x,y,z…), la royauté (aujourd’hui la république, ndlr) renforça sa dimension sacrée et devint elle-même une sorte de religion. Mais, en tant que telle, la royauté (aujourd’hui la république, ndlr) se retrouva confrontée à de nouvelles menaces

Millefeuille traditionnel à ne pas confondre avec la vulgate, la version possible d’une bible républicaine que serait un code de la laïcité de mille feuilles

Cette nouvelle sorte de religion, aujourd’hui que la république a succédé à la royauté, c’est la laïcité, ce singulier millefeuille sur lequel toute la classe politique jure à tort et à travers comme pour exorciser leur peur, en pensant : jusqu’ici, Tout va très bien madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien, pourtant il faut que l’on vous dise,  on déplore un tout petit rien, un incident, une bêtise …, nous sommes en crise…,  nous sommes en faillite, et bientôt nous serons en guerre civile (Ci-après, version de la chanson de Ray Ventura avec S. Distel, J P Cassel, J M Thibault, R Pierre et J Yanne, 1967).

Compte-rendu de lecture de Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 172, juin 2006

Les Origines religieuses de la Révolution française, 1760-1791,

de Dale K. Van Kley, traduit de l'anglais par Alain Spiess,
Seuil (Points Histoire), 2006.

Comment une Révolution française si violemment antireligieuse pourrait-elle avoir des origines religieuses ? Pour le comprendre, il faut remonter au temps des guerres de Religion. C'est l'époque où, pour s'élever au-dessus des luttes confessionnelles, la royauté renforça sa dimension sacrée et devint elle-même une sorte de religion. Mais, en tant que telle, la monarchie se retrouva confrontée à de nouvelles menaces : désormais tout débat sur des questions religieuses apparaissait ipso facto  comme un défi politique, à l'exemple de ce qui allait se passer avec les jansénistes.
 Apparu au XVIIe siècle, le jansénisme est une sorte de catholicisme réformé qui considère, avec Saint Augustin, et à la différence des jésuites, que seule la grâce divine peut sauver l'homme, non ses bonnes actions. Qui plus est, le jansénisme refuse le pouvoir hiérarchique de l'Église et défend un « républicanisme » clérical. Louis XIV chercha à l'éradiquer et, après maintes tentatives infructueuses, finit par faire appel au Pape. Mais la condamnation pontificale (bulle Unigenitus, 1713) eut pour effet de radicaliser la contestation janséniste qui devint la principale menace — plus dangereuse que le mouvement philosophique — qu'eut à affronter la monarchie. Ayant des appuis dans les Parlements, une assise populaire, et disposant d'une publication clandestine très efficace, les jansénistes allaient contribuer à miner l'autorité sacrée de l'absolutisme royal et à politiser l'opinion publique.
 Voir les origines de la Révolution uniquement à travers ce prisme religieux serait toutefois téméraire. Que des révolutionnaires aient été inconsciemment portés par des controverses théologiques ou, plus simplement, que ces controverses aient préparé le terrain au déclenchement de la Révolution fait peu de doute, grâce à ce livre érudit et novateur. Mais cela ne rend pas caduque toute autre interprétation des origines de la Révolution, qu'elle soit culturelle, politique ou sociale.

 

Promulgation de la Constitution civile du clergé, gravure allégorique, BNF