Le Dernier conducteur

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Un monde spectaculaire nous attend dans vingt ans, celui de la voiture autonome qui nous affranchira du volant, des pédales et du levier de vitesse, et de manière générale de l’obligation de conduire, une révolution tout aussi importante que l’apparition de l’automobile qui remplaça l’hippomobile à compter du début du vingtième siècle. Il est probable qu’à cette date l’enterrement du dernier bus avec chauffeur sera suivi par une foule aussi compacte que l’ultime parcours du dernier omnibus hippomobile, le 11 janvier 1913, voilà plus d’un siècle déjà.

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Comme dirait Magritte, ceci n’est pas une voiture

On est encore loin d’imaginer toutes les transformations en cascade qui vont surgir de cette révolution où tous ces captivants capteurs rendront l’homme captif de l’intelligence artificielle sans autre recours que de faire confiance absolue à des calculateurs sans conscience. Les gendarmes s’en préoccupent qui réfléchissent au développement d’un robot policier destiné à verbaliser la voiture autonome à défaut d’un conducteur inexistant, avec tous les ennuis possibles résultant de discussions cryptées entre robots dotés d’intelligence artificielle. Logiquement, les robocops n’auront plus à dresser de procès-verbaux pour avoir grillé un feu rouge ou dépassé le plafond de vitesse autorisée ; mais nul n’étant parfait, même une voiture autonome, on peut suspecter celle-ci de vouloir, de temps en temps, pousser une petite pointe de vitesse au milieu du désert ou dans la jungle urbaine, histoire de ressentir quelques sensations humaines. Il n’y a pas que la vitesse qui suscite des frissons, violer la loi aussi. Et donc on peut supposer qu’une voiture dotée d’intelligence artificielle ne respectera pas forcément le code de la route devenu code de bonne conduite, de quoi occuper les forces de l’ordre forgées en acier inoxydable.

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Mais là n’est pas notre propos. Ce qui nous attend dans vingt ans, en fait, c’est l’interdiction faite aux humains de conduire dans l’espace public, au grand regret des Saoudiennes qui n’auront guère eu le droit, difficilement obtenu, de se retrouver derrière un volant. Car les hommes constitueront le plus grand danger public dans l’univers des véhicules autonomes, que ceux-ci soient des autos, des motos ou des vélos. On peut même supposer qu’il sera interdit  d’utiliser des trottinettes, voire de marcher dans les rues pour éviter toute collision, le piéton étant appelé à se déplacer en caisse à savon autonome pour éviter qu’il ne soit, pauvre de ses seules jambes, qu’un suspect anonyme erratique au regard de l’androïde calculateur roulant.

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Ceci n’est pas un drone, mais une caisse à savon

La seconde conséquence de l’expansion inéluctable de la civilisation des voitures autonomes est qu’il deviendra inutile d’acquérir des véhicules automobiles. On peut même présager que l’achat individuel d’une automobile sera progressivement interdit, le principe de déplacement retenu étant proche de celui des actuels VTC, mais sans conducteur, avec la possibilité développée à foison de prendre toutes sortes de véhicules autonomes selon les besoins et les bourses : un jour, une 2 Cv électrique autonome, le lendemain, une Ferrari tout aussi autonome et le surlendemain une Vespa autonome.

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Premier prototype de voiture autonome ou presque, pilotée par Pete Sellers dans The Party, film qui apporte la preuve qu’en toutes circonstances on peut se fier à la technologie.

La troisième conséquence, la moins entrevue pour le moment, est que les investissements envisagés en matière de transport en commun sont probablement aussi inadaptés et inutiles pour préparer la révolution en cours de la voiture autonome que le furent sous la troisième République, le développement de l’immense réseau ferré local qui couvrit la France entière avant de disparaître aussi rapidement qu’il fut construit. Quant à restreindre la place de l’automobile, c’est une vision totalement dépassée. Au contraire, il faut accélérer la mutation vers les automobiles autonomes à moteur non thermique, mais électrique ou  à hydrogène ; et développer leur usage collectif, à l’opposé de l’actuelle civilisation automobile individualiste et polluante.

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Carte de l’indicateur Chaix en 1921, à l’apogée du réseau ferré français

Il est probable que la voiture autonome supplantera largement en utilité les transports communs actuels, chemins de fer immondes, métros bondés ou tramways ringards. Seuls les autobus autonomes garderont leur utilité dans la mesure où les lignes fixes seront assouplies voire abandonnées pour permettre détours et chemins de traverse en toutes circonstances. Il faut par exemple imaginer en France ce qu’un parc automobile de quarante millions de véhicules collectifs autonomes et donc « intelligents » en matière de mobilité et de calcul instantané de parcours, sera susceptible d’assurer dans le domaine des services individuels ou rendus à la collectivité. Adieu le conducteur forcené se rendant seul au travail chaque matin en grillant cigarette au bec les feux rouges, pour quelques kilomètres plus loin s’encastrer dans des embouteillages monstrueux, l’avenir appartiendra à des véhicules de deux, dix,  vingt, quarante, soixante ou cent places occupant moins d’espace public par agilité numérique que quelques automobilistes solitaires bloqués chaque jour sur le périphérique en écoutant rires grotesques et chansons tristounettes à la radio.

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L’inspecteur Clouzeau en compagnie de Maria Gambrelli, n’est pas au volant d’une voiture autonome, il vient seulement de s’enfuir d’un camp de nudistes : une telle situation sera-t-elle possible en 2030 quand la voiture autonome et Robocop veilleront de concert aux bonnes mœurs entre passagers ?

Il n’est pas impossible qu’à l’échéance de vingt ou trente ans, on en vienne à envisager l’interconnexion des modes de transport et que circulent dans les souterrains de métros ou RER,  sans les voies ferrées devenues inutiles, des véhicules autonomes qui entreront par les bouches de métro, pour s’engouffrer dans les galeries souterraines transformées en tubes, plus aucun piéton n’y circulant. De tels projets ne datent pas d’aujourd’hui.

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Reste à savoir dans cet univers futuriste sans conducteur, comment éviter la cohue. On peut imaginer dans ce meilleur des mondes où l’espoir danse avec l’effroi, que Robocop y veillera à coups de fluide glacial pour tout tir de sommation, de rayons paralysants pour les récalcitrants et encore de sabre laser pour régler définitivement les quiproquos impossibles à trancher en toute intelligence artificielle.

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Dans ce futur merveilleux où l’homme est appelé à se ranger des mécaniques et laisser place à la domination de sympathiques robots à tout faire, pour garder une ultime trace d’un monde disparu, il est probable que sera autorisé un dernier conducteur à visage humain, qui arpentera nos avenues et nos rues. A la réflexion, le plus certain est que le meneur de corbillard hippomobile gardera le droit de nous conduire à notre dernière demeure, à condition de remplacer les chevaux par des robots ayant leur ressemblance parfaite jusqu’au hennissement et au crottin biodégradable espacé de trente à cinquante mètres jusqu’au cimetière, tout cela sous l’œil vigilant du fossoyeur robotisé à qui il ne sera plus la peine de donner cinq sous, le tarif prévu par le serment des fossoyeurs de l’église saint Thomas de Strasbourg en 1412. Comme quoi le monde est plus destiné à changer dans les vingt ans à venir que dans les six derniers siècles. Et nous tous qui sommes des fossoyeurs de la terre à un titre ou un autre, devrions nous souvenir qu’il n’est pas un métier appelé à s’adapter ou disparaître au fil du temps : ainsi par exemple, de l’expansion de la crémation qui non seulement renvoie le fossoyeur à ses pénates mais est aussi pour l’homme, de façon générale, comme la mort du petit cheval.

La société Aux « Funérailles d’antan » vous propose des obsèques simples et tranquilles. N’hésitez pas à faire appel à leurs prestations, dans la mesure où sans en connaître l’heure, on y est pourtant toujours attendu.

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