La Vaine gloire

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C’est curieux comme les réflexes nationalistes et populistes peuvent être parfois amusants à leur dépens. Depuis que nous avons récupéré l’Alsace et la Lorraine, renoncé à reculons à l’empire colonial et assisté avec stupéfaction au spectacle de l’effondrement du mur de Berlin, la France s’ennuie de ne pouvoir chercher querelle auprès de quelques voisins tonitruants, remuants ou trébuchants, à la mode teutonne ou saxonne, maintenant que nous sommes plus ou moins amis avec tous nos anciens ennemis héréditaires. Encore qu’avec le Brexit, il se peut que nous demandions bientôt aux Mânes de Guillaume le Conquérant de repartir à l’assaut de la perfide Albion avec une cargaison de camemberts pour toute garnison à stationner de l’autre coté de la Manche !

Tous les rochers n’ont pas le destin de Monaco, ici vers 1890

Certes, notre dernier illustre général en chef, aurait pu envisager d’envahir Monaco en 1963 mais le Rocher ressemblait plus à une scène d’opérette qu’à un terrain de bataille où forger une destinée militaire. Et ce ne sont pas les diverses interventions néo-coloniales en Afrique, du saut des parachutistes sur Kolwezi en 1976 jusqu’à l’opération Serval au Mali ces dernières années, qui y ont changé grand-chose, pas même renverser le colonel Kadhafi en 2011 ou laminer Daech en Irak et en Syrie ces temps-derniers, rien de ce qui ressemble à une véritable guerre dans les rizières ou le bled,  quand l’armée bivouaquait d’Indochine en Algérie avec plus ou moins de grandeur d’âme à défaut de trouver le bonheur dans les armes.

Heureusement notre fibre patriotique trouve toujours à se réveiller, pour le meilleur ou pour le pire. Et quand il s’agit de patriotisme, c’est plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Cette fois, il s’agit d’une affaire d’importance, dont la France a le secret bien gardé dans les tiroirs de l’histoire. Ce n’est rien de moins que de souveraineté nationale sur un îlot inhabité perdu au milieu de l’océan Indien dont il est question, un caillou bien connu des lecteurs assidus de l’auteur virtuel, l’île Tromelin, autrefois appelée l’île des Sables, et qui devrait être renommée l’île des Esclaves ensablés. Un article paru dans le Figaro toujours prompt à défendre la veuve souverainiste et l’orphelin nationaliste fait le point sur cette question, voir Ici.

le porte-avions Charles de Gaulle

 Le porte-avions Charles de Gaulle, instrument de diplomatie et de défense

Voici donc, que notre malheureux Gouvernement occupé pour cinq mois à expédier les affaires courantes, a retrouvé en fond de cale un projet qui tient à coeur au Quai d’Orsay depuis de nombreuses années, 2009 pour être précis, celui d’établir avec l’île Maurice un partage de souveraineté sur ce caillou maudit de Tromelin où nichent plus ou moins quelques oiseaux auprès des os abandonnés de quatre-vingts malheureux esclaves oubliés sur cette île après le naufrage de la flûte l’Utile en 1761. Voir le résumé ci-après.

Ni la lune ni Mars, mais l’île Tromelin sur laquelle furent abandonnés 80 personnes en 1761

Ce projet de partage de souverainté  vient donc d’être proposé une nouvelle fois à la sagacité de notre représentation nationale après une première tentative en 2011-2012, lors de la précédente législature. Et à nouveau, le Gouvernement a renoncé en chemin, face à une déchaînement d’inepties nationalistes mâtinées de mauvais calculs économiques sur les prétendues ressources naturelles dont regorgerait la zone économique exclusive qui entoure l’île Tromelin. On n’a pas encore foré au bout du bout du monde que le pétrole imaginaire coule à flots.

C’est tout juste si le porte-avions Charle-de-Gaulle qui se trouve actuellement en cale sèche, ne devrait manu militari prendre la mer et voguer vers l’île Maurice pour envahir ce paradis touristique qui fait l’affront à la France de revendiquer un territoire national aussi joyeux qu’un pinson des Ardennes qui aurait une extinction de chant. Et peu importe le sort qui fut réservé voilà deux-cent-cinquante ans à ces quatre-vingts femmes et hommes qui avaient pour seul tort d’avoir été réduits en esclavage. Il faut que le drapeau de la France continue de flotter dans les esprits, au milieu de nulle part, là où ne passe aucun navire, là où ne se trouve âme qui vive, pourvu que nous puissions une fois encore, nous enivrer de vaine gloire, comme on se raccroche à une bouée crevée en pleine tempête au milieu de la nuit.

L’île Tromelin appartient aux Îles Éparses, territoires français dans l’océan Indien. Elle est petite et plate. Loin des routes de navigation, elle fut découverte en 1722 par monsieur de La feuillée qui commandait  le navire français La Diane, et dénommée « île des Sables » à cause des plages de sable blanc qui l’entourent.

Malheur à ceux qui jouent de la fibre nationaliste, surtout lorsqu’il ne s’agit que d’un caillou perdu au milieu des flôts déchaînés. Où est notre coeur (qui) sera toujours français, évoqué dans la chanson Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, créée en 1871 après la perte des deux provinces ? Point de coeur à Tromelin, que des débris d’os ! Malheur à ceux qui promettent monts et merveilles là où la nature rebelle ne se laissera jamais dépouiller, pas même de perspectives de richesse qui s’accumulent comme autant de châteaux en Espagne. Et malheur encore, à ceux qui ne veulent jamais rien partager, pas même ce rien qui échappe aux pays les plus pauvres de la planète menacés par le réchauffement climatique et la montée des eaux, comme par exemple l’île Maurice, pays ami de la France, avec lequel nous pourrions au moins convenir de partager les richesses économiques de la région, s’il advenait d’en trouver. La fraternité entre les peuples et les pays ne doit pas rester un vain mot.

La vaine gloire n’émeut guère la tortue franche de l’île Tormelin

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