Quand les baby-boomers remettent le loden vert

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La désignation probable au second tour de la primaire de la droite et du centre du François Fillon comme représentant des conservateurs, c’est un peu la victoire du « vintage », avec le retour des lodens verts, des 24 heures du Mans et des randonnées obligatoires en montagne pour la jeunesse, sans oublier pour les choses plus sérieuses, le triomphe du « mur de l’argent » : il est significatif que la seule des onze circonscriptions des Français de l’étranger à avoir placé en tête François Fillon devant Alain Juppé soit celle de la Suisse et du Liechtenstein, ils savent pouvoir compter, les exilés du pognon, sur un fils de notaire pour protéger leurs bons du trésor et leurs rentes indexées sur l’argent, l’or et le platine.

Le coffre suisse, image  de la réussite française

Beaucoup d’arguments ont été apportés pour expliquer la déroute au premier tour des deux favoris et la victoire de l’outsider de la dernière heure, que ce soit le rejet massif de l’ancien président de la République, l’âge du capitaine bordelais errant dans un Prisunic, ou encore le prétendu programme séduisant du modeste Sabolien. Rien de tout celà, mes bons amis ! En vérité je vous le dis, François Fillon a tout simplement été élu par les Catholiques pratiquants qui après la messe sont allés en masse au bureau de vote pour prendre leur revanche après des décennies passées à avaler des couleuvres « sociétales ». Le peuple chrétien, devenu conservateur dans l’âme, a refusé une nouvelle aventure avec Juppé le divorcé, après celles peu concluantes des divorcés Sarkozy et Hollande. Il a pesé de tout son poids pour que le prochain président à l’Elysée soit conforme aux images pieuses d’un monde qui n’existe plus en Occident, comme le pape François pourtant, avec sagesse et justesse, l’observe dans ses prises de position pour l’accueil compréhensif des « égarés » dans l’église. Même Solesmes change : cherchez l’erreur vintage !

Solesmes : abbaye de Solesmes

Les résultats géographiques électoraux sont à cet égard, particulièrement éloquents. Ce sont les terres les plus conservatrices et chrétiennes qui ont choisi leur prétendant au trône présidentiel, l’Ouest de l’hexagone bien sûr, mais aussi l’Ouest de l’Île de France, avec ces temples de l’argent que sont les Hauts-de-Seine, les Yvelines ou encore les arrondissements occidentaux de Paris. Pour simplifier, il y a fort à parier que le vote Fillon dans le pays corresponde assez précisément à la répartition du denier du culte.

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Les sondeurs et les politologues qui, par orgueil, ont eu tout faux jusqu’à la veille du scrutin, se félicitent désormais que l’outsider ait gagné, preuve de « l’excellence de la démocratie ». Et ils ont à nouveau tout faux par ineptie. La démocratie est en fait confisquée par une minorité, en l’occurence 85% des 5% de Français qui sont catholiques pratiquants réguliers et votent à droite, soit 4% du corps électoral. Et comme au 1er mars 2015, le corps électoral en France était constitué de 44,5 millions de votants, la corrélation entre pratiquants réguliers et votants de la primaire est d’autant plus forte qu’une étude de Science-Po et du CEVIFOP-CNRS en mars 2016 indiquait déjà que la moitié du corps électoral décidé à aller voter à la primaire de la droite et du centre, soit 6% des inscrits (2,7 millions d’électeurs potentiels), éprouvait un « sentiment religieux ». Rapportés aux plus de 4 millions de suffrages exprimés lors de la primaire du 20 novembre, environ 10% des inscrits, ce sont donc 2,2 millions d’électeurs ayant un fort « sentiment religieux », qui par leur surreprésentation dans le corps électoral français, ont probablement décidé du choix du prochain président de la République française lors de ce premier des quatre tours de scrutin que comptent désormais les élections présidentielles. Mais si on croit en tous ces sondages qui ne cessent de se tromper, cela relativise la victoire du premier des quatre tours. Les surprises lors des trois prochains tours pourraioent être fort nombreuses, peut-etre pas jusqu’à voir Marine arriver à bon port, mais allez savoir, la crise est là et les électeurs souffrent ! Ce qui demeure vrai en revanche, c’est que par un étrange retournement de l’histoire au moment où le peuple français se sécularise, se laïcise et s’athéise, la France redeviendrait à travers le choix de ses élites, la fille aînée de l’Eglise qu’elle n’a jamais cessé d’être, même si jusqu’alors, elle l’oublie hors les lendemains atterrés d’attentats terroristes qui peuvent aller jusqu’à frapper sur les marches du choeur d’une église.

Le baptême de Clovis (Les Grandes Chroniques de France XIVe-XVe s.), enluminure

Car le premier tour de cette primaire a choisi deux représentants destinés à s’affronter au second tour qui désignera le prétendant de la droite et du centre au premier tour des élections présidentielles, et qui, logiquement, face à une gauche éclatée et divisée, devrait rallier le second tour pour affronter la candidate de la droite extrême dite « populiste ». Ce schéma idéal est celui retenu par les conservateurs. Mais les conservateurs ne sont pas toute la France. Il faudra aussi que leur candidat rassemble les autres électeurs qui n’éprouvent peut-être pas le même sentiment religieux et ne souhaitent pas le retour de ces lodens verts qui traînaient après la messe sur le parvis, notaires, pharmaciens et autres professions libérales ensevelis dans le tweed après minuit, au pied du sapin, échangeant auprès de la crèche, à propos des taux d’usure, des droits de mutation et de succession quand ce n’est pas de l’impôt sur la fortune, ce fléau de Satan : « Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » (Apocalypse 12 :9).

François Fillon a participé aux 24 Heures du Mans « Cla ssic », au volant d'une Ferrari 275 GTB datant de 1966.

Pour rallier à tombeau ouvert le septième arrondissement et ses Grands-bourgeois en 2012, François Fillon a pu compter sur ses talents de pilote d’enfer [ci-dessus lors des 24 heures du Mans Classic en 2006, au volant d’une Ferrari 275 GTB 275 datant de 1966]. Il bénéficie aussi de l’appui des thuriféraires du pouvoir, qui manient l’encensoir avec dextérité comme dans cet article de mai 2007 du Figaro-magazine :  ce n’est plus de l’encensement, c’est de l’enfumage ! Comme disait alors le maire de Sablé-sur-Sarthe :  » Il avance parfois très vite sans qu’on s’en rende compte. C’est aussi un ami fidèle. Il n’a pas été “mangé” par Paris et ses responsabilités nationales. Pour lui, son ancrage local, en Sarthe, est resté quelque chose de très important  »

moines Solesmes

Mangez des pommes, tel semble le conseil donné par les moines de Solesmes, et pour lequel l’Eglise n’a pour obligation que de rendre la TVA à César

Le monde a changé mais la grande bourgeoisie française demeure la même, telle que Chabrol la mettait cruellement en scène avec talent, même si désormais ce sont des baby-boomers aux cheveux gris qui ont pris la place grimaçante. Cette bourgeoisie si française n’a pas renoncé à protéger ses intérêts pécuniers et fait désormais bien plus confiance à François qu’à Alain pour que prospère la rente et fasse suer le burnous, ce burnous qu’elle ne veut plus voir traîner dans la rue en dehors, bientôt, de trente-neuf heures de travail. Et puis, citer les statistiques du Secours catholique lorsque l’association caritative décrit le tableau vivant de la pauvreté, est une chose ; combattre la pauvreté, jour après jour, en mobilisant les leviers de l’Etat en est une autre (voir ici l‘étude sur l’état de la pauvreté en France).

Couvrez ce burnous que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont
blessées, Et cela fait venir de coupables pensées (d’après Molière, Tartuffe III, 2)

2/3 de Catholiques français déclarés, 4,5% de pratiquants !

En France, le nombre de personnes se déclarant Catholiques diminue de façon continue depuis la fin des années 70 mais reste important. En 1952 ils étaient 81 %, en 1978 : 76 % et en 2010 : 64 %. La pratique religieuse (mesurée par l’IFOP selon le critère de l’assistance à la Messe dominicale), demeure faible et diminue progressivement depuis les années 50. En 1952, 27 % des Catholiques se rendaient à la messe, en 2010 il n’étaient plus que 4,5 %. Par ailleurs, parmi les Français se déclarant Catholiques, 57 % ne vont pas à la Messe. Reste donc 43 % de pratiquants réguliers.

 Cette tendance se reflète dans la baisse du nombre de Mariages religieux et de Baptêmes depuis 1990 : 147 146 Mariages religieux ont été célébrés en 1990 contre seulement 74 636 en 2011, selon l’annuaire des statistiques de l'Eglise et la conférence des évêques de France. Le nombre de mariages civils a également fléchi en vingt ans et est passé de 287 000 en 1990 à 251 654 en 2010. Le nombre de Baptêmes est passé de 472 130 à 302 941 entre 1990 et 2010. A noter également que depuis les années 80, un nombre croissant de Français se déclarent sans religion : 21 % en 1987 contre 28 % en 2010.

 Le profil sociologique des Catholiques français apparaît proche de celui de l’ensemble de la population française : une majorité de Catholiques ont entre 35 et 49 ans (27 %) et 28 % des Français font partie de cette même tranche d’âge. Pour autant, ce n’est pas le cas en ce qui concerne les Catholiques se déclarant pratiquants : 21 % des Français ont 65 ans et plus contre 43 % de pratiquants. De même, alors que 25 % des Français sont retraités, 46 % des Catholiques pratiquants le sont. Il apparaît également que les Catholiques non pratiquants ont un profil plus proche de celui de la population française que des Catholiques pratiquants, en terme de sexe, d’âge et de catégorie socio-professionnelle.

Source : site-catholique.fr (un site qui baigne comme un poisson dans l'eau bénite !)

Plus ennuyeux encore, le choix du candidat de la droite et du centre, et donc du probable futur président à ce jour, a été effectué par un corps électoral terriblement vieillissant comme le constate l’étude de science-Po et du Cevifop-CNRS, au point qu’il est légitime de se demander si la France, par le phénomène de la primaire, n’a pas réinventé le suffrage censitaire par lequel seul les citoyens dont les impôts directs dépassent un certain seuil, appelé cens, disposent du droit de voter.

Les Hontes du suffrage censitaire, Bruxelles, 1887, de Léon Defuisseaux 

Un corps électoral déformé par rapport aux votants du premier tour de la présidentielle

Les électeurs à la primaire se déplacent pour choisir un candidat,et non pour remplir un devoir. 56% des potentiels électeurs des primaires de la droite et du centre ont voté, lors des élections régionales, à droite ou au centre, 19% ont voté FN, et 10% ont voté socialiste.

D’après une étude de l’Enquête électorale française, on constate que de manière générale que les « primaristes » représentent les classes les plus instruites, les plus aisées financièrement, les plus âgées. Les caractéristiques sociologiques influent donc beaucoup sur la propension des électeurs à voter aux primaires puis aux présidentielles. Dans cette primaire, les votants se situent majoritairement au centre et à droite. Traditionnellement, cet électorat est plus âgé et financièrement plus aisé.

Les « primaristes » se caractérisent aussi par une forte habitude à aller voter (de manière générale) : 68% déclarent voter à toutes les élections contre 52% pour les « présidentialistes ».

Les primaristes LR-UDI-MoDem sont eux-mêmes très différents des non-participants de la même tendance

Les « primaristes » du centre et de la droite sont globalement plus âgés et sont plus animés par un sentiment religieux que les non-votants de la même sensibilité. Une large majorité est en effet constituée de retraités (58% contre 39% chez les non-participants), beaucoup disposent d’un patrimoine élevé (45% contre 33%), et 50% éprouvent un sentiment religieux (contre 38%). Les participants sont également bien plus assidus aux élections en général (71% contre 44%).

La surreprésentation des personnes âgées aux primaires est une tendance lourde qui accentue le fossé entre les générations en favorisant les « baby-boomers » ; leur poids aux primaires est multiplié par trois, et cela est vrai à gauche comme à droite.

Source : France Renaissance, la constitution du corps électoral de la droite et du centre, article du 8 mars 2016

Ne croyez pas que nous en voulions à François d’avoir probablement pris la place d’Alain pour représenter les conservateurs lors de la prochaine présidentielle française, encore qu’en lâchant piteusement la circonscription rurale de Sablé-sur-Sarthe pour les ors du septième arrondissement, il s’est agit d’une funeste trahison qui justifiait à elle-seule de ne plus lui faire confiance. Ce qui est ennuyeux avec son programme électoral ultra libéral à destination de la bourgeoisie française, c’est qu’il ne laisse aucune place aux pauvres et à ceux qui n’ont rien et à qui on ne laisse même pas la tranquillité de ce rien, pour paraphraser Federico Garcia Lorca.  Plus encore, il ne cesse, en toute subtile hypocrisie de se draper dans les vertus chrétiennes pour séduire toute la terre française, alors qu’en vérité, pour être parfait, il lui manquerait encore une chose :  va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. (Matthieu, 19-21).
Primaire de la droite : retrouvez tous les résultats du premier tour

Ce qui est ennuyeux pour le catholicisme, c’est qu’au fil des années, le vote des pratiquants réguliers tend à devenir sectaire, à ne plus représenter l’ensemble du spectre électoral et des différentes couches de la société, mais à se replier dans une représentation identitaire imaginaire éloignée du monde réel, sur le modèle du Tea Party américain. L’étude de la revue Pélerin sur le vote des Catholiques français lors des élections régionales de 2015, révèle que si 90% des pratiquants réguliers sont allés voter, bien plus que la moyenne des Français, 46% ont choisi les listes de la droite et du centre, 9% « Debout la France »  et 32% le Front national dont il est difficile de voir en quoi leur message est évangélique. Comme le Saint-Esprit n’a pas pour habitude de se perdre  en chemin, il fait croire qu’une partie du troupeau s’est égarée loin du Berger quand le loup fut venu !

infographie vote catho / infographie vote catho

C’est pourquoi, dans l’espoir d’un rassemblement de tous les Français lors des quatre tours de scrutin, et au souvenir d’un vendredi après-midi de décembre 1992 qui précédait les élections législatives de mars 1993 dans le dix-huitième arrondissement de Paris, quand, en toute simplicité, Alain Juppé et sa femme vinrent sonner à notre porte, nous irons dimanche prochain voter pour un homme qui n’est pas tel que les impitoyables médias de la roue de la fortune le présentent, mais un homme chaleureux et attentif aux autres, un homme d’intelligence et grande écoute, dont le seul tort est de ne jamais avoir promis la lune et tous les satellites de la galaxie au premier électeur qui se présente. Et que le miracle survienne :  que les jeunes aillent voter au second tour avant d’être broyés par le conflit de génération !

Loden STEINBOCK Hubertus Vert ou Marine

« Retrouvez le véritable loden authentique d’autrefois dans la fabrication phare Steinbock. De qualité robuste et aux finitions minutieuses, son ouverture sous bras et son pli creux dos assurent un grand confort et une aisance. Ces caractéristiques font de ce modèle un classique indémodable » (modèle de la Maison du loden)

Une réflexion sur “Quand les baby-boomers remettent le loden vert

  1. freedombearslove 24 novembre 2016 / 13 h 24 min

    Que François, le bon, reste droit dans ses bottes et ouvre son loden avant de botter le cul à ce Bordelais adepte du dérapage incontrôlé des ses arguments. Sinon il risque de tomber.
    Il paraît que François, la brute ou le truand – au choix, l’ennemi de la finance tourné en bienfaiteur des marchés financiers, fait préparer des fiches pour démontrer les réussites de son mandat.

    A défaut de rétablir dès 2017 le drapeau blanc, mettons le loden au milieu des trois couleurs de notre drapeau.

    Le plus dégueulasse là dedans c’est l’élimination de Nicolas – en partie – par l’intervention des fraudeurs de gauche sans foi ni loi.

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