
Auf den Marmorklippen, est un court récit de l’officier allemand Ernst Junger, paru en 1939 en Allemagne, traduit en français en 1942 alors que le héros de la Première guerre mondiale appartient alors à l’armée d’occupation allemande, résidant à Paris, oeuvrant dans l’entourage du chef des troupes d’occupation, Otto von Stülpnagel dont les exactions commises entre 1939 et 1942 le conduiront à être arrêté pour crimes de guerre en 1946, bien qu’ayant dénoncé dans un rapport adressé en janvier 1942 au chef du commandement militaire allemand, le maréchal Keitel, la politique qu’il exigeait de ses subordonnés, de représailles massives sur l’ensemble de la population.
Sur les falaises de marbre est salué en France par nombre d’écrivains français alors réputés, en même temps qu’Ernst Jûnger est chargé d’entretenir avec eux des relations de sympathie à but de propagande dans les milieux littéraires et artistiques parisiens, rencontrant alors des écrivains tels que Cocteau, Guitry, Jouhandeau, Léautaud ou Morand, ou encore les peintres Braque et Picasso, ce dernier résidant alors rue des Grands-Augustins. Il est vrai qu’Ernst Junger bénéficiait alors de l’aura de son témoignage de la Première guerre mondiale, Orages d’acier, considéré comme le meilleur livre retraçant le caractère inhumain de la guerre des tranchées, que ce soit dans les Vosges, à Verdun, sur le chemin des Dames ou dans la Somme, entassant dans la boue et la glaise des millions de cadavres dont nombre y séjourne pour toujours.
Julien Gracq, grand admirateur de Tolkien qu’il découvrit tardivement, semble avoir éprouvé pour le livre de Junger, une certaine fascination qui aurait peut-être inspiré une partie de son oeuvre aux premiers temps de ses récits mythiques, que ce soit Au château d’Argol, le Rivage des Syrtes ou Terres au couchant, et même Un balcon en forêt, qui évoque la tragédie de la percée allemande de Sedan en mai 1940, aux heures les plus sombres de l’histoire de France, transformant les troupes en déroute en pochtrons, gredins et bandits de grand chemin.canailles et racailles sans envergure abandonnées par leurs officiers ne sachant pas même lire des cartes d’état-major.
Rendant régulièrement visite au Maréchal Rommel installé au château réquisitionné de la famille La Rochefoucauld à la Roche-Guyon pour superviser les fortifications du Mur de l’Atlantique d’Anvers à Hendaye, Ernst Junger devenu envahisseur par devoir patriotique, décrit ainsi dans son Second Journal Parisien, en 1942-1943, les paysages autour de La-Roche-Guyon, dont Edgar P. Jacobs y placera plus tard l’une des aventures de Blake et Mortimer, le Piège diabolique:
Le paysage autour de La-Roche-Guyon, avec ses grandes cavernes et ses falaises qui s’élèvent de la vallée de la Seine comme des tuyaux d’orgue, tient du labyrinthe et de l’énigme. En ce sens, il s’offre en substrat aux évènements historiques qui y ont lieu périodiquement depuis l’époque des Normands, et même avant. Peut-être les attire-t-il, pour en teindre invisiblement le fil.

Vue des Andelys et des boucles de la Seine, depuis les ruines de Château-Gaillard, la forteresse érigée par Richard Coeur-de-Lion, duc de Normandie er roi Plantagenêt d’Angleterre, pour empêcher les troupes du Roi de France de franchir la rivière de l’Epte, séparant les territoires rivaux de Normandie et France.