Tolstoï au Kibboutz avec les filles de la Bible

27 octobre Kibboutz de Mashabe Sade (8)

Mais que diable, Tolstoï vient-il faire au Kibboutz chez les filles de la Bible ?

Tolstoï, c’est un peu comme Beethoven, il est plus connu aujourd’hui comme nom donné à un chat que pour son oeuvre littéraire, même si de nombreuses personnes sont capables d’associer à l’auteur russe des titres de livres comme  Guerre et paix, Anna Karénine ou Résurrection qui scandent la vie d’un auteur prolifique ayant écrit une centaine de livres et une correspondance forte de milliers de lettres. L’influence de ce forçat de l’écriture a été gigantesque, allant jusqu’à inspirer le Mahatma Gandhi qui lui écrivit et resta en correspondance après avoir lu un article de Léon Tolstoï dénonçant la violence du patriotisme hindou en Afrique du sud où vivait alors le jeune étudiant qui deviendra un symbole de l’action pacifique.

Quod est veritas, le Christ et Ponce Pilate ; tableau du peintre russe Nikolaï Gay, 1890

Tolstoï développa activement des idées d’inspiration socialiste, populiste, égalitaire et pacifique fondées sur un Christianisme où la Vérité tend à englober l’ensemble des religions pour devenir  syncrétique. Il fut certes lu et parfois compris dans le monde entier, mais il  n’eut cependant pas l’influence intellectuelle suffisante pour empêcher, dans son propre pays, les idées du Socialisme scientifique de se développer à compter de 1870, pour finalement  triompher par la violence lors de la Révolution d’0ctobre 1917 , sept ans après sa mort.

En dehors de l’Inde où son influence sur la pensée de Gandhi fut considérable, l’influence de Tolstoï a été décisive dans d’innombrables pays jusqu’en Afrique du sud d’une certaine façon, à travers l’action pacifique de Mandela à sa sortie de prison en 1990, mais c’est peut-être en Israël que ses idées ont été les plus transposées, à travers le mouvement kibboutzim.

27 octobre Kibboutz de Mashabe Sade (10)
Il n’est pas dans mes intentions de raconter l’histoire des kibboutz ; il suffit d’aller sur internet, d’autres le font très bien, et ce n’est pas l’objectif de ce site de se transformer en une sorte d’encyclopédie pour les nuls. Il est encore moins question de conseiller de lire une biographie sur Tolstoï, car seule compte son oeuvre qui est déjà assez gigantesque pour passer quelques soirées au coin du bois à essayer de se souvenir de ces noms et prénoms impossibles à retenir, comme dans tout bon roman russe.  http://www.kibbutz.org.il/eng/welcome.htm   http://fr.wikipedia.org/wiki/Kibboutz

Toujours est-il que les premiers kibboutz ont vu le jour en 1910 et que la philosophie kibboutzim, socialiste et sioniste, emprunte largement aux idées de Tostoï en matière de socialisme pacifique et égalitaire. Cela n’a rien de surprenant dans la mesure où le fondateur du mouvement socialiste, d’origine austro-hongroise, Théodor Herzl, était acquis aux idées démocratiques et sociales. Un siècle plus tard, l’histoire des kibboutz se poursuit tant bien que mal. Les principes philosophiques originels ont évolué pour tenir compte de l’évolution des moeurs, de l’économie et s’adapter aux temps modernes. Il y en aurait officiellement 275 qui regrouperaient un peu plus de 100.000 personnes, soit guère plus de 1% de la population israélienne, représentant un bon tiers de l’économie agricole, avec de plus en plus d’activités touristiques à la clé.

Mais que viennent faire les filles de la Bible dans cette histoire ? C’est simple. A quelques rares kibboutz réligieux près qui ne datent pas de la fondation du mouvement, l’idéal kibboutzim a toujours prôné l’égalité entre les hommes et les femmes, qui est l’un des principes fondamentaux du sionisme originel,  socialiste et égalitaire, des fondateurs d’Israël, celui de Ben Gourion et de ses successeurs : Golda Meïr en est l’incarnation la plus proche. Il n’est donc pas anormal que les mouvement religieux israëlites les plus sectaires aient cherché régulièrement à étrangler financièrement les kibboutz en les privant de subventions et de ressources financières, ce qui est largement stupide dans la mesure où ils assurent une partie importante de la production alimentaire et contribuent activement à la défense du pays du fait qu’une proportion importante d’officiers et soldats vivent en leur sein. Voilà comment, d’une certaine façon, en visitant un kibboutz, on retrouve l’esprit de Tolstoï au milieu des filles  de la Bible qui vont et viennent librement à leurs différentes activités.

C’est un peu ce qui manque aujourd’hui dans nos banlieues françaises, cet état d’esprit égalitaire entre les femmes et les hommes : il nous manque des kibboutz où la jeunesse française pourrait se ressourcer, sans toutes ces panoplies contraignantes qui sont imposées aux filles, quelquefois par autosuggestion, et qui respirent dramatiquement l’esprit d’enfermement.

En attendant, pour témoigner de l’esprit de liberté qui y règne,voici une photo de filles de la Bible dans un kibboutz. Ah Zut, ce sont bien des filles de la Bible, mais ce sont de jeunes Afhganes, à Kaboul, avant l’invasion soviétique, avant les Talibans, et alors que le Roi était francophile et que toute l’intelligentsia afghane était acquise à la langue française. Un demi-siècle, ce n’est rien à l’échelle de l’histoire pour assister à l’effondrement d’une nation.J aimerais que cette photo puisse être partagée par le plus grand nombre<br /><br /><br />
Parce que rien n est jamais acquis, il faut se battre pour un monde libre !
Et Tolstoï, alors, que nous-dit-il encore ? D’abord que « le Royaume des cieux est en nous« , ce qui est le titre  de l’un de ses livres. Et aussi que : « la vie d’un individu perd tout sens s’il n’est pas en contact avec le monde entier tel qu’il est« .

Etre en contact avec le monde entier tel qu’il est, est effectivement indispensable. Comme Tolstoï, soyons universel, soyons mondial, pensons Terre entière : le sort des Soudanais du sud et des Nigéraians du nord doit nous préoccuper tout autant que les villageois de notre Petit Liré. On ne peut pas dormir tranquille lorsqu’on pense aux souffrances des Congolais qui endurent des guerres atroces depuis des dizaines d’années dans l’indifférence générale. Ce pays a « le record » mondial des viols de femmes. Car, comme l’a si bien dit le sage de Solesmes, le poète Pierre Reverdy, On ne peut dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Avoir la conscience éveillée est une chose. Devenir une conscience active est la seule méthode pour échapper à ce que Benjamin Fondane, un autre poète, appelle la Conscience malheureuse. Nous ne pouvons être heureux que dans l’action, au milieu des hommes. Telle doit être notre Profession de foi, qui est celle de Tolstoï, l’immense Tolstoï, et qui conduisit d’autres hommes à lancer le mouvement kibboutzim.

 La crucifixion, appelée aussi le Calvaire ou encore le Golgotha, tableau du peintre russe Nicolaï Gay, réalisé en 1893 sous l’influence de l’oeuvre morale de Léon Tolstoï.© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay). La plupart de ses oeuvres religieuses furent considérées par les autorités tasristes et religieuses orthodoxes comme blasphématoires pour être expressionnistes. Nicolaï Gay appartenait au mouvement réaliste des peintres ambulants ou itinérants.

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