Le Grand turc et nos « amis » africains

La raison d’Etat conduit toujours aux situations les plus extravagantes.

Voici que le Grand turc s’invite à suivre le convoi funéraire de la liberté d’expression appelée à la résurrection par l’entremise des larmes de consolation de tout le peuple français affligé. Il y a là comme un embarras qu’il ne faut pas voir.  C’est qu’on fête en cette année de douleur, le centenaire du convoi de la déportation des arméniens occidentaux qui aboutit à la destruction de tout un peuple, à son éradication totale d’un pays où ils étaient présents depuis 1700 ans. Un brin de paille dans les crimes de masse si l’on regarde les dix-sept siècles écoulés, je vous l’accorde !

Dans le même temps, certains chefs d’Etat africains sont aussi venus en personne ou ont envoyé des émissaires verser des larmes de crocodile qui dissimulent mal leur allégeance politique et financière à une ancienne puisance coloniale dont on attend toujours le salut quand tout va mal. Il est vrai qu’à l’échelle de ce continent,  notre « massacre de la saint Charlie » laisse songeur. Soit ils se déplacent pour pleurer la liberté d’expression et, la plupart, ne sont pas concernés car on ne leur connaît guère d’actes d’héroïsme en la matière à part de fermer des rédactions et emprisonner des journalistes quand les méthodes ne sont pas plus  radicales ou expéditives, soit ils viennent exprimer une compassion pour la France éternelle, terre de liberté, ce qui est tout aussi surprenant quand on connaît pour nombre d’entre eux cette propension aux biens mal acquis et pour le luxe tapageur. Mais, dans ce second cas, ils ne sont pas seuls à se comporter ainsi et nous fermons les yeux, comme nous avons toujours fermé les yeux, incitant parfois ou étant le plus souvent complice dans un partage bien compris des bénéfices.

Mais de notre côté, qui a véritablement  de la compassion pour les innombrables victimes liées aux carnages et crimes de masse qui se déroulent actuellement en Afrique ? Quand donc, nous occidentaux, avons-nous pleuré sincèrement « super flumina Babylonis« ,  pour les régions somaliennes dévastées, le Sud Soudan ou le Darfour écartelés, voire simplement le Kenya menacé ? Qui se soucie de sauver les femmes et les enfants soumis à cette folie impitoyable qu’est Boko Haram et dont nous oublions l’existence dès lors que cette bande criminelle ne commet pas l’erreur d’enlever des occidentaux en goguette sachant qu’il s’agit plus pour eux d’en tirer profit en demandant rançon ? Plus de 2.000 personnes auraient été tuées au Nigéria ces derniers jours, victimes de cette cruauté sectaire qui conduit des êtres humains, car les tueurs sont des êtres humains aussi incroyables que cela puisse paraître, à employer une fillette pour la ceinturer d’explosifs et l’envoyer sur un marché où sa mort orchestrée provoque un carnage épouvantable. Et nous qui pouvons débloquer dans l’urgence un million d’euros pour sauver un journal en détresse, combien mettons-nous sur la table pour soulager dans l’urgence le monde africain de toute ces accablantes actrocités, sans même évoquer la misère de tous les jours, une fois que nous écartons du décompte l’envoi de tous ces soldats aux missions incertaines dans un univers tout aussi incertain. Oh, je sais, le Rwanda nous a appris de nous méfier des rendez-vous pris en urgence lorsque tout est compliqué et que plus personne ne s’y reconnait entre les prétendus gentils et les possibles méchants à moins que ce ne soit l’inverse. Mais « Boko Haram », est-ce donc si différent que « l’Etat islamique » pour que nous laissions les fanatiques détruire systématiquement toutes celles et ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin ? Pour ma part, je n’y vois aucune différence.

Si je vous écris ainsi, amis lecteurs, ce n’est pas pour provoquer l’indignation ou avoir honte pour notre inaction, car je suis bien incapable de déterminer quelles actions sont nécessaires, n’étant pas sur place et ne disposant pas de toutes les capacités d’analyse pour inciter à la décision.  Non, à ce stade, il s’agit simplement de contribuer à accélérer une prise de conscience : les faits sont les faits et ils méritent d’être connus, reconnus et relayés pour éclairer les inéluctables décisions à prendre dans un cadre collectif qui ne se limiterait pas à un cavalier seul de la France ou de l’Europe. Il nous faut peut-être envoyer des forces de l’ONU. je n’en sais rien à vrai dire.  Mais, on ne peut continuer de se taire, de se résigner et de compter les morts. L’indignation ou la compassion sont inutiles si nous n’oeuvrons pas, là où nous sommes, à venir en aide auprès de celles et ceux qui souffrent chaque jour d’un supplice qui leur est infligé, toujours plus grand. Car là, en cet instant, nigérians paisibles du Nord de cet immense pays, c’est à vous que je pense. Vous avez droit, vous aussi, à la paix et la fraternité.

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