Situé dans le Haut-Anjou, ce bourg fut longtemps le lieu de villégiature des évêques d’Angers avant que la Révolution ne vint tout emporter une première fois. Lors de la Terreur, les Bleus en firent une place forte au milieu d’ un pays entièrement acquis aux Chouans.
Le 26 octobre 1793, au premier jour de la virée de Galerne, alors que l’armée catholique et royale venait de traverser la Loire dans des conditions épiques entre Saint-Florent le Vieil et Varades, celle-ci écrasa au nord de Château-Gontier, à Entrammes, l’armée de l’ Ouest républicaine surprise par la vitesse de déplacement des Vendéens et Bas-Bretons cherchant à rejoindre Granville pour y trouver renforts de l’armée des Immigrés qui jamais ne vint, tandis que la chouannerie du Bas-Maine s’en venait dans l’urgence au secours des Vendéens défaits à Cholet dans les jours précédant.
Marqué par l’attentat de la rue Saint-Nicaise organisé par Cadoudal en décembre 1799, Bonaparte devenu Napoléon ne cessa de redouter des soulèvements de ces paysans de l’Ouest fidèles au trône et à l’Eglise, qui continuèrent épisodiquement à s’agiter jusqu’à soutenir les velléités de la duchesse de Berry, princesse des Deux-Siciles, de rétablir le trône des Bourbons en juin 1832 pour le compte de son fils détrôné par les Orléans.
La suite sera tragique pour les paysans de l’Ouest enrégimentés qui seront régulièrement décimés en première ligne lors des Guerres de 1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945, pour solde de tout compte de l’esprit rebelle d’une paysannerie attachée à sa terre natale.
Ce que ni les révolutions ni les guerres n’ont réussi à défaire, cet amour infini pour une terre de douleur ensevelie entre les haies dans les chemins creux, l’éxode rural réussira à tout emporter : fermes, hameaux et bourgs délaissés pour les villes pestilentielles, clapiers sociaux, manoeuvres dans les forges et aciéries charbonneuses de fer et métaux, et encore jardins ouvriers à courir après trois lapins au milieu des salades dégoulinantes des eaux de pluie entre deux poulaillers ouverts aux vents mauvais, tous ces nouveaux malheurs d’entassements superposés où les générations ne se renouvellent pas mais sont remplacées par de nouvelles colonnes infernales que sont ces populations étrangères appelées à la rescousse, que personne n’accompagne dans l’abandonnement de leurs propres terres natales pour les mille ans à venir.
Il n’ empêche. Le Haut Anjou résiste au malheur des temps, et les bourgs n’ ont jamais été aussi beaux et bien entretenus, églises, châteaux et manoirs resplendissants de la lumière bleutée des diamants pluvieux du ciel, glissants sur les toits d’ardoise chère à Pierre Reverdy qui séjournait en voisin à Solesmes pour surveiller que les nuages composant une atmosphère de paysages sages venus de l’ océan, passent et s’en iront bien trépasser loin vers l’ Est pour illuminer à l’aurore la terre entière.
Et nous, ses successeurs, gardien des âmes éternelles qui se succèdent de génération en génération, sommes ici et là, pour perpétuer cet univers de siècles en siècles, esprit de lumière et himilité au service du pays et de la liberté des Hommes.
Et entre nous, nous n’aurions jamais imaginé voici cinquante ans et plus, déclarer notre flamme pour ces paysans teigneux, bouseux et culs-terreux, capables de faire boire à un enfant venu sonner au petit matin des écoliers pour lever obole ecclésiale dans les jours précédant la Fête-Dieu, un verre de gnôle arrangé d’une tartine fait étable de rillettes grasses et d’une fricassées de volailles onctueuses, seules damnations reconnues à ce jour qui n’empêchent d’accéder au paradis des Valeureux, pourvu qu’on reparte de la ferme sans faire la quête ruineuse, Dieu y pourvoira.
Au souvenir du Haut-Anjou, terre des illustres paysans de l’ Ouest, Oray DII Cervieres, témoignant de Mille ans de solitude.
