36 millions d’esclaves « modernes »

Voyage pittoresque, gravure de Jean-Baptiste Debret (1835)

 

 

 

35,8 millions d’hommes, femmes ou enfants en vie seraient actuellement tenus en situation d’esclavage moderne dans le monde entier. Tels sont les résultats d’une étude à l’échelle mondiale qui sont disponibles à l’adresse suivante  : http://www.globalslaveryindex.org

On peut discuter de la méthodologie, mais c’est sans intérêt. On peut discuter aussi de la définition de l’esclavage moderne, mais c’est aussi sans intérêt. Car, tout simplement, personne, absolument personne ne souhaite se retrouver dans l’une de ces situations, même si parfois, elles peuvent donner l’illusion d’échapper à une situation plus tragique encore. Il faut toujours souhaiter pour autrui le meilleur et non le pire.

Pour la méthodologie et les définitions,  on se reportera donc aux travaux menés dans le cadre de cette enquête. Ce qui est évoqué, c’est la traite humaine, le travail forcé qui n’est pas simplement celui d’hommes ou de femmes mais aussi et souvent, d’enfants ; c’est encore le mariage forcé, et aussi la prostitution, la vente et l’exploitation sexuelle d’enfants, le trafic d’organes humains ; et tout simplement l’esclavage traditionnel, la servitude.  Pour chacune de ces situations, il existe une définition juridique précise qui se rattache le plus souvent à des traités internationaux, des protocoles et conventions mondiales généralement signés par tous les Etats, de plus ou moins bonne foi, y compris les sociétés où le respect de la dignité humaine est allègrement bafoué avec la complicité passive voire active des autorités gouvernementales. L’étude permet d’ailleurs, Etat par Etat, d’évaluer le nombre des esclaves vivants concernés, les efforts que les Etats consentent effectivement pour empêcher que les personnes les plus vulnérables, généralement des femmes et des enfants mais aussi des hommes, ne se retrouvent dans cette situation épouvantable d’esclaves modernes ».

Ce nombre de 36 millions d’esclaves vivants peut-être comparé aux déplacements forcés au cours des siècles dans le cadre des traites négrières.  Si on se réfère à l’un des livres qui fait référence dans le domaine, celui d’Olivier Petre-Grenouilleau, Les traites négrières, Essai d’histoire globale paru en 2004 aux éditions Gallimard, ce seraient 52 millions de victimes qui auraient été déplacées de force, notamment : 11 millions de personnes dans le cadre de la traite altantique organisée par les Européens et les Américains, du milieu du XVème siècle au milieu du XIXème siècle, principalement au XVIIème et XVIIIème siècle ; et de l’ordre de 9,6 millions auraient survécu à la traversée de l’océan ; 14 millions de personnes dans le cadre stricto sensu de la traite intra-africaine, dont la moitié aurait été revendue à des Européens ou des Arabes à compter du XIème siècle ; 17 millions de personnes dans le cadre de la traite orientale réalisée par les Arabes, du IXème au XIXème siècle et un million environ d’Européens, occidentaux ou slaves, dans le cadre de l’esclavage pratiqué par les Ottomans et les Barbaresques entre 1500 et 1800.

Certes la population mondiale est aujourd’hui de plus de sept milliards d’individus alors qu’elle n’excédait guère plus d’un milliard au début du vingtième siècle. Mais la comparaison a tout son sens dans la mesure où le nombre total de personnes ayant vécu entre le Xème et le XIXème siècle est de l’ordre d’une dizaine de milliards [à vérifier].  Et bien, pour nous qui prétendons être meilleurs que ceux qui ont péri, on ne peut dire que la situation s’améliore. Simplement, nous refusons toute sincérité et toute vérité s’agissant de la question compliquée de l’esclavage.

Convoi d'esclaves en Afrique (gravure du XVIIIe siècle)

 

 

 

 

A cet égard, les polémiques entretenues sur le caractère le plus odieux de crime contre l’humanité entre la Shoah et la Traite négrière sont totalement surréalistes, et parfois douteuses quand il s’agit de manipuler l’opinion de communautés. On parle d’êtres humains, de victimes, ce n’est pas un concours pour savoir qui  est la plus grande victime de l’histoire, des Noirs africains déplacés de force vers l’Amérique ou l’Orient, ou des Juifs exterminés. Cessez-le-Feu !  Elles sont toutes des victimes, transportées et exploitées, déportées et exterminées. Ce qui compte c’est le destin tragique de chacune de ces personnes, des six millions de victimes du système de terreur nazi et des 50 millions et plus  de victimes d’une déportation pour des motifs essentiellement économiques. Le malheur épouvantable des uns ne se compare pas au destin tragique des autres, et inversement. Chaque vie sur le plateau de la balance humaine ou divine, a la même valeur, celle d’un être humain, celle d’une âme, et aucune ne s’ajoute dans des décomptes et comparaisons d’apothicaire.

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Ce que nous devons regarder et comprendre avec lucidité, pour que cela ne se renouvelle pas, c’est le Pourquoi des choses. Pourquoi les Juifs d’Europe, entre 1933 et 1945, ont-ils été les victimes d’un système planifié de destruction à l’échelle d’une communauté humaine ? Pourquoi les Africains ont-ils été les victimes d’un système organisé d’exploitation économique sur des siècles et des siècles, aboutissant à la destruction de communautés humaines à l’échelle d’un continent aussi vaste que l’Afrique ? Les réponses à ces questions ne présentent pas qu’un caractère historique. Elles doivent nous permettent d’apprendre à mieux vivre ensemble, à apaiser les souffrances issues d’héritages familiaux, religieux ou nationaux différents mais parfois communs et de toute façon, de plus en plus entremêlés avec la création d’une unique Société du monde à l’échelle de la planète.

Car si nous commençons à entrer dans ces décomptes comparatifs , l’idiot du village en viendra à réclamer justice pour son ancêtre gaulois vaincu qui devint esclave à Rome, et l’imbécile du quartier écrira une lettre ouverte aux Danois pour réclamer le crâne dans lequel les Vikings ont bu à la santé d’Odin, sans oublier le crétin des Alpes qui se demande encore si c’est Hannibal ou César qui a séduit et emporté sa femme lors du passage des éléphants ou de la légion invincible.

Et pendant, ce temps-là, pendant que nous exigeons des uns et des autres des certificats de moralité pour nos ancêtres, pendant que les esprits s’échauffent pour savoir si le plus épouvantable était de partir de Nantes vers les plantations coloniales ou de Drancy vers Auschwitz alors que l’Epouvante étendait partout et toujours plus loin son emprise sur tout, 38 millions de personnes sont tenues en situation d’esclaves contemporains en souffrance, bafoués, maltraités, exploités. Ce ne sont pas nos ancêtres qui ont besoin de nous, laissons les historiens et les archéologues en débattre en toute sérénité. Ce sont ces personnes vivantes, car ces 38 millions de personnes vivent et sont nos semblables,  elles ont besoin de notre aide, et en urgence, car chaque jour qui passe augmente la souffrance de chacune de ces personnes maintenues en servitude.

Voici l’adresse d’un site qui tente d’alerter et d’agir. On constatera que les situations sont nombreuses, variées, complexes et qu’il arrive, par exemple, mille fois hélas, que des grandes entreprises mondiales extrêmement profitables contribuent au maintien de cette exploitation esclavagiste  de l’homme par l’homme. Walk Free mène actuellement  une trentaine de campagnes précises et ciblées, et comme on le disait en d’autres temps et circonstances, Join us, Act now  :  www.walkfree.org

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Et pour conclure sur ce sujet douloureux, il faut toujours en revenir aux fondamentaux, c’est à dire, en l’espèce, à Saint Paul. Ce dernier n’est pas toujours facile à suivre. Mais il est toujours lumineux. Et donc, saint Paul écrit dans l’épitre aux Galates , chapitre 3, 28-29 : Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme. Car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus. Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc « descendance » d’Abraham, héritiers selon la promesse.

Et pour ceux que la référence au Christ perturbe ou trouble, ce qui est tout à fait compréhensible, car l’auteur virtuel croit en la sincérité et la vérité, et donc en la Charité, libre à tous de l’enlever si cela incite à agir  : Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme. car vous n’êtes tous qu’une personne… Vous êtes donc « descendance » d’Abraham, héritiers …

A noter que parmi cette « descendance » d’Abraham, on compte Abraham Hanibal, un enfant soudanais, devenu esclave, filleul de Pierre le Grand puis général russe ainsi qu’Abram Tertz, de son vrai nom Andréi Siniavski, né dans une famille de l’intelligentsia juive moscovite, auteur de Promenades avec Pouchkine qu’il écrivit justement en déportation, entre 1966 et 1968 à Doubrovlag, au milieu de l’archipel du Goulag. Comme quoi, à y regarder de près, les décomptes d’apothicaire concernant les victimes du monde sont toujours compliqués. Il y en a toujours qui ne rentrent dans aucune case. Laissons au diable les chiffres et préoccupons nous des Vivants.

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