Avec l’aide de nos amis

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Cathédrale de Coutances, dans la brume,  vue de l’enclos paroissial de Nicorps

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je publie ce jour le premier article d’un auteur qui m’a proposé le texte suivant et que je publie d’autant plus volontiers que ce prétendu « marin d’eau de ruisseau » est  en fait un marin au long cours. Il fut, voilà quelques temps, le premier à me faire découvrir l’Afrique à travers des timbres en provenance d’Abidjan, sous Houphouët-Boigny ; plus récemment, il m’invita, à l’occasion d’un périple généalogique, à me rendre à Nicorps, sur les traces de nos ancêtres Vikings. C’est ainsi qu’est né Lô Nicorps, alias Lonely Korps ou encore Courage Nicorps, le héros très nonchalant de Roman d’espoir. Guy, j’ai toujours la collection ! Elle est enfermée sous clé dans une malle en cuir d’hippopotame.

En cette occasion, bousculant le projet initial, voici donc le premier texte original  publié dans une nouvelle rubrique intitulée : Avec l’aide de nos amis qui regroupera toutes les contributions extérieures pouvant participer au projet d’accompagnement du Monde. Notre amour de la langue française interdit de lui donner son véritable titre, « With a little help from my friends », double hommage à ceux qui ont ont bercé et continue de bercer notre jeunesse éternelle, The Beatles, and last but not least, Joe Cocker himself.  Il ne manque plus que Bob Marley pour que le Bain de jouvence soit parfait.

En cette circonstance, une précision a son importance : certains lecteurs ont manifesté leur enthousiasme poli. Ils ont à ce jour entre 17 et 87 ans. L’objectif est d’être lu par des jeunes de 7 à 117 ans, dans tous les pays du monde, en langue française, en amharique, en hébreu, en arménien, en wollof, bref en toutes langues sauf dans celle de l’ennemi héréditaire, à moins que ce ne soit de l’anglais ancien ou du bas-normand. D’accord, Okay pour le patois américain, les biftons et les dollars. Et puis, souvenons-nous que de nombreux « boys », de toutes races, sont restés là, en terre de Normandie ou de Champagne, pour nous aider par deux fois à retrouver notre liberté chérie. Ce serait bien, de temps en temps, que « les abrutis de base » ne l’oublient pas.


A La recherche du temps passé, par Guy C. (G-D M, 29 janvier 2015)

Ayant rencontré la pirogue de « l’auteur virtuel », à qui je souhaitais de continuer ses efforts de navigation sur le grand fleuve de la littérature, je me demandais, « marin d’eau de ruisseau » sur mon ‘Ti cano (P’tit canot) si, à côté des géants de la pensée littéraire, ne pouvaient tout de même exister quelques compétiteurs hors catégories : des poussins pour les jeunes littérateurs et des vétérans pour ceux au passé définif. Le commun des mortels ne pouvait-t-il apporter ses lueurs (je ne dis pas lumières) et concourir à rénover une culture en panne chez maint de nos concitoyens ?

Ainsi, l’année suivant l’arrêt de la seconde guerre mondiale, ma famille m’envoya au collège pour y faire « mes humanités ». Ce terme n’est plus guère employé comme d’ailleurs on ne parle plus du trivium, les trois éléments constitutifs du savoir, c’est-à-dire la grammaire, la rhétorique et la dialectique.

Charlemagne et son ministre Alcuin, maître d’une célèbre école de calligraphie et d’enluminure des manuscrits, et aussi l’abbé de St-Martin de Tours et de St-Paul de Cormery, près de Tours

Revenons aux temps anciens : Le moine Alcuin, né à York, et dont il devient le bibliothécaire de la cathédrale, est appelé à se rendre en 781 par Charles, fils de Pépin le Bref dans le royaume franc. La culture d’Alcuin, redevable de celle de son maître Bède le Vénérable, lui permet de devenir l’un des membres de l’école palatine fondée par Charlemagne qui, sous son impulsion, entraîna un étonnant essor littéraire, intellectuel, artistique et pédagogique. [Voir l’article de synthèse sur Alcuin dans Hérodote : www.herodote.net/Alcuin_732_804_-synthese-377.php ]

Alcuin, Théodulf et Angilbert, abbé laïc de St Riquier et Duc de Ponthieu (en Picardie) furent à la base :

– Du renouveau des études par l’enseignement des disciplines de base.

– D’une écriture lisible et pratique, ce qui allégea la fabrication des documents écrits et contribua à leur diffusion.

– De la priorité de l’apprentissage de la langue (latine) par la grammaire et la rhétorique.

– Du développement de la dialectique et des disciplines scientifiques, celles qu’on appelait alors le quadrivium, (la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie, la musique).

– De la copie à partir des bibliothèques de Fulda (Allemagne), St Gall (Suisse) et Corbie (France).

La création de l’Académie palatine par Charlemagne entraîna :

– La floraison de générations de lettrés tant à l’ouest qu’à l’est de l’empire.

– La construction de plus de 440 édifices religieux richement décorés : Chapelle d’Aix-la-Chapelle en Allemagne ;  Oratoire de Théodulf d’Orléans à Germigny-des-Prés en France…

– Le développement du travail de l’ivoire et des métaux précieux.

– L’apparition d’ateliers d’enluminures qui produisirent de somptueux ouvrages comme le « Sacramentaire » de Drogon, évêque de Metz.

– En musique l’action d’Alcuin et de ses disciples se porta sur la psalmodie et son expressivité en différentes formes.

De tous ces lieux de culture, je ne parlerai que de l’Abbaye Saint-Pierre de Corbie fondé en 657. Vous ne pourrez la visiter. Elle fut détruite en 1790 par les « Intolérants du siècle des lumières ». Pour les adeptes du « Culte de la Raison et de l’Être Suprême», culte civique esquissé au cours de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, rien ne devait subsister des réalisations de la Noblesse et du Clergé. Et pourtant, un millénaire auparavant, se créaient les outils des artisans de notre culture française et européenne.

Corbie, non loin d’Amiens, fut en son temps un foyer de création culturelle et de débat théologique. Elle dépendait de l’abbaye de St Riquier (Dans la Somme, près d’Abbeville).

Lors de la grande expansion monastique en Europe occidentale, au VIIIe siècle, le monastère adopta la règle de Saint-Benoît, les moines devinrent donc des bénédictins.

Le monastère forma d’emblée des moines lettrés, tels Leutcharius, Abellinus et Martin de Corbie qui fut précepteur du futur maire du palais, Charles Martel. Théofroy eut pour successeurs : Erembert, Maurdramme, Adalard de Corbie, (le fondateur de l’abbaye-sœur de Corvey en Westphalie), Wala, et les théologiens, Paschase, Radbert et Ratramme de Corbie.

Maudramme fit rédiger une Biblee en sept écritures différentes dont la minuscule Caroline, l’écriture que nous utilisons toujours y compris avec le clavier de notre ordinateur.

 Exemplaire de l’écriture dite « Caroline ». Ceux qui s’intéressent à la paléographie pourront aller sur le site suivant : www.cegepsherbrooke.qc.ca/~bourgech/webmed/…/paleographie.htm

Le Moyen-Âge poursuivit l’étude du Trivium puis du Quadrivium, étapes nécessaires de la formation intellectuelle qui servent alors de Propédeutique aux sciences supérieures : médecine, droit, théologie.

Propédeutique, avez-vous dit ! C’est assurément un terme devenu désuet. Il était encore employé en 1950. C’était le cours préparatoire obligatoire qui préparait les bacheliers à l’enseignement supérieur en vue d’études plus approfondies dans certaines facultés et grandes écoles. Mais « Faisons table rase du passé »… : Cela s’appelle désormais « Classe préparatoire ».

Tous ceux qui ont encore quelques réminiscences scolaires se souviennent de cette expression rendue célèbre par les révolutionnaires français lors de la « nuit du 4 Août », la nuit historique de « l’abolition des privilèges » : « Faisons table rase du passé » !

Cette expression qui fait partie depuis lors du verbiage révolutionnaire, traduit, chez eux, une obsession persistante depuis plus de deux siècles. On la retrouve dans le plus célèbre des chants révolutionnaires, celui de l’Internationale, qui, comme on le sait, a eu l’ambition de « changer le genre humain » :

Du passé faisons table rase

Foule esclave, debout ! Debout !

Le monde va changer de base :

Nous ne sommes rien, soyons tout ! 

 (Eugène Pottier, L’Internationale, 1871)

Souvenons-nous que sans passé nous n’aurions pas d’avenir. Cultivons au présent notre culture et revenons aux fondamentaux : lecture, écriture, grammaire, rhétorique, cet art de bien parler qui, il y a encore un demi-siècle, permettait d’aborder après la classe de Première celle de Philosophie (de Terminale actuellement) où l’on était initié à la dialectique, cet art de la discussion, pour démontrer, réfuter, emporter la conviction.

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