La Saint Valentin en pays d’apartheid pour tous

Si vous me demandez quel est le programme racial de l’auteur virtuel, après une longue réflexion, il vient de décider d’adopter l’apartheid pour Tous : noirs, blancs, jaunes, rouges, géants ou petits hommes verts et lilliputiens bleus, tous ensemble dans le même wagon, dans le même bus, dans le même avion, dans la même voiture, dans le même bateau surtout, à fond de cale. Et aussi dans les mêmes hôtels, hopitaux, écoles, services publics, lieux de vacances, clubs de loisirs ou de rencontres, coiffeurs, épiciers, pharmaciens, cinémas, théâtres, salles de sports, cantines, restaurants, parcs et jardins, que sais-je, bien sûr, j’oubliais les stades et les piscines, les temples et les églises, les synagogues et les mosquées, discothèques et bars branchés, allez soyons fous, dans les avenues, les boulevards, les rues, les autoroutes, les gares et les parkings, sur les places de villages et dans les gratte-ciels des villes, les stations balnéaires et de sports d’hiver, et même aux bains turcs en sifflotant Tea for two, partout où tout le monde, absolument tout le monde, hommes, femmes et enfants, handicapés et spationautes peuvent aller librement dans tous les espaces publics, oui, à la réflexion, c’est bien cela mon programme d’apartheid pour tous.

Mais me direz-vous, quelle différence existe-t-il avec la situation actuelle ? Rien justement, sauf à l’Automobile club de France qui est un club sélect où il faut montrer patte blanche côté carte gold, et c’est là tout l’intérêt d’un programme tel que l’apartheid pour Tous :  franchir le mur de l’argent !  Et il faudra se battre programme contre programme, pour que cessent les déclarations alambiquées à l’emporte-pièce qui sont de véritables bombes à retardement, des déclarations inconscientes de guerre civile pour le futur.

La France n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un pays d’apartheid. Que cela soit dit une fois pour toutes. Ne confondons pas mal vivre, exclusion et apartheid.

La France s’honore d’avoir dans son histoire le Chevalier de Saint-Georges, immense compositeur « mulâtre » pour reprendre l’expression de l’époque, le XVIIIème siècle. Il n’est pas le seul compositeur ou musicien classique d’origine africaine comme en témoigne le site africain sur l’héritage africain de la musique classique :

http://chevalierdesaintgeorges.homestead.com/Autres.html

La France s’honore aussi d’avoir dans son histoire le général Dumas et son fils Alexandre Dumas, tous deux « mulâtres », le dernier étant universellement connu pour ses romans tel que Les Trois mousquetaires.

La France n’honore pas assez la mémoire de Raphaël Elizé, d’origine martiniquaise, qui fut le premier noir en France  maire d’une petite ville,  Sablé-sur-Sarthe, avant 1939, et qui est mort pour la France, déporté par la Gestapo ;  elle a aussi eu, de 1959 à 1968, un président du Sénat guyanais, Gaston Monnerville.

La france a oublié ou presque le capitaine de vaisseau Sosthène Héliodore Camille Mortenol qui seconda le général Gallieni dans la défense de Paris entre 1914 et 1918, notamment anti-aérienne. Ce Guadeloupéen fils d’un ancien esclave,  fut admis à l’école polytechnique puis là l’école navale pour devenir officier de marine, avec la spécialité de torpilleur.  Il sera promu en 1920 au grade de commandeur de la légion d’honneur avec la citation suivante : officier supérieur du plus grand mérite, à son poste jour et nuit pour veiller sur Paris, assure ses fonctions avec un rare dévouement et une compétence éclairée. Un Sosthène, en l’occurence le fils du Général de Gaulle, ne doit pas en cacher un autre, d’égal talent si ce n’est plus.

La France  a formé de brillants étudiants, condisciples de Georges Pompidou, dont certains devinrent de grands poètes, hommes politiques français avant de devenir présidents comme Léopold Sedar Senghor le Sénégalais ou son alter ego ivoirien Félix Houphoüet-Boigny qui négocièrent, tous deux avec d’autres, auprès du général de Gaulle pour que les anciennes colonies françaises africaines accèdent dans la paix à l’indépendance en 1960.

La France a donné leur chance à des chanteurs tels que le Guyanais Henri Salvador dont les chansons ont été reprises en choeur par des enfants qui devinrent plus tard de grands enfants, ou encore Joséphine Baker dans le contexte très particulier du cabaret d’avant-guerre, mais qui ne doit en rien taire son immense talent alors reconnu dans le monde entier.

Toute la France a encouragé une gamine de Basse-Terre, Marie-José Perec dont la grand-mère qui l’éleva ne roulait pas sur l’or, à devenir la plus grande championne française d’athlétisme avec trois médailles olympiques en or  gagnées en 1992 à Barcelone et  en 1996 à Atlanta.

Et aujourd’hui, toute la France hurle lorsque le géant Teddy Riner, Guadeloupéen du Paris 18ème Clignancourt,  monte sur le tatami. Aurions-nous, de plus, oublié avoir fait la fête une nuit entière pour célébrer la victoire historique du 12 juillet 1998 avec l’Arménien Djorkaeff, le Kabyle Zidane, les Antillais Thierry Henry et Liliam Thuram, tous menés par le capitaine Deschamps ?Et chaque année nous rappelons que le Franco-Camerounais Yannick Noah est le dernier Français à avoir gagné à Roland-Garros en 1983, à la même époque où Serge Blanco, au rugby, relançait de ses 22 mètres, comme personne d’autre ou presque depuis ne l’a fait dans cette douce France de prétendu apartheid.

Alors, si la France est un pays d’apartheid, qu’attendons-nous pour libérer un Nelson Mandela français qui serait bien embastillé quelque part au secret depuis 28 ans ? Lui seul pourrait mettre fin à ce système politique de l’apartheid qui sévirait en France où tout le monde veut bien vivre ensemble dès lors que c’est le voisin qui est concerné. Et comme justement, on déménage pour aller vivre ailleurs, le plus loin possible de ce nouveau voisin envahissant, cela tombe bien, ils vont vivre ensemble loin de chez nous et nous chez nous,  et tout le monde sera content. Chacun chez soi dans sa communauté enclose ! Blancs, Africains, antillais, Arabes, Arméniens, Roumains, Chinois, Colombiens, Tziganes et peut-être même quelques rares Inuits, ces enfants de Thulé, relégués à saint Pierre-et-Miquelon ou aux îles Nuageuses.

Et les Juifs alors ? Vade Retro Satanas ! A ce rythme, tout le monde finira par tomber d’accord pour expulser ce peuple de l’exil perpétuel, comme du temps de l’inquisition espagnole ou de l’Allemagne nazie.  La Babylone française ne veut plus d’eux, qu’ils retournent en Terre promise, voilà où nous en sommes dans le pays des Droits de l’homme depuis qu’on laisse des beuglants délirants semer la haine ouvertement sur les réseaux sociaux.  Ce n’est pas par hasard qu’Edouard Drumont était Français, il a trouvé de dignes successeurs nationalistes qui font dans l’ignoble et d’innombrables complices qui s’agglutinent pour les motifs les plus divers. L’antisémitisme est le thermomètre du monde : quand la température de la haine monte pour ce motif précis, c’est que tout va mal et que les risques d’explosion généralisée grimpent.

Apartheid, racisme, antimétisme, tout est état d’esprit : il y a des mots qui blessent, il y a des mots qui tuent, et le premier devoir d’un homme politique est de ne pas raconter n’importe quoi surtout lorsqu’il le fait trois fois de suite en dix ans pour épater la galerie des médias qui ne réfléchit plus depuis longtemps.

Et puis, quand on parle d’apartheid en France millénaire, je vois tout de suite que les esprits s’échauffent. Les Français sont ainsi, variables comme le temps, un jour amorphes comme des veaux dirait de Gaulle, un autre surexcités comme un sans-culotte. C’est une question de saisons, suivant le principe que le dernier qui parle a raison.

En attendant, je connais des familles qui viennent me voir désespérées d’apprendre que la France est désormais un pays d’apartheid. Quand elles montent dans un bus, elles ne savent plus où s’installer, devant ou à l’arrière. Cette famille devra-t-elle bientôt se promener en permanence avec son livret de famille ? Mais comment vont-elles faire si les enfants sont de toute couleur ? Je ne vois pour cette famille Toucouleur qu’une solution : les enfants devant, le père derrière et la mère qui court après le bus pour l’attraper car c’est elle qui termine de ranger la maison et fonce au travail pour ne pas accumuler trop de retards. C’est une solution possible. Ou bien prendre un taxi, mais lequel ? jaune ou noir ? Zut ! les taxis sont de toutes couleurs. Rien n’est jamais simple en France, tout simplement parce que la stupidité y est pour beaucoup.

Le problème de la France, ce n’est pas de vivre tous ensemble, mais c’est de retrouver du bon sens, de s’adapter au monde moderne qui n’est plus la civilisation paysanne de nos grands-parents ou arrière grands-parents, lorsque la France rurale représentait plus de la moitié de la population, et lorsque les paysans étaient mobilisés pour combattre dans les tranchées entre 1914 et 1918, découvrant comme frères d’armes des tirailleurs sénégalais, des Annamites qui encaissaient des obus dans les arsenaux à Tarbes ou encore des malgaches travaillant dans les carrières.

Il faut accompagner les  Français, petits et grands,  dans une nouvelle représentation du monde, de l’Europe et et du pays qui ne soit offensante pour personne, et qui soit la France, l’Europe et le monde d’aujourd’hui pour que nous puissions vivre non pas ensemble à travers de prétendues « politiques de peuplement », mais dans la paix et la fraternité. Car il existe des expressions fort malvenues comme « politique de peuplement » justement qui laisse entendre qu’elle imposerait des obligations nouvelles, forcées et contraintes, d’habitation, cohabitation et d’expulsion. Hitler lui aussi avait une « politique de peuplement », à l’Est de l’Allemagne pour être précis, qui consistait à exterminer les juifs, repousser les Slaves au-delà de l’Oural et installer des colonies allemandes sur le Don et la Volga. Il ne s’agit pas de comparer les projets, seulement de relever que certaines expressions comme « apartheid » ou « politique de peuplement »  sont soit la preuve d’une ignorance, ce qui serait un moindre mal, soit une provocation ou une manipulation au choix. et qu’une nouvelle fois, les victimes en seront les plus faibles et les plus démunis. Car ne vous trompez pas, tout cela se retournera contre ceux que l’on prétend protéger et qu’on laissera au bord de la route, les mendiants, les déshérités, les sans abris, les sans papiers, qui de toute façon n’ont élu domicile dans aucune zone de peuplement.

Car en définitive, cette nouvelle représentation du monde qu’il nous faut imaginer n’a rien de nouveau. J’ai retrouvé une affiche commerciale de la société automobile française de Dion Bouton qui date du début du vingtième siècle. Avec trois cents voitures construites en 1900, De Dion Bouton était alors le premier constructeur mondial. A l’époque, par parenthèse, on construisait déjà des moteurs électriques, comme quoi il n’y a rien de véritablement nouveau sous le soleil : en 1903, De Dion Bouton faisait sa réclame, on ne parlait pas alors de publicité, en sponsorisant un char électrique lors du carnaval parisien  de la mi-carême.
      

La reine de la Mi-carême sur le char électrique de Dion-Bouton en 1903 et en 1906, associé à Michelin

Mais pour en revenir à l’affiche commerciale du début du vingtième siècle en exergue de cet article, je trouve qu’elle  est d’une insolence heureuse, la manifestation inouïe d’une immense joie de vivre. Elle respire le bonheur sur une route en terre qui n’est pas encore la nationale 7 puisqu’elle longe la mer. On n’est pas plus en Arabie saoudite puisque la femme conduit, loin du cliché véhiculé par un certain arrêté préfectoral parisien du début du XXème siècle interdisant le port du pantalon aux femmes lorsqu’elles roulent en bicyclette. Le jeune homme noir, en bottes et casquette, assis près de la conductrice, est assez énigmatique. On dirait un groom d’hôtel, une sorte de Spirou vivant, dynamique. C’est une représentation possible d’un jeune noir libre à cette époque, mais rien n’est moins sûr. ce n’est peut-être que le porteur de bagages, le valet, mais un valet issu du théatre de Molière, inspiré et séduisant.

Car il est cependant certain tout d’abord, que la jeune femme veut impressionner son passager. Elle roule vite, obligée de retenir par la main son chapeau qui s’envolerait autrement ; et les mouettes s’affolent au passage de la voiture. Les roues soulèvent beaucoup de terre, signe que la voiture fonce alors que les bateaux fuient sur la mer à ce spectacle étonnant. Pas de doute, la conductrice cherche à épater son voisin. La façon dont elle tient le volant en toute décontraction en est un autre signe.

Mais surtout, elle est habillée tout de rouge jusqu’au fichu de son chapeau de paille. Et là, c’est un autre signe qui ne trompe pas; Elle veut séduire son passager. Le rouge est la couleur de la séduction. Une étude sociologique récente auprès de la clientèle des bars et restaurants a démontré le pouvoir de séduction du rouge sur la clientèle masculine lorsqu’une serveuse porte cette couleur. C’est habillée en rouge que le pourboire masculin est le plus élevé, et de très loin : serveuses de tous pays, habillés vous en rouge, plumez le Gogo !

J’en arrive à la conclusion de ma démonstration. Cette affiche représente une femme amoureuse accompagnée plus probablement de son amant que de son mari sur la route du bonheur. Voilà la représentation du bonheur par un constructeur automobile français avant-gardiste au début du vingtième siècle, bien loin de tous les clichés misérabilistes sur le prétendu sexisme ou racisme, bien loin d’un supposé apartheid qui n’existe même pas sur une banquette d’automobile.

Car, affiche contre affiche, voici comment les racistes nationalistes ou nazis représentaient à la même époque les noirs venus combattre dans l’armée française, tout simplement comme des violeurs de femmes blanches. Fermez le ban.

La honte noire

La honte noire : l’Allemagne et les troupes coloniales françaises, 1914-1945,

Après la Première Guerre mondiale, les Allemands organisent une campagne de propagande internationale contre la présence de troupes coloniales françaises dans leur pays : c’est la « honte noire ». Elle repose sur des accusations mensongères de viols systématiques des femmes blanches par les soldats africains en Rhénanie occupée. Ces attaques racistes visent à convaincre l’opinion publique internationale – notamment nord-américaine, sensible à la question noire – et les gouvernements étrangers que la France est une ennemie de la Kultur et de la civilisation européennes. Haineux et militaristes, les Français mépriseraient les Allemands au point de les faire « garder » par des Noirs, et désireraient abâtardir leur race par le mélange des sangs et la contamination syphilitique (Hachette Littératures, janvier 2004)

Alors, à tous les couples, à toutes les familles dont Toucouleur, je vous souhaite en ce pays d’apartheid pour tous, une heureuse fête de la Saint Valentin, la Saint Valentin de l’apartheid pour tous, loin des bruits de guerre et de dévastation du monde. Et puis, n’oubliez pas d’apprendre à vous préserver des idioties du monde, en commençant par réciter ces premiers vers d’Arthur Rimbaud :

Qu’est-ce pour nous, Mon Cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre

Pour conclure, au début de la dernière strophe de ce poème qui date de 1872, par  :

Oh ! mes amis ! — mon cœur, c’est sûr, ils sont des frères —,
Noirs inconnus, si nous allions ! allons ! allons !

 Au fait, à propos de la famille virtuelle Toucouleur issue du métissage, il n’y a aucun lien si ce n’est le nom avec les Toucouleurs, une population vivant principalement dans la vallée du fleuve Sénégal, en Afrique de l’Ouest. L’ethnologue et écrivain Amadou hampâté Bâ est originaire de Bandiagara, ancienne capitale de l’empire Toucouleur du Macina, actuel chef lieu du pays Dogon. Il est l’auteur de mémoires remarquables :  « Amkoullel l’enfant peul » et « Oui mon commandant ! » Il a écrit : « un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », qui a inspiré, avec le livre d’Elias Canetti, Au-to-da-fé, la création de la rubrique : la bibliothèque en feu.

A suivre : Carnaval pour tous

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