Enfant d’Europe

« N’ayez pas peur ! »

Ne comptez pas sur moi pour rejoindre le chœur des pleureurs, celui des indignations sincères  et des émotions faciles ; ce n’est pas en s’apitoyant sur son sort que l’on combat pour la liberté, un combat que pour ma part j’ai toujours mené avec obstination et que j’ai bien l’intention de poursuivre à ma façon, par l’écriture, en accompagnant le monde. L’obstination du hasard aidant, un thème qui m’est cher, j’ai ouvert ce site le premier jour de l’an, alors que la liberté de l’expression a été vainement attaquée par deux égarés [en fait trois hélas, trois fois hélas] terriblement minables qui ont atteint leur objectif à en regarder les sinistres lucarnes médiatiques : faire peur, inciter à la haine et chambouler les esprits. Et bien qu’il en soit ainsi : en avant marche.

« N’ayez pas peur ! »

Qu’avons-nous à craindre, Enfant d’Europe, parfois venu de la terre entière, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique ou d’Océanie, attiré par  les phares de la liberté qui brillent en chacun de nos cœurs au souvenir de tous ceux qui ont disparu dans la mitraille,  sous les bombes ou dans les camps d’extermination qui peuplèrent au siècle dernier l’Europe du Rhin à la Kolyma ? Et bien, qu’il en soit ainsi : en avant marche.

Qu’avons-nous à craindre, Enfant d’Europe ? Est-ce nous qui avons peur de nos femmes, qui les empêchons de prendre un volant ou d’exercer  bien d’autres droits sous prétexte d’en faire une chose inerte qui ne puisse terrifier les tremblants misogynes ? Ne nous trompons pas de combat, c’est en commençant par défendre le principe d’égalité de la femme et de l’homme, que nous ferons reculer l’horreur. Et bien, qu’il en soit ainsi : en avant marche.

Qu’avons-nous à craindre, Enfant d’Europe ? Est-ce nous, adultes,  qui avons peur de nos enfants que nous envoyons à l’école et qui jouent au ballon et qui rient, et que nous cherchons à protéger des rapaces et des prédateurs ?   Ou bien, ne serait-ce pas plutôt eux, ces terroristes, qui ont si peur qu’ils en deviennent capables d’enrégimenter des enfants et  de les transformer en soldats aux balles de plomb avant l’âge ou, pire encore, en  terribles bombes humaines ? Et bien, qu’il en soit ainsi : en avant marche.

Commençons par donner à la femme toute sa place dans notre société de liberté, et aimons tous nos enfants, quels qui soient, et qu’importe leur origine, leur religion et leurs souffrances cachées : ce serait déjà un commencement, en gardant en mémoire qu’il nous faut toujours pardonner, quelles que soient les difficultés conceptuelles à concevoir un tel acte lorsque le crime est si immense de cruauté.

Car on ne peut avoir peur quand on aime sur le chemin de la liberté, qui est une longue route venteuse pour reprendre le titre de la chanson des Beatles, The long and winding road. Les diamants du ciel sont là pour nous éclairer. Et ces étoiles s’appellent Soljénitsyne,  Dombrovski, Chalamov, Boulgakov, Levi, Grossman, Nina Berberova, Simone Weil, Axionov, Abram Tertz, Galanskov, Isaac Babel, Mandelstam, Stefan Zweig, Georges Bernanos, Robert Musil, Hermann Broch, Elias Canetti, Léo Perutz, Lernet-Holénia, et tant d’autres tels Von Doderer et Arthur Schnitzler dont les livres furent brûlés par les nazis alors que lui, était déjà mort.

Mais là, en cet instant c’est à Joseph Roth que je pense, l’auteur du Poids de la Grâce, et de la Marche de Radetzky, publié en 1932.  Lucide, il écrit à Zweig en 1933 lorsque Hitler prend le pouvoir : la Barbarie a réussi à établir son règne. Ne vous faites aucune illusion. C’est le règne de l’enfer« . Exilé à Paris, atteint d’une crise de delirium tremens, il mourra dans une salle commune de l’hôpital Necker, à l’âge de 45 ans, après avoir publié « la Crypte des capucins » qui est peut-être son chef d’œuvre. Jamais il ne renonça, toujours digne dans ses malheurs.

Alors, moi qui ai passé toute ces années à dialoguer en secret, jour et nuit, avec ces maîtres littéraires témoins de la liberté, je ne vois aucune barbarie qui puisse réussir à établir son règne dans le millénaire à venir, et si je devais écrire un roman sur le sujet, ce ne serait certainement pas le titre Soumission que je choisirais, maisplutôt  Insoumission, tant certains crasseux aux idées courtes et convenues me fatiguent par leur perversion et indignité.

Et ce ne sont pas deux idiots [en fait trois] égarés dans un monde tourneboulé, aspirés par le crime associé à des cris haineux de ralliement détournés, qui peuvent m’empêcher de regarder, la nuit, les jeux de lumière des fenêtres éclairées : elles me fascinent et m’inspirent.  Ami lecteur que je souhaite persévérant et charitable, comment voulez-vous qu’on puisse m’enlever la liberté de vous aimer ? Il me suffit de vous écrire sans même savoir si vous me lisez. Ce n’est pas tant que tout livre serait une illusion, mais j’ai passé tant d’années, peut-être  trente deux ans, à vous observer et écrire en songe  que je peux bien encore attendre autant de temps pour apprendre si vous songez à me lire. Tel est le prix de la liberté d’écrire : affronter seul les épreuves du temps sans espoir de pouvoir y échapper.

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