Géographie de l’âme

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Si nous admettons encore qu’un pays peut avoir une âme, comme la Russie par exemple, il n’en est plus de même des hommes qui en auraient été justement dépossédés par les avancées de la science, ce qui est quelque peu surprenant puisque même les femmes en possédaient une depuis les origines de la Chrétienté, et ce avant même qu’une carte électorale leur eut été accordée, prouvant de la sorte que l’église catholique, d’une certaine façon, a fait preuve d’égalitarisme bien avant que la République n’y consenta.

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La légende que l’église catholique aurait discuté de l’existence de l’âme des femmes lors du concile de Trente (1545) est une rumeur tenace colportée lors des Guerres de religion.

L’ennui, avec la disparition de l’âme du paysage des hommes en même temps que le diable dont l’existence ferait aussi l’objet de discussion jusqu’en papauté, c’est qu’en l’absence d’âme, il ne nous resterait plus que le corps et l’esprit réduits à une masse cérébrale compacte menacée d’être supplantée par l’intelligence artificielle. Autant dire que le règne de l’homme sur la terre serait appelé à être renversé par de la matière inerte mise inexorablement en mouvement du fait que des savants jouant avec le feu en auraient perdu les fils conducteurs. Depuis 1945 et l’essai en conditions réelles de la bombe atomique, il ne fait plus guère de doute que l’être humain est en sursis ; d’une certaine façon, il se pourrait que notre survie dépende du développement de l’intelligence artificielle et de robots veillant à ce que nous cessions de jouer en permanence avec des allumettes atomiques.

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Pour aussi spectaculaire que puisse être un essai nucléaire, l’annihilation de la vie humaine sur terre risquerait de remettre en question les prétentions de l’âme à retrouver l’éternité

Toujours est-il que pour le moment, imaginer que l’homme ne possèderait pas d’âme est à la fois hasardeux, prétentieux et superficiel. Ce serait condamner l’homme à vivre sous le règne superstitieux de la Raison dont ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’elle réussit à faire croire qu’on peut lui faire confiance en toutes circonstances. Et pourtant, depuis deux siècles c’est au nom de la Raison que les calamités s’abattent sur les hommes comme des sauterelles, entre guerres et délires de la science, au nom d’un savoir destiné à liquider tout ce qui fait le propre de l’homme depuis des millénaires, en commençant par le rire et le sourire, optant pour le pire en toutes circonstances.

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Nuremberg avant 1939, lors des parades triomphales des Nazis

A ce sujet, dans l’Enracinement, la philosophe Simone Weil relève une phrase d’Adolf Hitler passée quelque peu inaperçue dans Mein Kampf : dans un monde … où la force règne partout et seule en maîtresse de la faiblesse, qu’elle contraint à la servir docilement ou qu’elle brise, l’homme ne peut pas relever de lois spéciales. La raison ne peut laisser aucune place au Bien fait à autrui, aux faibles, dès lors qu’elle subordonne tout à la force, c’est à dire à la logique, à la puissance de calcul ou à la science érigée en dogme supérieur ; et donc l’univers ne peut s’embarrasser d’aucune prétendue présence de conscience qui limiterait les possibilités d’action d’un pouvoir rationnel fondé sur les relations hiérarchisées de la force. Autrement dit, dans le monde darwinien des forts, les faibles n’ont pas leur place, y compris dans les relations humaines. Et cela se vérifie tous les jours dans le monde entier, jusque dans les démocraties, sans même aller chercher aux extrêmes que sont les dictatures fascistes ou communistes. Sauf si on admet le principe prétendument contredit par la science qu’il existe une âme à côté de la force, qui contrebalancerait son pouvoir souverain.

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Nuremberg à la fin de la Seconde guerre mondiale, lors de l’entrée des Alliés

Prétendre que les hommes auraient une âme suppose au moins de faire l’effort de définir ce que pourrait être une âme, et c’est là ou ici, hélas, que tout se complique. Car personne n’a jamais vu d’âme sauf un âne, cela se saurait, si ce n’est apercevoir, ci et là et las aussi, une authentique âme sincère vouée à l’hypocrisie, errant en peine dans les palais cyniques du pouvoir. Mais pour autant, le fait qu’elle soit invisible n’est pas une raison suffisante pour prétendre que l’âme n’existe pas. C’est même une raison suffisante pour affirmer paradoxalement qu’elle peut exister.

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Encore faut-il définir ce que pourrait être l’âme humaine sans s’égarer dans de vaines considérations. Pour résumer, l’âme serait tout simplement le véhicule de notre destinée éternelle, cette destinée éternelle que Simone Weil évoque aussi et qui justifie à la fois que nous existions et appartenions à la communauté des hommes. D’une certaine façon, rapportée à notre époque, à ces temps modernes où le numérique est devenu le dernier totem du paganisme, l’âme serait une sorte de drone invisible se déplaçant à la vitesse de la lumière, disposant d’un GPS qui aurait remplacé nos antiques boussoles.

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Ceci est une âme ?

En toute logique, il est probable que ce véhicule de notre destinée éternelle ressemble plus à une boussole qu’à un drone. Il est même possible de tracer les contours géographiques de cette âme qui porte notre destinée éternelle. Cette géographie recouvre les quatre points cardinaux de la boussole qui nous permet de se rendre de là où nous sommes jusqu’au lieu où nous voudrions aller alors même que le plus sûr est que nous ne nous y rendrons jamais, de par nos propres égarements ou de par notre absence de volonté, sans oublier que l’usage de la boussole peut prêter à confusion, indiquant pour le nord une double direction géographique et magnétique, comme quoi le diable ne dit jamais son dernier mot quand il s’agit de considérer que l’intuition serait une sorte de boussole intérieure.

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Cette géographie si particulière de l’âme humaine doit associer à la représentation de la boussole les sens physiques qui rendent chaque être humain spécifique, unique dans la mesure où, avant même la naissance, l’embryon commence à recueillir toutes les traces terrestres des destinées antérieures, transmises par la mère et son environnement immédiat. De même qu’une boussole possède quatre points cardinaux et deux points directionnels personnels, chaque être humain dès sa conception possède cinq sens, le goût, l’odorat, l’ouïe, le toucher et la vue, dotés de cinq organes, la langue, le nez, l’oreille, la peau et la vue, qui tous ensemble permettent de se diriger vers l’amour, ce point directionnel qui constitue le sixième et ultime sens de la vie.

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L’amour qui n’est rien d’autre que le don de soi, le bien fait à autrui, y compris jusqu’à la la transmission de cet amour  à notre descendance, est la preuve de l’existence de l’âme entendue comme cette boussole portant notre destinée éternelle ; car c’est en transmettant à autrui l’héritage du passé que nous avons recueilli tout au long de notre vie, que nous nous comportons comme des hommes et non comme des renégats ou des criminels qui font abstraction du passé jusqu’à en faire table rase par la destruction des monuments et des paysages, et même pour les plus violents d’entre eux, par des crimes de masse.

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Les six tapisseries de la Dame à la licorne du musée de Cluny, à Paris, représentent les Cinq sens, ainsi qu’une oeuvre ultime mystérieusement intitulée « A mon seul désir » (vers 1500)

Connaître la géographie humaine de notre âme, c’est retrouver à l’aide du compas, tout ce que nous étions et sommes, les senteurs et parfums d’un moment, les paysages naturels au lointain, le souvenir effacé de regards évanouis, des bruits intenses dans l’égarement des jours, jusqu’aux sensations gustatives expliquant l’importance donnée aux douces effluves automnales du vin ou aux alchimies alambiquées de cuisine estivale, tout ce qui nous retient en permanence dans l’instant d’une vie en apesanteur, une sorte de terroir unique qui n’est pas simplement un lieu géographique, mais un espace-temps éphémère que nous sommes appelés à quitter pour nous rendre vers notre destinée éternelle en laissant derrière nous, ce que nous avons emprunté tout au long de notre vie, qui peut-être simplement l’odeur de la lavande, quelques flocons de neige de printemps ou encore le rythme du Kompa. La vie humaine sans âme serait comme un alcool de contrebande, la grande truanderie de la cour des miracles où la mort rôde. Et c’est pour cela que chacun d’entre nous dispose d’une âme dont la géographie personnelle permet aux sensations de chaque instant de conduire, par le bien fait à autrui, notre destinée éternelle.

 Image associéeMusiciens haïtiens à un festival de Jazz à la Nouvelle-Orléans

Une réflexion sur “Géographie de l’âme

  1. Dominic Pukallus 17 avril 2018 / 22 h 57 min

    Il faudrait se rappeller je pense que si l’âme existe au sens spirituel, c’est nous. Nous serions des âmes éternelles avec des corps (et donc des cerveaux) localisés et limités en temps et espace, et non l’inverse. En ce qui concerne l’actualité des choses, cela relève plutôt de l’expérience directe il me semble.

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