
J’écris comme je respire, au rythme de soixante signes à la minute, trois mille six-cent à l’heure… Installée au Café du Port, Toucana lisait une lettre manuscrite de son grand-père adoptif, Cheval-fourbu, qu’il venait de laisser sur la table avant d’embarquer pour traverser une nouvelle fois l’océan et s’en retourner vers une île mystérieuse d’où il avait rapportée dans des enveloppes kraft brunes, de minuscules pierres rondes lisses, polies par le temps et les hommes depuis des milliers d’années.
De son grand-père, Toucana avait pris l’habitude de boire du mokka d’Abyssinie et des Indian tonic à la quinine depuis qu’elle avait croisé en sa compagnie un descendant de la famille Schweppe, Johann Jacob Schweppe, JJS pour les intimes, lors d’une sortie en mer dans la mangrove, arrosée au Long Island Iced tea, trop facile à composer à condition de disposer de la vodka, du gin, du rhum, de la tequila, du Triple sec fiançant cointreau et grand marnier, avant mariage dissolu au cola et jus de citron, pour terminer rafraîchi à l’aurore aux glaçons du Spitzberg, que Cheval-Fourbu ne manquait jamais de rapporter de ses voyages au long cours dans le Grand Nord, tandis que JJS jouait au mousse avec la bière lors de ces périples frigorifiques.

En attendant, Toucana poursuivait la lecture des lettres de son grand-père, dont il n’y avait pas grand-chose à retenir, si ce n’est qu’il venait d’être engagé par la Cie internationale Allenby, la CIA, pour exploiter des minerais dans le Grand nord, dont Toucana ignorait leur nature, si ce n’est que parmi la liste minérale recherchée se trouvaient des objets géocroiseurs de type astéroïde ou comètes figurant dans la liste du NEO Program, le Near-Earh Object Program de la NASA où travaillait Toucana, spécialisée dans les recherches de petits météoroïdes de taille inférieure au mètre-étalon, bien plus poussière que pierre en fait, que Cheval-Fourbu lui envoyait par l’United Parcel Service, l’UPS, en accompagnement de cartes postales adressées sous enveloppe de moins de vingt grammes, en souvenir de l’époque où les ascendants de son grand-père adoptif travaillait au Red Ball Express, Winchester au poing, projectiles d’astéroïde à la ceinture.

(Voyage rédactionnel au long cours)