Une existence toute entière pour cinq minutes

La bataille du Mans pendant la virée de Galerne

Une précédente chronique consacrée au Tour de France de deux orphelins, évoquaient les assassins qui passèrent à Villers-Cotterêts après les attentats sanglants de Charlie-Hebdo, nous rappelant qu’Alexandre Dumas résida longtemps en cette ville rendue célèbre par un édit de François 1er. Dumas n’y est plus inhumé depuis qu’une tentative odieuse de le déplacer au Panthéon a réussi. Sa tombe demeure vide au cimetière de la ville où il choisit de vivre loin de l’agitation parisienne. Villers-Cotterêts était son petit Liré, on ne lui a même pas foutu la paix ! On rappelle aussi rarement le fait qu’il était le fils du général  Dumas, un mulâtre, pour reprendre l’expression de l’époque tombée en désuétude, désignant les personnes d’ascendance africaine et européenne (Image de garde : les Massacres républicains du Mans lors de la Virée de Galerne en 1793 et l’intervention du général Marceau pour sauver Angélique de Mesliers).

Le général Dumas, républicain dans l’âme, était peu apprécié de Napoléon l’esclavagiste, qui n’aimait pas les Noirs pour complaire à Joséphine, représentante activiste des maîtres des plantations coloniales. Dumas père, se vengea de façon improbable en nous laissant un fils dont l’oeuvre romanesque est l’une des plus connues au monde si on se réfère aux tirages et traductions ou encore aux innombrables adaptations  pour le cinéma ou la télévision.

Napoléon n’est rien face aux Trois mousquetaires ou au Comte de Monte Cristo, ou plutôt si, un vulgaire boucher, comme l’histoire du monde, hélas, en connaît. Nous y reviendrons un jour ou l’autre, et nous serons féroce pour ce criminel adulé des Français. Les personnes éprises de paix ne peuvent vénérer Napoléon, sa vie, son oeuvre. Tous ceux qui glorifient ses guerres, son panache, son sens de l’organisation et de l’administration ou encore le code civil s’égarent,  qu’ils commencent par compter les morts innombrables laissés sur les champs de bataille pour avoir trop aimé faire la guerre de son avis même: une vie n’y suffirait pas. En cela, nous sommes fidèles à Chateaubriand dont le portrait sanglant de Napoléon est sans contestation possible le plus fidèle qui soit à la réalité de son pouvoir dictatorial néfaste aux Français, à la France et au continent européen.

Oeuvres illustrées. 12, Blanche de Beaulieu ; Un bal masqué ; Le ...

Aux origines révolutionnaires du « sabre libre » de l’Extermination

Pour le moment, revenons à Alexandre Dumas. Il nous a laissé un bref récit de jeunesse méconnue, Blanche de Beaulieu, dont la première édition sera vendue à quatre exemplaires. Mettant en scène son père, le général Dumas, quelque peu sublimé par un fils qui ne l’a pas connu, Dumas fils transforme un geste de compassion d’un chef d’armée en un amour tragique,  que le général républicain Marceau aurait porté pour une très jeune vendéenne faite prisonnière par son armée à l’époque même où le comité de salut public l’avait désigné pour écraser les brigands vendéens. De l’avis de tous, avec un autre grand général, Kléber, le comportement de Marceau dans les guerres de l’Ouest, a été celui d’un militaire honorable et non d’un massacreur comme Westermann qui écrit, le 23 décembre 1793, après la bataille de Savenay : Il n’y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Plus de Vendée, citoyens républicains, je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay, suivants les ordres que vous m’avez donnés […]. J’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé.

Au passage, on observera que le boucher de Vendée, pour reprendre le surnom gagné dans l’infamie par Westermann, emploie le même mot que celui utilisé par l’ambassadeur allemand décrivant ce qui est en oeuvre en Arménie en 1915, l’extermination. Ce sont les mêmes termes que Lénine emploie en décembre 1917 quand il appelle à l’élimination des nuisibles et des parasites, demandant au cours de l’été 1918 à enfermer les koulaks, les popes, les Gardes-blancs, les prostituées et autres éléments douteux dans des camps de concentration. On connaît la suite en Russie, comment par exemple Kirov massacre les ouvriers grévistes à Astrakhan en mars 1919 ou comment des milliers de cosaques dans la région du Don sont exécutés au point que le chargé de l’opération reconnaît un certain emballement : nous avons eu tendance à mener une politique d’extermination massive des Cosaques sans la moindre distinction sociale. Et puis, au souvenir des camps d’Auschwitz et Birkenau, comment ne pas évoquer ces maîtres nazis de l’extermination, dont il est difficile de comprendre la filiation monstrueuse avec la civilisation raffinée des musiciens, philosophes et architectes allemands.

Mais que vient faire Alexandre Dumas dans ces histoires abominables d’extermination, alors que lui, de son côté, nous conte tout simplement l’amour du général Marceau porté à une jeune fille qui ne s’appelle pas, dans la réalité  Blanche de Beaulieu, mais Angélique des Mesliers ?

Portrait du Général Marceau, par Bouchot, musée de l’armée à Paris

Le Républicain des jours antiques

On ne connaît plus guère la carrière du général Marceau, héros à juste titre de la Révolution. Il est né la même année qu’un certain Buonaparte mais sa condition modeste ne lui donne pas  la chance d’intégrer une école d’artillerie. Il s’engage à 16 ans, assiste à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, devient officier d’un bataillon de volontaires en 1791, intègre l’armée régulière en novembre 1792 comme lieutenant de cavalerie, à 23 ans. Il participe à la guerre de Vendée où il obtient des promotions exceptionnelles, devenant en moins d’un an général en chef par intérim de l’armée de l’Ouest, le 5 décembre 1793. Avec les batailles gagnées du Mans, de Mayenne et de Savenay, il met un terme à la Virée de galerne le 13 décembre 1793. Mais à la différence d’un Westermann, il ne se glorifie pas des victoires obtenues dans une guerre civile qu’il exècre. Il demande sa mutation pour ne pas avoir à participer aux exactions des colonnes infernales qui ravagent la Vendée.  Nommé à l’armée des Ardennes devenue celle de Sambre-et-Meuse, il participe à la victoire de Fleurus et à la prise de Coblence lors de la campagne de 1794. Il succombe à Altenkirchen, le 21 septembre 1796, au passage du Rhin, lors de la retraite de l’armée qui subit des revers en Allemagne. Le voici mort à 27 ans, et devient un jeune héros de la Révolution française pour faire oublier un temps la piteuse retraite de Jourdan vers le Rhin.

François Séverin Marceau — Wikipédia

La mort de Marceau à Altenkirchen, bas-relief de l’Arc de Triomphe

L’art du roman historique selon Alexandre Dumas

L’histoire qui nous intéresse est celle contée par Dumas. Alors qu’il est officier dans l’armée de l’Ouest, voilà que ses soldats présentent à leur général une jeune vendéenne qu’ils viennent d’arrêter. Au lieu de la livrer aux autorités pour qu’elle soit exécutée, car tel est le sort réservé aux ennemis de la patrie dans cette guerre civile, il la prend sous sa protection, en tombe amoureux et la laisse s’enfuir en lui conseillant de se cacher. Arrêtée une première fois, tombée aux mains du sinistre Carrier,  il la convainc de l’épouser. elle devient sa femme, elle la fille des chefs vendéens insurgés. Libérée, elle se réfugie chez de braves gens mais se rend aux Républicains pour éviter que ces derniers soient condamnés à mort comme le prévoit les ordres donnés par le comité de salut public concernant les personnes apportant leur aide aux rebelles : nourrir, loger et soigner sont considérés comme des actes de complicité méritant l’échafaud. Mise aux arrêts, jetée une nouvelle fois en prison, elle écrit à Marceau devenu son mari qui apprend la nouvelle alors qu’il est sur le chemin pour rejoindre l’armée des Ardennes. Ce dernier fait demi-tour. A Paris, il demande à rencontrer Robespierre qui lui accorde la grâce et la liberté de la prisonnière. Il se précipite pour la sauver, court vers la voiture qui l’attend, excitent les postillons, promet de l’or, s’emporte aux relais.

Francois Severin Marceau Saves Miss Des Mesliers Giclee Print by ...

La suite, c’est Dumas qui la raconte :

Et Marceau s’ouvre un chemin. la foule le heurte, le presse mais l’entraîne ; il arrive sur la grande place avec elle ;  il est en face de l’échafaud ; il agite son papier en criant : – Grâce ! grâce !

En ce moment, le bourreau, saisissant par ses longs cheveux blonds la tête d’une jeune fille, présentait au peuple ce hideux spectacle : la foule, épouvantée, se détournait avec effroi, car elle croyait lui voit vomir des flots de sang !… tout à coup, au milieu de cette foule muette, un cri de rage dans lequel semble s’être épuisées toutes les forces humaines, se fait entendre : Marceau venait de reconnaître, entre les dents de cette tête, la rose rouge qu’il avait donnée à cette jeune vendéenne.

Marceau représenté en héros révolutionnaire romantique, réputation qui n’est pas usurpée (portrait du général François-Séverin Marceau par Sergent, archives d’Eure-et-Loir)

Il faut lire cette oeuvre de jeunesse de Dumas qui en longueur est plus une nouvelle qu’un roman, une romance s’inscrivant dans le mouvement romantique naissant.  Dumas nous offre, à mille lieues de la réalité révolutionnaire sordide, une tragédie de toute beauté, toute entière enflammée par une étincelle de génie littéraire. Peu importe que toute la Révolution y campe, Danton, Robespierre, Saint-Just, et même le général Dumas, témoin mis en scène avec habileté pour conter les malheurs de son frère d’armes Marceau cherchant à sauver une innocente. Là n’est pas le plus intéressant.

Ce qui noue la tragédie, c’est la dissimulation romanesque du motif funeste pour lequel Marceau n’arrive pas à temps pour sauver Blanche de Beaulieu: lorsque Robespierre fait entrer Marceau dans ce que lui-même appelle ironiquement le palais de César, en vérité une modeste chambre où sur la table se trouve un buste de Rousseau ainsi que les livres ouverts de l’Emile et du Contrat social,  il lui demande ce qu’il veut. Marceau lui répond : – La grâce de ma femme condamnée par Carrier. Ce qui appelle l’observation de Robespierre : – Ta femme, condamnée par Carrier ! La femme de Marceau le Républicain des jours antiques ! Le soldat de Sparte ! Que fait-il donc à Nantes ? – Des atrocités, répond Marceau.  Robespierre reprend la parole : – Voilà donc comme je serai toujours compris ! … Partout où mes yeux ne sont pas pour voir et ma main pour arrêter un carnage inutile. Il y a bien assez du sang qu’il est indispensable de répandre, et nous ne sommes pas au bout.

Le Général Marceau

Robespierre, alors, accepte sans hésitation de donner sa grâce à la fille du marquis de Beaulieu, le chef des brigands. Mais il tarde à écrire, à signer et alors qu’il en termine avec la rédaction du précieux document et qu’il voit Marceau s’impatienter, il ajoute : – Ecoute : à mon tour je te demande cinq minutes, je te donne une existence tout entière pour cinq minutes : c’est bien payé.  Et pendant cinq minutes, Robespierre prend le temps d’expliquer à Marceau son action, ses espérances, ses regrets, craignant que la révolution ne tombât avec lui et qu’Elle et lui, comme mariés pour le meilleure et pour le pire, soient alors calomniés. Et au terme de ce monologue de cinq minutes , il conclut prestement : – Allons, il faut partir, il n’y a pas un instant à perdre, au revoir.

Ce sont ces cinq minutes demandées par Robespierre, qui, à la fin de la cavalcade de Marceau, entre Paris et Nantes, feront perdre une existence toute entière, celle de Blanche de Beaulieu. C’est là tout l’art du roman de Dumas que d’écrire ainsi la vie des femmes et des hommes, leur existence toute entière basculant pour l’éternité à cause d’un monologue volé au destin : méfions nous des exterminateurs qui offrent toujours cinq minutes de plus pour le bourreau, même lorsqu’ils signent une grâce.

les amazones pendant la guerre de Vendée

Cela dit, le talent romanesque de Dumas est d’avoir inventé la rencontre du général Marceau et de Robespierre au cous de laquelle la cruauté du dictateur s’inscrit dans le cadre d’un monologue funeste destiné à justifier des crimes, qui aura pour conséquence la mort supplémentaire d’une innocente.

Blanche de Beaulieu semble reprendre une légende, celle du général Marceau averti qu’Angélique de Mesliers est aux arrêts non pas à Nantes mais dans la capitale du Bas-Maine où elle a été transportée après son arrestation au Mans, et qu’elle est vouée à la guillotine en dépit de son jeune âge qui la protégeait légalement de toute condamnation à mort. Il se serait alors précipité à Laval où est dressé l’échafaud pour l’exécution. Mais il arrive trop tard, le bourreau a fait son oeuvre.

L’ennui est que la vérité est tout autre. Dumas raconte une histoire mensongère qui exonère la Révolution d’un crime. Celui d’une jeune femme innocente qui s’appelle Angélique de Mesliers, que le général Marceau ne peut sauver sans se perdre lui-même. La réalité historique est en effet bien plus cruelle que le récit de Dumas destiné à ce que les crimes de la Révolution ne soient plus que le fait d’exécutants, et non exigés par la Révolution elle-même.

Oeuvres illustrées. 12, Blanche de Beaulieu ; Un bal masqué ; Le cocher de cabriolet / par Alexandre Dumas ; ill. par J.-A. Beaucé, G. Staal, Andrieux... [et al.]

La véritable histoire d’Angélique de Mesliers n’est pas celle d’une rebelle vendéenne comme Blanche de Beaulieu, le personnage de Dumas. Elle n’est pas plus de Nantes comme l’affirme la commission provisoire révolutionnaire dans le Bas-Maine, qui la condamne à mort et l’envoie à la guillotine, le 3 pluviose, an II (22 janvier 1794).

Donnons la parole à l’historien Hippolyte Louis Alexandre Maze (1839-1891), sénateur républicain de la IIème République: dans les Généraux de la République (Kléber, Hoche, Marceau), paru en 1889, année du Centenaire de la Révolution,  il nous révèle qui est la véritable Angélique, sauvée par Marceau dans les rues du Mans où l’armée républicaine commet une « boucherie épouvantable ».

Le massacre des Vendéens dans les rues du Mans 

Cependant, les Vendéens étaient entrés au Mans presque sans coup férir. Westermann voulut les en chasser ; il commit la faute d'ordonner une attaque de nuit. Marceau qui hésitait à le seconder se laissa entraîner. Tous deux firent irruption dans la ville et, malgré le feu terrible qui partait des maisons, ils parvinrent à refouler sur la grande place la majeure partie de leurs adversaires. Marceau fit couper toutes les rues adjacentes et braquer sur les Vendéens les canons qu'il venait de leur prendre. Toutefois, sa propre position devenait inquiétante; engagé, au milieu de la nuit, par un temps affreux, dans une ville qu'il connaissait mal, il risquait d'être lui-même tourné, enveloppé; il prévint les représentants et Kléber du danger qu'il courait. A deux heures du matin, Prieur (de la Marne) et Bourbotte lui répondirent : « Nous recevons ta lettre sur la route; la troupe marche à grands pas pour te porter du secours. Tiens ferme et nous sommes à toi». Dès minuit, Kléber avait répondu à l'appel de son ami; il avait dit à Savary : "ce Marceau est jeune; il a fait une sottise; il est bon qu'il la médite; mais il faut se hâter de le tirer de là." Il fit dix lieues en quelques heures, atteignit le Mans à la pointe du jour, prévint Marceau, releva les postes occupés par les soldats de Tilly exténués de fatigue après la lutte de la veille et ordonna une charge à la baïonnette à travers les rues. Un grand nombre de Vendéens avaient déjà pris la fuite; les autres évacuent les maisons, jettent leurs armes, se précipitent sur la route de Laval, ne font que traverser cette ville et vont jusqu'à Château-Gontier, quelques-uns jusqu'à Ancenis; Westermann, avec sa cavalerie et l'infanterie légère, les charge, les poursuit pendant huit ou dix lieues; onze pièces de canon, les caissons, les bagages de l'ennemi restent en notre pouvoir.
On lut dans le rapport des délégués de la Convention au Comité de Salut public : "Voilà la plus belle journée que nous ayons vue depuis dix mois que nous combattons ces brigands... Le triomphe de nos armes a été complet". Les représentants du peuple n'étaient pas moins fondés à louer, comme ils le firent, les qualités de nos généraux que la valeur et la constance de nos soldats qui marchaient pieds nus en décembre.
Un affreux massacre et, selon l'expression même du vainqueur, une "boucherie épouvantable" vint attrister ce succès. Si bien des traits de générosité honorèrent nos officiers et nos soldats, le nombre des victimes innocentes fut trop grand.

12-13 décembre 1793 – La bataille du Mans - Vendéens & Chouans

La bataille du Mans, 12 et 13 décembre 1793

La véridique histoire de Marceau et Angélique de Mesliers

De concert avec Kléber, Marceau fit tout ce qu’il put pour modérer l’emportement des troupes ; lui-même arracha à la mort plusieurs personnes et entre autres une charmante jeune fille, M »° Angélique Des Melliers, dont Kléber a dit que jamais on ne vit de femme ni plus jolie, ni mieux faite, ni plus « intéressante.

La famille Des Melliers habitait la campagne près de Montfaucon; à l’arrivée des républicains, elle abandonna sa maison pour se réfugier au Mans. Dans la terrible journée du 13, la jeune fille se trouva séparée de sa mère et de tous les siens; folle de douleur, elle voulait se faire tuer; Marceau la vit, eut pitié-d’elle, la mit d’abord en sûreté, puis la conduisit à Laval ; mais elle fut dénoncée comme ayant pris part au combat du Mans dans les rangs des Vendéens ; arrêtée, emprisonnée, elle périt sur l’échafaud. Marceau la pleura longtemps, désolé de n’avoir pu l’arracher une seconde fois à la mort. D’après une tradition touchante, l’infortunée jeune fille lui aurait légué la montre qu’elle portait avant d’aller au supplice. Peut-être n’y a-t-il là qu’une gracieuse légende, mais ce qui appartient bien à l’histoire c’est la lettre dans laquelle M » » Des Melliers raconte elle-même à sa tante sa rencontre avec Marceau et lui rend un hommage mérité.

Voici le texte de cette lettre  dont l’original appartenait en 1887, à M. Thénezic, au château de la Treille, près Cholet, copie de cette lettre ayant été adressée  alors au ministère de la Guerre.

« La dernière lettre » d’Angélique de Mesliers

Que d’événements, que de malheurs me sont arrivés depuis que je ne vous ai vue. Vous savez que maman et sa famille habitaient la campagne depuis plus d’un an; nous y vivions tranquilles quand l’arrivée des Mayençais vint porter l’épouvante dans notre canton.

On nous effraya tellement que ma mère se décida à abandonner sa maison; les événements, les circonstances l’ont forcée de suivre une armée dont nous détestions les torts. Vous avez su qu’au Mans l’armée républicaine a battu complètement les brigands. J’ai eu le malheur affreux d’être séparée de toute ma famille. Dans cette horrible déroute je désirais la mort.

Je n’ai trouvé que de la pitié parmi les troupes républicaines. Je me suis rendue au général Marceau; il m’a traitée non seulement avec humanité, mais encore j’ai infiniment à me louer de son honnêteté, de sa générosité; il m’a conduite à Laval où, malgré l’attestation qui prouvait que je m’étais rendue volontairement, j’ai été conduite à la maison d’arrêt où je suis depuis 3 jours. On m’a fait espérer que mon âge me met hors la loi. Je peux donc ne rien craindre pour mes jours. Mais, ma chère tante, j’ai tant d’autres sujets d’inquiétude ! Qu’est devenue ma mère? ma soeur ? Mes frères existent-ils ? Vous qui aviez tant d’amitié pour ma pauvre mère, combien vous serez touchée de son sort; quel qu’il soit, prenez pitié du mien aussi… J’implore vos bontés, votre amitié; ne pourriez vous pas me faire reconnaître ? Votre titre de républicaine peut sûrement vous donner des droits. Je me jette dans vos bras; ne m’abandonnez pas; que je vous doive la liberté. Puissé-je aller vivre bientôt auprès de vous…

Je n’ai dû mon salut, ainsi que bien d’autres, qu’à ma jeunesse. Elle a été respectée par le général bienfaisant qui m’a protégée. Privée de tous les biens, je ne possède plus rien. L’exposé de ma misère vous touchera sûrement et j’ose compter sur l’assistance que réclame auprès de vous la fille malheureuse et innocente d’une mère chérie.

Blanche de Beaulieu: et autres histoires: Amazon.fr: Dumas ...

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Document : Les Rebelles de la Vendée présentées à la Commission révolutionnaire dans le Bas-Maine (Laval, Mayenne, Ernée…)

La commission révolutionnaire qui jeta la terreur dans le Bas-Maine et y fit couler des flots de sang, fut établie à Laval, l’an second de la république une et indivisible et impérissable et le premier de la mort du tyran, par les représentans du peuple dans le département de la Mayenne et près de l’armée de l’Ouest, Bourbotte et Bissy, exerçant par délégation. La lettre d’organisation, datée du 2 nivose, (22 décembre 1793), après avoir exposé la nécessité de juger dans ce département les brigands débandés de l’armée des rebelles de la Vendée et cette autre classe de révoltés appelés chouans, arrête qu’il sera formé une commission provisoire révolutionnaire composée d’un président, d’un accusateur public, de trois juges et d’un greffier, qui jugera définitivement et sans appel dans les vingt-quatre heures tous les rebelles qui seront traduits devant elle, et ceux qui auront été leurs complices, soit en les recevant chez eux, soit en favorisant leur évasion ou en les aidant dans leurs projets de contre-révolution. Les pouvoirs de cette commission ne furent d’abord que d’un mois, mais on verra combien ils furent prolongés ; ils n’avaient pour bornes que les limites du département dans l’étendue duquel la commission était autorisée à se transporter, selon le besoin (…)

Instituée et installée le deux nivose, à Laval, la commission, comme un tonnerre aussi terrible qu’inattendu, parut dès le lendemain à Mayenne, et pendant plusieurs jours remplit la ville d’épouvante. Ce fut elle qui condamna ces infortunés Vendéens dont nous avons admiré la mort héroïque. Quatre séances lui suffirent pour livrer quarante-trois innocens au glaive des bourreaux (…)

Pendant sept jours, la commission suspendit ses séances. Nous présumons qu’elle attendait l’instrument fatal, appelé guillotine, dont il ne paraît pas qu’elle se soit servi avant le 24 nivose, an II, (13 janvier 1794). A peine la triste machine fut-elle introduite dans la ville, qu’elle y vomit à grands flots le sang des royalistes. En cinq jours, du 24 au 28, elle emporta soixante-sept têtes, dont vingt-huit d’hommes et trente-neuf de femmes. Tous ces infortunés furent condamnés par le tribunal révolutionnaire, comme appartenant à l’armée de la Vendée, ou en ayant favorisé, secouru, accueilli les soldats. On ne devra pas être étonné de trouver souvent des habitans du Maine parmi les victimes vendéennes, puisque un grand nombre de nos compatriotes s’étaient enrôlés sous les drapeaux de l’armée catholique, dans ses différens voyages à travers le département de la Mayenne (…)

Le 29, une seule victime fut immolée par le tribunal révolutionnaire, Joseph Ruffin, de Laval, accusé, comme les autres Manceaux dont les noms précèdent, d’avoir eu des intelligences avec les Vendéens, donné l’hospitalité à leurs femmes et à leurs enfans, cherché à les soustraire et à la fureur de leurs ennemis et aux horreurs de la faim.

Le décadi et le jour suivant se passèrent sans exécutions ; mais l’affreuse commission fit bientôt oublier aux habitans de Laval ce repos de quelques heures. Comme un lion affamé qui se réveille d’un pénible sommeil, elle reparaît tout-à-coup plus féroce que jamais et demande à grands cris de nouvelles victimes (…)

Le 3 pluviose (22 janvier)
Marie-Thérèse de Lort, femme Hay, et ses quatre filles : Sophie, Emélie, Eléonore et Cécile.
Céleste-Jeanne Alain, veuve Ledoyen de Saumur ;
Marie Richardeau, de Bagneux ;
Angélique des Mesliers, de Nantes ;
René Robin, Bas-Manceau.

(…)

Les rebelles vendéens, femmes et enfants, présentés à la commission révolutionnaire

Une réflexion sur “Une existence toute entière pour cinq minutes

  1. P. LARREDE 1 juillet 2020 / 13 01 44 07447

    Avec Dumas cette histoire devient touchante. Marceau est sans doute un peu moins mauvais que d’autres massacreurs galonnés de cette époque (cf. par exemple Carnot le monstre absolu qui ferait passer PolPot pour un charmant gentleman).

    Pour ma part, par fidélité pour les victimes du génocide vendéen, je serai toujours du coté des soit disant « brigands » et, si on me tranchait la tête, je crierais encore « Vive le Roi ».

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